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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, nos tâches                     Derrida, nos tâches
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 29 novembre 2005 Du mal radical aux inconditionnalités

[Derrida, nos tâches, "Il faut"]

Du mal radical aux inconditionnalités Autres renvois :
   

Derrida, l'éthique

   

Derrida, la loi

   

Derrida, alliance

[La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit) [La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)

Derrida, le politique

                 
                       

1. Déconstruction, philosophie et aporie du "Il faut".

Partons du champ dont Jacques Derrida est un spécialiste, un expert reconnu et incontestable. Prenons pour point de départ son métier, sa profession déclarée : la philosophie. Dans ce champ, que veut-il faire ? Quelle tâche s'impose-t-il à lui-même ? La réponse n'est pas simple. D'une part, comme tout professeur, il enseigne; mais d'autre part la philosophie qu'il enseigne déconstruit la philosophie. Il faut dégager la philosophie du logocentrisme, dit-il, et pour cela il faut la bouleverser, la bousculer, la tympaniser, la crever. Il faut s'attendre à cela comme on s'attend à la mort, c'est-à-dire en se laissant emporter au-delà de toutes les limites, y compris celles de la vérité. Cette tâche, ou plutôt ces tâches, semblent à la fois se suffire à elles-mêmes et venir d'ailleurs. Elles semblent s'imposer à lui comme une évidence. Mais pourquoi obéir à ce "il faut" ? Pourquoi exiger qu'au lieu du discours, puissent venir d'autres pensées ? Pourquoi faire craquer les signes, les modèles et les figures de la croyance ? D'où vient ce "il faut" qui semble justifier et gouverner la démarche ? Ce statut du il faut sur lequel nous devons (nous aussi) nous interroger (au sujet de nous-mêmes), c'est le cœur du problème. Et pourquoi suis-je, moi aussi, ici et maintenant, en train de lire Derrida ou un texte sur Jacques Derrida ? En vertu de quel "Il faut" ?

Il n'y aurait pas une réponse à cela mais une série de réponse, car le Il faut est aporétique, comme nous allons le montrer. L'argument derridien, le seul, c'est que l'aporie est déjà là, et nous n'y pouvons rien. En effet l'aporie est présente, chez lui, dès le départ, et même avant le départ. Il faut qu'elle soit présente. C'est plus qu'une décision, c'est la loi de toutes les décisions. Comme il le dira après quelques années de travail acharné, il faut endurer l'aporie. Il ne l'aura pas découvert tout de suite, mais il l'aura déjà mis en pratique. Comment ? La double stratégie derridienne est explicite et réaffirmée à de nombreuses reprises. Il faut intervenir à l'intérieur du ou des système(s) en place en travaillant les oppositions établies, en renversant les hiérarchies et en s'emparant des moyens d'y intervenir; et il faut aussi, dans le même mouvement, faire venir d'autres concepts, des quasi-concepts qui le désorganisent.

Le "Il faut" est double. C'est la loi (par exemple : Il faut donner..., mais un don véritable, sans aucune contre-partie, est impossible), mais la loi est excessive, ambivalente. Ou encore : il faut la vérité, mais il ne faut pas se laisser mystifier par elle. Il faut une politique de la mémoire, mais il faut aussi la critiquer, la penser, ne pas transformer les concepts en idéaux. Il faut la liberté, mais il faut aussi déconstruire la souveraineté sur laquelle elle repose, etc...

Et il ne faut surtout pas que la philosophie en sorte indemne. La tâche semble impossible. Comment transformer l'espace logique habituel (celui du savoir, des Lumières) sans renoncer à un espace théorique organisé ? Comment faire avancer le système de la philosophie, dans lequel on continue à s'inscrire, tout en laissant émerger d'autres concepts, incompréhensibles dans ce système-là ? Comment pousser l'analyse aussi loin que possible, ne jamais céder sur la rigueur de la pensée, sans rien soustraire aux questions déconstructives et tout en respectant sans réserve le droit à la différence de l'autre ?

