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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, Dieu                     Derrida, Dieu
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 29 août 2005 Derrida, le langage

[Derrida, Dieu, le nom de Dieu]

Derrida, le langage Autres renvois :
   

Derrida, athéisme

   

Derrida, religion, théologie

   

Derrida, sa Cabale cachée

[La] matrice derridienne (ce qui s'en étudie) [La] matrice derridienne (ce qui s'en étudie)

Derrida, judaïsme, judéités

                 
                       

La question de Dieu peut être abordée par la voie classique de la religion ou du théologico-politique. Jacques Derrida n'y manque pas. Dans Foi et savoir, il propose une déconstruction de cette tradition héritée d'un mot latin (religio), et dans de nombreux ouvrages, plus particulièrement Politiques de l'amitié, il s'intéresse à la figure de Carl Schmitt et à sa descendance. Mais la question de Dieu renvoie, pour lui, à d'autres implications. Elle exige une confession comparable à celle de Saint Augustin, ou l'instance divine appelle d'autres noms venus de la théologie négative (Comment ne pas parler, Sauf le nom), de la tradition juive (Glas, Schibboleth, Les Yeux de la langue, Circonfession, Mal d'archive, Abraham, l'autre, etc.), voire de la Cabale (presque jamais nommée), de la littérature (Joyce, Cixous, Celan, Jabès) ou de la politique (la démocratie à venir). Quoique se disant athée, il prie, il en appelle à un lieu secret, crypté, qui est aussi celui de la promesse et du messianisme. Il y a peut-être, quelque part dans son œuvre, son Dieu ou un Dieu à venir, sans présence ni souveraineté, incalculable.

 

1. Un héritage.

Dans les cultures indo-européennes, le Dieu de la religion, qui est aussi celui de la raison, est associé à la lumière. L'étymologie du jour (dies) est liée à celle de Dieu (deiwos). Proche du commencement, de la source, c'est la lumière qui commande la manifestation, la géographie du paraître (phainestai). Il faut que la vérité se situe du côté de la clarté, du savoir. Mais cette lumière n'est pas dévoilée, elle n'est pas visible, c'est une lumière nocturne, dissimulée. Il faut, pour la révéler, pour croire en une vérité, un témoin. Qu'il soit présent ou absent, on l'invoque, on le convoque comme Père du Logos, source du langage, juge suprême. Il suffit de s'adresser à lui pour le produire, il suffit d'en attendre la vérité pour l'engendrer, et ni la mort de Dieu, dont on parle aujourd'hui, ni la science, n'y changent rien. Il faut ce lieu qui atteste et rend crédibles nos actes en les contresignant, il faut cette ultime instance qui garantit ce qui doit être. Il faut, pour s'assurer de la crédibilité du discours, le nommer - même si ce nom est autre que Dieu, même s'il diffère de celui dont nous héritons.

Dans le sens courant du mot, le nom de Dieu peut nommer l'être dans sa présence. C'est le Dieu de l'onto-théologie, celui du souverain ou du premier moteur de la causalité. Mais si au lieu de se référer à Dieu, on ne fait que mentionner son nom entre guillemets, "Dieu", alors c'est à son absence qu'on renvoie. Dans un cas comme dans l'autre, on produit un "Qui" par la nomination. Nommer Dieu c'est l'appeller, c'est déjà acquiescer à l'éventualité de son appel. Pour le croyant ou pour celui qui se croit incroyant (l'athée), c'est un acte de foi.

 

2. Le tout autre.

Le tout autre, chez Derrida, n'est pas métaphysique. C'est un supplément qui, sous le nom d'écriture, de pharmakon, etc., travaille la langue. Irréductible à tout système d'oppositions, dépourvu de sens, de référent, d'identité stable, inanticipable, incalculable, imprévisible, surgissant du dedans comme du dehors, il nous hante. Il est impossible à nommer (innommable), mais il faut lui donner un nom. Pour le dire, il faudrait une autre langue, une autre syntaxe, d'autres noms - qui peut-être ne nommeraient pas Dieu - il faudrait une autre interrogation, qui n'appartienne à aucun livre. On ne pourrait réinventer ce nom qu'en déjouant toute réappropriation, par un appel à la singularité irréductible de chaque situation.

L'hétéronomie absolue du tout autre suit des chemins indirects. Par exemple dans l'œuvre de Lévinas, écrite au masculin (il), Derrida la repère par ses initiales (E.L.), où le nom de Dieu (El) dissimule le féminin (Elle) : un surcroît d'altérité que le philosophe rejette ou refoule. Son symptôme, ou secret, c'est le retrait d'un des noms de Dieu (El-Elle), un nom tout autre. Dans Jacob Elie Derrida, on peut retrouver une greffe analogue du nom de Dieu. Le Ya'akov de l'Ancien Testament (Jacob ou Jacques) inscrit la marque d'Elohim dans sa chair, son talon (ce mot aurait la même racine en hébreu que Ya'akov), tandis qu'Elie renvoie au prophète Eliyah qui peut se traduire par "Dieu est Dieu" (El-Yah) en hébreu. Yah peut aussi être entendu comme "Oui" ou "Yes", dernier mot d'Ulysse de Joyce, à la place de la signature. Depuis Glas, Jacques Derrida multiplie les diffractions de son nom.

