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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, "Viens"                     Derrida, "Viens"
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 6 août 2016 Faire effraction dans la scène apocalyptique

[Derrida, "Viens"]

Faire effraction dans la scène apocalyptique Autres renvois :
   

Derrida, le pas, la marche

   

Derrida, l'à-venir

   
                 
                       

1. Un "Viens" double : imminent, présent, et aussi ancien, inconnu.

Chaque fois qu'on dit "Viens", on appelle à une double marche. D'une part, tu dois venir, ici et maintenant, en ce moment même, dans l'immédiat, au présent, dans cette situation unique, intraduisible, à laquelle tu es rivé. Ce premier "Viens" adressé à un "tu" se dit dans la langue courante. Il peut être entendu comme une injonction, un ordre, une opération, un jeu, un appel. Mais d'autre part, ce "Viens" imminent en cite un autre unique, irremplaçable, il met en oeuvre un "archi-Viens" qui aura fait autre chose et qu'il faut répéter, réitérer. On ne sait pas qui aura prononcé ce "Viens", à qui il aura été adressé, qui l'aura entendu ou si quelqu'un y aura répondu.

Jamais le "Viens" n'arrive en tant que tel : il est déjà dédoublé, il a commencé par être dédoublé. Il aura fallu que je sache ce que "venir" veut dire pour que je puisse répondre à ce "Viens" (archi) en avance sur les modalités usuelles du verbe "venir".

 

2. Réitérer l'alliance.

Chaque fois qu'on dit "Viens", y compris dans la syntaxe la plus ordinaire, on cite un autre "Viens" démesuré, excessif, anonyme ou sans-nom, qui aura été prononcé comme un cri sauvage, sans grammaire. On réitère l'événement unique de l'entrée dans une alliance dissymétrique, un pacte sans pacte qui aura été conclu et auquel on n'aura pu répondre que par un autre "Viens", déjà à l'oeuvre, un monument de ce qui aura déjà eu lieu, mais ne se produira peut-être jamais.

Chaque "Viens" sauve l'unicité d'un archi-Viens soustrait à l'ordre du langage et le garde en réserve comme le seul don possible, le don de l'alliance. Ce don qui n'obéit à aucune autorité, loi ni hiérarchie, ni dialectique, ni conventionnel, on pourrait, à la suite de Blanchot, le qualifier de "neutre". L'autre "Viens" en est une trace, un vestige.

En se répétant, le "Viens" s'allie avec lui-même. C'est une affirmation qui s'affirme, un "oui, oui". "Le oui fait dans la langue un trou aussi étrange que viens" écrit Derrida (Pas dans Parages, p21). Une force reçue de l'autre, indestructible, est redoublée. C'est la force d'un don sans pouvoir, "une alliance sans dette, un don sans crédit". Sans jamais prendre la forme d'un commandement, l'autre "Viens" est réaffirmé, il engage dans l'alliance.

 

3. Le lieu de l'Elléité.

Ce qui s'appelle, en secret, depuis le sans-nom, c'est aussi la différence sexuelle. Quand Blanchot écrit "Viens", c'est à elle, une illéité, qu'il s'adresse. Il appelle la venue en un lieu qui est celui de l'autre sexe - pas nécessairement "les femmes", mais la différance, un lieu énigmatique, sans substance ni contenu, irréductible à la philosophie, la métaphysique ou l'onto-théologie. Appeler ce lieu plus ancien que le temps, ce passé qu'aucun concept ne peut citer, effroyablement ancien, depuis une crypte absolue, c'est aborder l'impossible. Il faut franchir le langage, effacer les images, engager un mouvement démesuré qui n'arrête jamais, laisser venir, innommable, une irreprésentable obscénité. Ce mouvement, Derrida le nomme paralysie. Blanchot nomme des lieux qui ne sont pas dans l'espace, mais vers l'abîme : la mer, l'escalier, le labyrinthe, la chambre, le cri, le vomissement, elle. C'est un désir, et aussi une structure labyrinthique, un piège.

 

4. Faire venir le tout autre (apocalyptique, messianique).

Sans un "Viens", le "Je" ne pourrait pas s'affecter. Il s'arrêterait devant un vide : "Je m'", qu'on peut aussi écrire : Je mort. Et pourtant il s'auto-affecte, il appelle un interlocuteur, il s'adresse à un autre. Je ne peux dire "je" que si un autre "Viens", ancien et encrypté, a précédé ce "je"; mais cet autre "Viens", il aura été appelé par "je". C'est ainsi que, entre un "pas encore" et un "déjà plus", dans la tension d'un sans nom, "je m'appelle". J'ignore qui parle, qui écrit, qui adresse quoi à qui. La scène est catastrophique, apocalyptique. Elle ouvre, au-delà de l'être, un espace messianique d'un type singulier : sans surplomb, qui ne se laisse arraisonner par aucune onto-théo-eschatologie, qui n'entre dans aucune logique ou politique et n'en annonce aucune, qu'on ne peut réduire à aucun désir, aucune prière, aucune demande, aucune catégorie, aucun performatif, aucune modalité du droit.

Dire "Viens", c'est faire effraction, du dehors, dans l'invenir hétérogène et incalculable de l'apocalypse même : une apocalypse sans contenu, sans apocalypse, dérivable de rien, l'apocalypse de l'apocalypse.

 

 

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Propositions

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"Viens" se dit au présent; le citer met à l'oeuvre un autre "Viens" dont le " faire" est irréductible aux verbes usuels : opérer, fonctionner, jouer, ordonner, appeler

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Un "Viens" chaque fois unique, éternellement répété, se soustrait à l'ordre du langage, il s'affirme sans procéder d'aucune autorité, aucune loi, aucune hiérarchie

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Avant toute autre détermination et identification, un "Viens" sans pacte ni dette, depuis le sans-nom, appelle en secret la différence sexuelle en la neutralisant

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Chaque fois que, sans aucun langage de surplomb, on dit "Viens", on donne le don, on répète l'alliance

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Un "Viens" apocalyptique, à partir duquel il y a de l'événement, en appelle à un lieu énigmatique, irréductible à la philosophie, la métaphysique ou l'onto-théologie

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Une apocalypse secrète, au ton unique, une catastrophe venue du dehors (au-delà de l'être) fait effraction dans l'apocalypse : "Viens!"

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Suspendu à l'événement d'un "Viens", pas encore affecté ou déjà plus (Je m'---), le "Je" va vers ce qu'il appelle : un "Je mort"

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Déconstruire, c'est se préparer à la venue de l'autre : le laisser venir, "invenir", hétérogène et incalculable

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Il faut penser l'événement à partir du "Viens" qui se dit à l'autre et qui ouvre un espace messianique

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La structure de la scène apocalyptique est aussi celle de la scène d'écriture en général : de renvoi en renvoi, on ne sait plus qui parle ou qui écrit, qui adresse quoi à qui

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Le discours apocalyptique détraque la police des destinations, il défie la recevabilité établie des messages

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Dans sa différance même, sans se laisser arraisonner par aucune onto-théo-eschatologie, "Viens" est apocalyptique, il est en lui-même l'apocalypse de l'apocalypse

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Dans les récits de Blanchot, un "Viens" plus ancien que le temps appelle depuis une crypte absolue; abordant l'impossible, l'imprésentable obscénité, il paralyse

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