 

2. Un "il faut" dont il ne faut pas parler.

«Qu'en est-il ici d'un tel devoir? Et quand je dis que je savais devoir le faire avant même le premier mot de cette conférence, je nomme déjà une singulière antériorité du devoir – un devoir avant le premier mot, est-ce possible ? - qu'on aurait du mal à situer et qui sera peut-être aujourd'hui mon thème» (Comment ne pas parler, in Psyché, Inventions de l'autre, II, p145).

Jacques Derrida commence un de ses textes sur la théologie négative par un constat : tout commence par un devoir, un il faut. Quel devoir? La difficulté, c'est qu'on a du mal à parler de ce Il faut qui nous est si proche. Tout se passe comme si nous ne savions plus rien du lieu dont il provient ni de l'événement, de l'"avoir-lieu" qui l'a déclenché. Il ne nous en reste qu'une trace, une trace inouïe, inaudible, inaccessible, une trace à laquelle il faut s'adresser mais dont il est, étrangement, impossible de parler. C'est une injonction qui a toujours déjà eu lieu. Elle ne promet rien, mais la promesse s'inscrit dans le corps de la langue.

Avant nous, dans un passé immémorable, archi-originaire, le langage a commencé. D'une part, avant tout "je", la trace aura rendu la parole possible (c'est ce que la théologie appelle Dieu). Une injonction venue du passé, impossible à dénier, aura prescrit : "Il faut parler". Mais d'autre part, la trace se sera effacée (elle n'arrive qu'à s'effacer), on ne peut que la dénier. C'est cette injonction dissymétrique qui engage le "je". Il est responsable de cette trace dont il ne peut pas parler, mais qu'il doit confirmer, affirmer. Pris dans cette tension, il ne peut que s'adresser à elle indirectement, par exemple par l'écriture, la prière, la louange, le désir ou les larmes. Il n'est pas indifférent que Derrida ait parlé de cela, justement, à Jérusalem (en juin 1986, dans Comment ne pas parler) - en ce lieu où se rencontrent le Chrétien, le Juif et l'Arabe, lieu le plus proche pour lui, si proche qu'il ne peut rien en dire.

 

3. Un "Il faut" chaque fois unique, singulier.

Il aura fallu, pour qu'émerge cette pensée, un Oui originaire, un acquiescement, un héritage. Nul n'est jamais forcé d'accepter un héritage, mais nul ne peut survivre sans hériter. D'où vient le choix, la décision? D'un certain rapport entre "ma" singularité et celle de l'autre absolu, unique, auquel j'acquiesce. Il en résulte une responsabilité singulière, exceptionnelle et même éventuellement scandaleuse ou monstrueuse, comme dans l'histoire d'Abraham acceptant de sacrifier son fils Isaac. "Il faut" que j'accepte ce devoir, cette obligation inconditionnelle, sans laquelle je ne pourrais pas dire "je".

Bien que la visée du "Il faut" soit infinie, elle bute sur un processus fini, un "faillir" (la forme du verbe à l'infinitif). Ce double sens du verbe, qui est simultanément un "il faut" et un "faillir", est l'existence même. D'un côté, il faut répondre au "il faut", c'est une exigence, une responsabilité infinie, une élection qui engage toujours un "moi", une personne, dans sa singularité. Mais d'un autre côté, on ne peut pas y répondre. La mesure de tout commandement, de tout "il faut", est son impossibilité. Il ne faut pas seulement subir cette impossibilité, mais l'avouer, la déclarer. Il faut témoigner du secret, penser ce qui, dans les mots "responsabilité, "liberté" ou "décision", est hétérogène, impensable.

 

4. Responsabilité.

Avant toute subjectivité, avant toute possibilité logique, avant toute stratégie et toute éthique, il faut répondre à l'appel d'une responsabilité qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur quelque calcul que ce soit. Ce "Il faut" est porteur d'une injonction de pensée, d'un devoir encore incalculable, indécidable, impératif, irréductible. Ne dépendant d'aucune cause ou détermination précise, il reproduit la forme de la loi, sans qu'on sache ni ce qu'elle est, ni d'où elle vient, ni d'où elle parle. C'est un appel, un saut venu d'un "Qui" indéfini, qui s'impose comme un "Quoi". "Il faut" cette discontinuité radicale pour que se prennent des décisions dans les domaines de l'éthique, du droit, de la morale, de la politique, etc....