 

3. Un lieu secret.

On trouve dans l'Evangile de Matthieu la phrase : "Ton père qui le voit dans le secret, te le rendra". La nouveauté du christianisme et plus tard de la modernité, c'est qu'un Dieu invisible, que je ne vois pas, voit le secret qui est en moi. Je ne peux pas croiser son regard. D'un côté, ce Dieu est extérieur, c'est le lieu d'une dissymétrie, d'une hétéronomie. Mais d'un autre côté, il témoigne d'une intimité à moi, d'un lieu qui, tout en étant extérieur, n'est visible qu'à l'intérieur. C'est le lieu du sujet, où le Dieu-témoin ne renvoie pas à une toute-puissance transcendante mais au simple nom de la possibilité pour moi de garder un secret. Pour le meilleur ou pour le pire, c'est un Dieu inavouable, irrecevable.

A chaque fois que nous nommons ou signons, nous scellons la crypte où se greffe le nom de Dieu. D'un sceau indéchiffrable, il exige le secret le plus total et signe à notre place.

 

4. Non-réponse, silence (voir aussi : athéisme).

En tant que souverain absolu, Dieu a droit à l'irresponsabilité, il ne répond pas. C'est le silence de la voix divine (Moïse brisant les Tables de la loi qu'il vient à peine de recevoir), la violence immémoriale du vide. Pour l'homme moderne, cette non-réponse (qui est aussi celle de la mort, ou encore de la bête, ou encore de l'ordinateur) est insupportable. Il cherche des substituts (la science, la poésie, le cri, l'écriture). Il faut composer avec ce silence comme avec la mort, s'allier avec cette puissance divine, la faire survivre comme souveraineté politique, au-dessus et au-delà du droit.

Á la suite de Lévinas, Jacques Derrida nomme ce mouvement vers un Autre silencieux qui peut, quant à lui, se désintéresser de l'alliance, nous abandonner, l'à-Dieu. Cet Autre qui appelle depuis l'au-delà de l'être compose un nouvel accord, inouï, entre le fini et l'infini. Il faut le saluer, et dans le même temps lui dire Adieu, dans la solitude absolue, dans la crainte et le tremblement. Cette alliance dissymétrique nous oblige. Elle nous éveille à la responsabilité. Elle exige de nous l'hospitalité, dans le droit (comme loi de justice) et aussi au-delà, par l'accueil inconditionnel.

Le paradoxe, c'est que seul ce Dieu absent pourrait être totalement présent, avec une parole absolument vive. Mais sa voix ne dirait rien. Tout au plus pourrait-elle pleurer. Pour m'adresser à lui, je dois renoncer à sa présence, lui prescrire de rester libre, lui laisser le pouvoir de répondre ou de ne pas répondre.

 

5. Retrait, lieu.

Axiome absolu de la divinité : Il appartient à ce qui est nommé Dieu (Yhvh dans le texte biblique) de pouvoir se rétracter. Qu'il se présente comme silence, absence, repentir, remords, aveu, pardon, repli, brouillage (Babel), etc., il opère comme un Dieu invisible. Chaque expérience de ce qui se retire, même la plus courante, par exemple l'amour, ou le trait du dessin, réitère cet axiome. En se retirant, il invite à se rendre au-delà du nom, en un lieu inaccessible, impossible, effacé (le maqom cabalistique), dont on ignore si on doit l'entendre comme un "Qui" ou un "Quoi", ou encore la combinaison incertaine d'un "Qui" et d'un "Quoi". L'invitation est double. Pour s'adresser à ce lieu furtif, météorique, qui ne parle pas, qui garde le secret, il faut le nommer; mais puiqu'aucune connaissance ne permet de dire ce que nomme ce "nom de Dieu", résultat linguistique du retrait en un lieu indicible, inarticulable, il faut se rendre dans le nom au-delà du nom.

Dans le récit biblique de la Genèse, Dieu laisse à Adam le pouvoir de nommer. Cet acte de nomination, qui sacrifie le vivant, est une violence. Dieu accepte de se laisser surprendre, déborder, de se retirer. Ainsi se noue, avant tout acte de foi, une alliance singulière, qui rend à l'homme la souveraineté terrible au nom de laquelle Dieu l'a créé. L'homme peut transformer les animaux en une suite de mots à son service (les animots) et dominer la nature. Détruits comme être concrets, les animaux reviennent par les mythes, les religions, les idolâtries, les pratiques sacrificielles et les divinités souveraines (rois et empereurs), tandis que le Dieu absent revient lui aussi, mais comme garant, témoin du lieu qui promet le sens et le vrai. Pour résonner avec la perte de ce qu'il nomme, il faut que le nom-de-Dieu reste indicible, imprononçable, inaudible.