Le "Il faut" ne se révèle pas comme tel. Venu d'un lieu secret, hétérogène au pouvoir et au devoir, il ne se manifeste ni comme idée, ni comme commandement, mais par ce qui, indirectement et performativement, s'en prescrit. On peut trouver dans l'œuvre derridienne de nombreuses occurrences du syntagme "Il faut". On peut en faire une liste, mais sans les généraliser ni les prendre à la lettre : ce ne sont que des exemples ou symptômes de ce qui, à un moment donné, s'est imposé au signataire. Il n'en résulte, selon lui, ni restauration morale ni prétention de maîtrise.

Il ne s'agit pas d'agir conformément à un devoir, selon une régle ou une norme préétablie, mais d'agir par devoir, en inventant chaque fois, pour chaque situation, la règle à mettre en oeuvre - une règle qui renvoie, comme toute invention, à un héritage ou un problème qu'elle transforme. C'est ainsi qu'on peut apprendre à vivre, à bien manger, etc. "Apprendre", c'est faire le lien entre le "il faut" et la vie concrète.

 

5. Justice.

S'il est une phrase qui ne se discute pas, qui opère comme axiome, c'est celle-ci : Il faut la justice. Non pas la justice courante, réparatrice et compensatrice, mais une justice inconditionnelle, irréductible, indémontrable, indéconstructlble, qui engage au-delà du droit, de la norme, du temps, à l'égard de tous ceux dont nous héritons (les spectres, ni vivants ni morts), ceux qui vivent aujourd'hui et aussi à l'égard de ceux qui vivront, peut-être, à l'avenir. Le statut de cet axiome dans la société peut être variable, contesté, mais dans la déconstruction, il ne l'est pas. La déconstruction est la justice, dit Derrida. La force donatrice de cet axiome est illimitée, incalculable. C'est une expérience de l'impossible et aussi une double responsabilité, devant son concept et devant sa mémoire. D'un côté, rien n'est plus essentiel que la justice, mais d'un autre côté, on ne la rencontre pas. C'est un problème qu'on ne peut adresser qu'indirectement, de manière oblique, dans une dimension d'excès, d'urgence et de précipitation. Il faut faire avec cet incalculable, et il faut aussi agir par la transformation, la refondation du droit, en s'engageant dans les luttes pour les droits de l'homme, l'émancipation, etc.

D'un côté, il faut la déconstruction (c'est la justice), il faut chercher, dans l'expérience de l'autre, l'impossible, mais d'un autre côté, on ne peut déconstruire qu'à partir de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde.

 

6. Ouverture à l'autre.

Il faut laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre. Elle est d'autant plus digne d'intérêt qu'elle n'a ni statut, ni loi, ni horizon, ni légitimité. S'il faut laisser l'autre, le tout autre, survenir, ce n'est pas par obligation morale, c'est parce qu'il survient, irréductiblement. On ne doit rien en attendre, et en même temps s'exposer toujours à la surprise absolue de sa décision, de sa transformation.

"Il faut laisser l'avenir ouvert". Sans cette promesse plus vieille encore que toute religion, plus originaire que tout messianisme, il n'y aurait pas d'à-venir. Même quand, dans la vie courante, on accepte une négociation, un compromis, cet impératif s'impose. Sans l'imprévisibilité de l'avenir, il ne pourrait pas y avoir de survie.

Le "quoi" du "Il faut" n'est pas phénoménal, il invite au concept - quasi-concept ou concept pur, inconditionnel [sur ce dernier terme, voir ici]. Parmi ces concepts, on peut citer : paix, hospitalité, don, pardon, liberté, "au-delà du souverain", etc.... Ces concepts ne sont ni généraux, ni universels. Il relancent à chaque fois l'enjeu du rapport à l'étranger, au radicalement autre. S'il ne peut pas y avoir de justice divine sans violence, la violence peut prendre la forme d'un jeu subtil, d'une refondation et d'une réinvention qui déjouerait, en nageant à contre-courant, toutes les tentatives de réappropriation.

 

7. De nouvelles Humanités.

Le "Il faut" est politique. S'exerçant en certains lieux déterminés, il peut prendre des formes plus concrètes, plus militantes. Ainsi en est-il dans l'université, ce lieu privilégié où la résistance critique, déconstructrice, peut s'exercer sans condition, l'un des rares lieux où il reste possible de mobiliser et radicaliser les champs du savoir, y compris la psychanalyse. Au-delà de l'université, Derrida en appelle à une transformation de l'espace public, voire une nouvelle Internationale. Il faut trouver une nouvelle place pour les intellectuels, faire travailler la mémoire collective, les images et les traces spectrales de toutes sortes. La politique ainsi conçue déborde largement son domaine usuel, y compris celui des médias et des technologies. Elle passe par la langue. Révolte-toi! Sans demeurer nulle part, tu habites ta langue et celle de l'autre. Sur cette route déroutée, sur ce cheminement sans carte, démarque-toi, marche par l'écriture.

Dans ce démarquage, l'Europe occupe une place singulière. Dire Je suis européen, c'est acquiescer à sa culture, son héritage. L'Europe se perçoit, dès le départ, comme expropriée, différente d'elle-même. Il faut qu'elle revienne sans cesse à ce commencement, qu'elle reparte, qu'elle se renouvelle en se restaurant. Répondre à cet appel, c'est accepter une série de devoirs, à la fois particuliers à l'Europe, universels et aporétiques. Il faut répondre, par cette tâche infinie, au discours traditionnel de la modernité, tout en s'avançant vers autre chose, tout autre chose. Ce que Derrida nomme l'autre du cap, auquel il faut être fidèle, est à la fois constatif (la polysémie, la fissure du capital) et performatif. En prenant acte d'une tradition qui s'ouvre elle-même, se désidentifie, on continue à penser les antinomies de cet héritage, à l'écart de tout tribunal institué. C'est ainsi que le "sur-devoir" européen, devoir sans devoir, prend figure de devoir par excellence, au-delà de l'Europe.

Il reste que, malgré les impasses de la communauté, il faut bien vivre ensemble, c'est une obligation et aussi une nécessité vitale, bien que les deux termes de ce commandement, vivre et ensemble, puissent se révéler incompatibles. Il faut pour cela soustraire la démocratie à toute onto-théologie ou téléologie, la laisser accueillir en elle l'auto-immunité (l'auto-critique), et aussi l'arrivance de ce qui arrive. Cette démocratie à venir, sans souveraineté ou au-delà de toute souveraineté, nul ne peut la connaître à l'avance.

 

8. Penser, écrire.

En convoquant d'innombrables textes (Kant, Heidegger, Platon, Freud, Joyce, Bataille, Levinas, Genet, Lacan, Artaud, etc.), en tissant et produisant des chaînes d'autres mots dans une substitution qui ne s'arrête jamais, en se soumettant volontairement à une loi d'hétérogénéité, Jacques Derrida conjure le risque de devoir limiter son échange avec un seul de ces interlocuteurs. Il faut multiplier les dialogues, les renvois, écrire sur le livre, sur sa tranche, sur ses marges, partout. D'où vient l'obligation de faire signe vers un autre texte, un texte qui marque le tout autre? Le nom au-delà du nom, que la tradition judéo-chrétienne nomme le nom de Dieu, est un lieu d'incertitude, un lieu qui dissocie sans réparer ni réconcilier, un post-scriptum (Babel). Il faut le nommer, certes, mais au bord du langage. Dans un autre idiome, c'est l'epekeina tes ousias platonicien (au-delà de l'être).

"Il faut écrire", et il faut effacer. Cette double intimation est comparable à la structure de la loi : "Je t'ordonne de ne pas venir jusqu'à moi". Il faut écrire, mais il faut aussi aimer la vie - y compris sans écrire, y compris en renonçant à écrire. Il faut que ce désir de vivre reste présent, même si ce n'est pas le dernier mot. La porte de l'écriture est ouverte mais, devant elle, devant son énigme qui est aussi l'énigme de l'oeuvre, on s'arrête.

Et aussi : il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur génialité, leur inventivité productive. Dans cette dernière tâche, qui n'est pas la moindre, il ne s'agit pas de protéger ni de conserver la culture, mais d'ouvrir les frontières.

 

9. "Il faut" conjurer le risque ultime.

Quel que soit son thème, Jacques Derrida en passe par une certaine désidentification. Se vivant comme un autre Moïse, invité à graver la loi sur des Tables nouvelles et anciennes, toujours déjà brisées, il voudrait secrètement se transformer de fond en comble devant chaque enjeu, produire sur lui-même une autre circoncision. A chaque séminaire qu'il prononce, à chaque conférence qu'il lit, à chaque texte qu'il écrit, le spectre d'Hamlet semble faire retour. Décidément le temps est désarticulé, il faudrait le remettre dans une certaine droiture (si c'était possible). Cela se répète pour chaque enjeu : un nouveau droit, d'autres exigences ou commandements non inscrits dans les anciens systèmes de valeurs, d'autres figures qui déracinent, autrement, l'androcentrisme des frères. Chaque fois, qu'il s'adresse à un interlocuteur unique ou à l'espace public mondial, c'est un autre idiome, singulier, supplémentaire et intraduisible, qu'il faudrait inventer.

Le paradoxe du devoir, c'est que, pour être un devoir, il ne doit rien devoir, il ne doit s'acquitter d'aucune dette. Ce lieu exemplaire de tous les "Il faut" fracture le cogito, il sépare le "je" du savoir. Ce n'est pas une connaissance, c'est une passion inconditionnelle, un sur-devoir qui protège contre la loi du pire. Un tel projet ou programme, qui ne souffre pas la transaction, doit rester non formalisable (encore une aporie).

On ne peut lutter contre le mal radical, ce mal d'abstraction qui nous menace aujourd'hui, que si l'on se refuse à annuler l'avenir.

 

 

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Propositions

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Avant nous, "il aura fallu parler"; mais de la trace de cette nécessité, de cette injonction immémoriale qui n'arrive qu'à s'effacer, "il ne faut pas parler"

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"Avouer - l'impossible", c'est peut-être la seule mesure du "Il faut", la seule définition du commandement

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Axiome de la justice : elle est inconditionnelle et indémontrable, elle engage au-delà du droit, de la norme, du temps

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Agir par devoir ou respect de la loi, c'est inventer chaque fois, pour chaque situation unique, la règle et l'exemple de la justice

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L'axiome de la déconstruction, ce à partir de quoi elle s'est toujours mise en mouvement, c'est l'ouverture de l'avenir

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Axiome : nul à-venir sans héritage, possibilité de répéter, itérabilité, alliance à soi, confirmation du oui originaire, mémoire et promesse messianique

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L'éthicité de l'éthique se mesure à l'affirmation donatrice illimitée, incalculable, d'un devoir qui ne doit rien devoir ni rendre, n'acquitter aucune dette

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L'université devrait être "sans condition" : un espace de résistance critique, déconstructrice, où s'élaborent de nouvelles Humanités, un nouveau concept de l'homme

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La déconstruction comporte une phase indispensable de renversement, afin de s'emparer des moyens d'intervenir dans le système

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La tâche urgente, c'est d'inscrire une trace dans le texte tout en faisant signe vers un autre texte

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Nouvelle internationale : Poètes-traducteurs, révoltez-vous contre le patriotisme, faites pousser une autre langue!

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Le projet d'un livre qui s'ajoute au tout, à la jonction du programme et de son reste, se tient sur la tranche du livre fermé

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Une tâche derridienne : "Vis-à-vis du spectre, aller au-delà du travail de deuil"

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Le lieu de la spectralité est celui où on doit laisser une place vide en mémoire de l'espérance : la démocratie à-venir

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Au-delà du deuil, une désidentification intempestive fait craquer les signes, les modèles et les figures de la croyance

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L'exercice de la responsabilité, théorique et éthico-politique, prescrit de ne rien soustraire a priori aux questions déconstructives

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"Il faut la vérité", c'est la loi - disséminatrice et fétichiste

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Manifeste derridien : il faut un livre qui marque le tout autre, au-delà de tout, dans et hors le tout, à l'exception de tout

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La dissémination (ou différance séminale) se constitue en programme non formalisable, tenant à la chute incessante d'un supplément de code

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L'oeuvre joycienne est une machine d'écriture dans laquelle le lecteur est d'avance inscrit; il ne peut la lire qu'à s'aventurer hors d'elle, à se projeter ailleurs à partir d'elle

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La déconstruction, qui se donne pour tâche l'expérience de l'autre comme invention de l'impossible, ne désire pas le possible, mais l'impossible

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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"Tout faire pour sauver, dans la langue et dans l'image, la singularité de l'idiome intraduisible" - tel est le souci principal, la responsabilité à prendre

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Dès que j'entre en rapport avec l'autre absolu, unique, ma singularité entre en rapport avec la sienne sur le mode de l'obligation inconditionnelle, du devoir

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Il faut radicaliser la pensée freudienne de la trace

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Il s'agit, avec les concepts de la déconstruction, de transformer l'espace logique habituel, d'organiser l'espace théorique des Lumières modernes de façon quasi transcendantale

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Les deux règles de la lecture critique : respect du droit à la différence de l'autre; ne pas faire du texte une totalité close et indéconstructible

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La tâche d'un philosophe, c'est de pousser l'analyse aussi loin que possible jusqu'au moment où l'on touche à l'arrivant

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Prise dans un réseau, un travail de tissage impossible à arrêter, la différance produit des chaînes d'autres mots : gramme, réserve, trace, espacement, supplément, etc...

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Double bind : au nom de la souveraineté, il faut la liberté; mais il faut aussi déconstruire la souveraineté, sans remettre en cause la liberté

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La responsabilité de la déconstruction est double : 1/ devant la mémoire; 2/ devant le concept de justice

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La mutation du concept d'oeuvre dans le travail universitaire participe d'une autre mutation, absolue, radicalement nouvelle, qui transforme l'espace public

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Plus que de tout autre à leur époque, on peut rapprocher les travaux de Derrida et de Lacan à cause de leur effet critique

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Si la déconstruction, c'est "ce qui arrive", on ne peut déconstruire qu'à partir de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde

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La stratégie générale de la déconstruction est double : intervenir en renversant les hiérarchies; désorganiser les systèmes en explorant les écarts

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Pour changer le droit, le faire progresser, il faut mettre en jeu deux pôles irréductibles l'un à l'autre mais indissociables : le concept pur et le processus empirique

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Déconstruire, c'est se préparer à la venue de l'autre : le laisser venir, "invenir", hétérogène et incalculable

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"La déconstruction est la justice" - partout où la déconstruction est possible comme expérience de l'impossible, il y a la justice

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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Pour qu'elles me survivent, il faut que les choses soient imprévisibles

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La justice est toujours requise dans l'urgence et la précipitation, avec la violence irruptive d'un performatif

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La tâche qui reste à venir, au-delà du droit, c'est de mettre en oeuvre la démocratie en déracinant les figures qui prescrivent une fraternité androcentrée

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Le "messianique", c'est laisser venir l'autre, s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Pour la déconstruction, le problème de la justice est essentiel - même s'il ne peut être "adressé" qu'indirectement, de manière oblique

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Les nouvelles "Humanités" à venir, sur lesquelles il faut travailler, traitent d'une idée ou d'un "propre" de l'homme qui implique toujours la promesse

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La justice est indéconstructible, mais il faut la penser en déconstruction, dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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Il faut garder la voix d'Artaud

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La responsabilité, qui ne se règle ni sur le principe de raison, ni sur un calcul subjectif, porte en elle une démesure essentielle

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"Il faut" un mouvement d'appropriation fini, une exappropriation : le "faillir" de ce "il faut" est l'existence même en général

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"Il faut" que le moment et la structure du "Il faut", de la décision responsable, reste hétérogène au savoir

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Il y a, dans l'opération déconstructrice, un "Il faut"; il faut obéir à ce "Il faut", mais il est certain qu'il ne sera pas prouvé

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"Il faut" une politique de la mémoire et "il faut" aussi la critiquer et la penser; mais l'impératif "il faut" n'est ni criticable, ni objectivable

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Le sens du devoir, de la responsabilité, commande de rompre avec les restaurations de la morale, comme avec toute prétention de maîtrise ou du devenir-oeuvre d'art

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Que faire? Entre répondre aux appels, demandes, invitations et obligations ou ne pas y répondre, on bute sur l'impossibilité d'un choix; c'est alors qu'il faut témoigner du secret

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Reconnaître un lieu secret, hétérogène au pouvoir et au devoir, qui ouvre un droit à l'irresponsabilité, à la non-réponse absolue - c'est la tâche d'une démocratie à venir

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Jacques Derrida répond à une double intimation : 1. Il faut créer/écrire; 2. Il faut effacer

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S'il faut s'attendre à la mort, il faut aussi s'attendre à se laisser emporter au-delà des limites de la vérité

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"The time is out of joint" : par l'effet de la chose spectrale, le temps est désarticulé; "I was born to set it right!" : il faut que je le remette droit

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Endurer l'aporie sans s'acquitter d'aucune dette, par un "sur-devoir" qui, pour être un devoir, ne doit rien devoir - c'est la condition de la responsabilité et de la décision

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Il faut endurer l'aporie : c'est la loi de toutes les décisions; mais jamais l'aporie ne peut être endurée "comme telle"

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Il faut négocier et inventer un compromis au nom d'un inconditionnel qui ne souffre pas la transaction - c'est la difficulté

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En excédant le calcul, le programme et les règles, l'appel à la justice ouvre à l'avenir, il commande la transformation et la refondation du droit, y compris par le calcul et la négociation

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La question posée par la loi d'hospitalité infinie : "Il faut bien manger", c'est : "Quelle est la meilleure manière, la plus respectueuse et donnante, de se rapporter à l'autre?"

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"Il faut vivre ensemble", dit-on; mais ce commandement commande de faire l'impossible

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En faisant surgir un livre qui s'ajoute à la nature, dans un simulacre de duplication, la dissémination remet la philosophie en scène

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Si la prière pouvait être une expérience purement pure du rapport au rien, au néant, il n'y aurait pas d'écriture; mais faute de cette expérience, "il faut écrire"

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La philosophie a la structure d'un tympan : il faut la crever pour l'empêcher de prêter ses catégories au logos de l'autre

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Dans le champ politique, la prise de conscience ne suffit pas : il faut mobiliser la psychanalyse, lui faire travailler la mémoire collective et les traces spectrales de toutes sortes

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Transformer l'espace public oblige à travailler dans un autre temps où la perspective est renversée, où il faut compter avec l'intempestif

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Premier axiome de l'Europe : pour se retrouver, il faut toujours qu'elle reparte, qu'elle recommence (axiome de finitude)

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Second axiome de l'Europe : le propre d'une culture, c'est de n'être pas identique à elle-même (axiome de différence avec soi)

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Il faut répondre à l'appel de la mémoire européenne : un devoir aporétique, le devoir universel d'une aporie critique

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Il faut assumer l'héritage européen d'une idée de la démocratie qui reste à penser et à venir, dans la structure de la promesse

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Il faut, aujourd'hui, répondre du discours traditionnel de la modernité en s'avançant exemplairement vers tout autre chose ("l'autre du cap")

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Il faut appeler à une responsabilité qui endure les antinomies de l'héritage européen, tout en respectant ceux qui refusent les tribunaux institués de cette responsabilité

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Il faut prendre acte de la fission du capital : en s'ouvrant sur l'autre rive, il s'ouvre lui-même sur un autre, il se désidentifie

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Il faut, aujourd'hui, tenir compte de la polysémie du mot "capital" pour trahir son ordre, y résister dans la fidélité à l'autre cap ou l'"autre du cap"

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L'Europe ne se rassemble et ne s'identifie à elle-même que dans l'idée, phallique, d'une pointe avancée de l'exemplarité, d'une tâche infinie qui se capitalise

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Il faut soustraire la démocratie, seul système qui accueille en lui-même, dans son concept, l'auto-immunité, l'autocritique et la perfectibilité, à toute onto-théo-téléologie

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La démocratie à venir, c'est la seule possibilité radicale de laisser advenir, méta-performativement, l'arrivance de ce qui arrive

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Il faut lutter pour faire survivre les oeuvres en fonction de leur force, leur nécessité, leur génialité, leur inventivité productive, dans un espace public ouvert au-delà de l'espace national

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Il faut se battre non pas contre les télétechnologies ou l'Internet, mais pour que ces médias laissent une plus grande place aux normes proposées par les citoyens ou intellectuels

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Avec la politique de l'amitié, il s'agit de penser, à la racine de la démocratie à venir, une altérité sans différence hiérarchique

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Il faut saluer le seul dieu qui puisse encore nous sauver, un dieu sans souveraineté

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A partir de la possibilité irréductible du "sans réponse" (le mal, la mort) surgit l'exigence d'une responsabilité infinie

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Il faut, pour mettre en oeuvre "responsabilité", "liberté", "décision", savoir ce que ces mots veulent dire, et aussi penser ce qui, en eux, est hétérogène, impensable

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La révolution future sera l'avènement de l'événement : victoire d'un contenu propre, qui ne soit pas la répétition d'une phraséologie passée

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Derrida préconise une "nouvelle Internationale" : alliance sans coordination, sans communauté, sans appartenance et sans institution, dans la fidélité à l'esprit de Marx

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Il faut donner, c'est la loi - et il faut rendre compte de cette loi qui oblige à donner

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L'interdiction de la loi n'est pas une contrainte impérative mais une différance : "je t'ordonne de ne pas venir jusqu'à moi"

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Depuis un lieu invisible, Jacques Derrida s'engage dans une aimance qui en appelle à une loi d'hétérogénéité, à la dissymétrie d'une singularité absolue

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Il faut apprendre à analyser ce qui nous arrive par l'image en découpant les images et en discernant les collages et montages dont elle est faite

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Au-delà du savoir absolu, une question inouïe s'ouvre et réclame des pensées à travers de vieux signes

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Il faut passer par la question de l'être, telle qu'elle est posée par Heidegger et par lui seul, pour accéder à la pensée de la différance

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La tâche de tout citoyen, c'est de prendre en compte la discontinuité radicale entre un savoir sur les pulsions de mort et de cruauté, et un saut dans l'éthique, le droit ou la politique

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La théologie négative prescrit un "Il faut" exemplaire de tous les "Il faut" : dans le langage et sur le langage, dans le nom et au-delà du nom, il tend vers l'au-delà de l'être

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Circoncision est le désir de vivre sans avoir besoin d'écrire : aimer la vie

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[On peut comparer l'oeuvre derridienne à un vaccin, qui protégerait contre "la loi du pire"]

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Devant le mal d'abstraction d'aujourd'hui, il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue - car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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La violence divine, la plus juste, est indécidable, inconnaissable - et pourtant la seule qui pourrait faire l'objet d'une décision politique, révolutionnaire, ouvrant une ère nouvelle

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Dans la tradition juive, l'"élection" est une techouva inconditionnelle : "Je déclare devoir faire l'impossible pour une responsabilité sans fin"

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Dès 1963, Derrida se voit comme un nouveau Moïse qui porte à l'autre la Table nouvelle de l'écriture

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Nos tâches : refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

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Déclaration de Jacques Derrida : "Je dois, à Jérusalem, parler de la trace dans son rapport à la théologie négative - mais sans rien dire du plus proche : le Juif, l'Arabe"

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