 

6. Post-scriptum.

Dans ce qu'on nomme la théologie négative, toute phrase négative est déjà hantée par Dieu ou par le nom de Dieu. Ce nom renvoie à un lieu qui n'est rien, une trace, un reste, un lieu insensé, absurde, extravagant, inaccessible à la raison, comparable à la Khôra de Platon (ce lieu d'avant la création, an-humain, a-théologique), un lieu sans être, qui n'a rien en propre. Ce lieu qui n'est même pas un lieu est produit par un désir de Dieu (dans les deux sens du génitif), une prière. Sa singularité, c'est de renvoyer au-delà de lui-même. Il faut se porter vers autre chose au travers du nom. En le traversant, il faut appeler l'autre, se rappeler l'autre, il faut aller toujours plus loin, au-delà de ce qui est, vers l'hétérogène, l'incommensurable, le "sans cause", l'impossible, le plus impossible.

Cette topique (ou atopique) n'est pas intelligible. Elle est folle, aporétique. En priant, en s'adressant à l'autre comme autre, on demande à Dieu de donner la promesse de sa présence. Mais Dieu s'étant retiré, la poussée vers le rien ne conduit à rien d'autre qu'à l'événement de cette nomination. On ne peut pas constater Dieu, mais on peut le parler, on peut lui parler. La cause de la prière n'est pas l'attente d'une réponse, mais cette demande. En déniant toute positivité, en gardant le vide, elle préserve la possibilité d'un autre prière. Ce qu'on sauve en sauvant ce nom n'est pas le nom lui-même, c'est ce vers quoi l'on se porte à travers lui, où il est impossible d'aller. La passion du lieu, c'est qu'il faut, inconditionnellement, aller vers ce post-scriptum qu'on peut nommer Dieu.

 

7. Bab-El : un autre nom de Dieu.

Le récit biblique de la tour de Babel est l'un des coeurs tremblants de ce rapport à Dieu. En clamant ce nom qui est le sien (Bab-El) et qui peut aussi se traduire par confusion, Dieu interrompt les généalogies. Il déclare la guerre à la langue unique. Il impose de traduire d'une langue à l'autre - y compris l'intraduisible. Il exige qu'on modifie, qu'on transforme les langues. A chaque fois que nous traduisons d'une langue à l'autre, ce qui est "à-traduire" est un savoir divin, inaccessible, en retrait, qui invite à une tâche illimitée : produire d'autres suppléments de langue. Peut-être est-ce cela qui arrive avec ce qu'il est convenu de nommer la langue sacrée. Faite uniquement de noms singuliers, elle est indissociable du nom de Dieu. Par elle, Dieu dit : "Je suis rien", mais sort de son silence. Par elle, les noms sur-vivent dans la langue courante, sécularisée, au risque d'une dispersion ou d'une dissémination du discours. Mais alors, dans une dérive graphématique, ultime et irremplaçable, c'est l'écriture qui vient à la place du nom de Dieu, c'est elle qui apparaît dans la différence et dans la dissimulation de l'être.

 

8. Le Dieu abrahamique.

Jacques Derrida préfère nommer abrahamiques les religions dites monothéistes. Par ce nom, c'est un autre Abraham, plus d'un Abraham, qu'il donne à penser, un Abraham qui choisit toujours, inconditionnellement, l'impossible : alliance, épreuve, hospitalité, justice, etc. Quand on continue à prier ce dont on a tout oublié, on peut se dire à la fois athée et marrane. Prier, c'est s'adresser à l'autre comme tel sans en attendre de réponse. Le destinataire ne cesse de se rétracter, de s'effacer, de se diffracter. En ces lieux désertés où il s'égare, il n'y a plus personne, pas de destination, et pourtant il prie.

 

9. Un Dieu non souverain.

Il y a dans cette prière une sollicitation, mais aucun espoir de présence. Sans retour, l'appel n'est pas une demande, mais un salut au seul dieu qui vaille, le seul qui pourrait encore nous sauver : un dieu sans souveraineté, sans immunité ni assurance, fragile, vulnérable, sans dogme, ni religion, ni révélation, ni être, mais pas sans foi, un dieu anhumain, exclu, forclos, dénié. Dire qu'il faut prier ce Dieu, c'est dire qu'il faut, inconditionnellement, laisser venir ce retrait. C'est un Viens! sans but, sans détermination, dissocié de toute pulsion de pouvoir, d'attente d'un jugement ou d'une toute-puissance souveraine.

Le Dieu qui renonce à la souveraineté n'est pas nouveau, ni moderne. C'est Babel, le Dieu des Juifs, de la Torah, de la Cabale (cachée comme il se doit, secrète, impossible à restituer). James Joyce en a donné quelques figures, il en a joué avec ses machines d'écriture. Comme Joyce, Derrida signe et contresigne ce nom de Dieu. Il déclare un autre commencement. Dans le prolongement d'une tradition immémoriale, il déconstruit le nom commun pour laisser la dérive du nom suivre son cours.

 

 

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Propositions

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"Yhvh parlant face à face avec Moïse" : telle est l'expérience nue de la présence totale à laquelle nous n'avons jamais accès, ni par le visage, ni par la voix

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L'écriture vient à la place du nom de Dieu - dans une dérive graphématique, ultime et irremplaçable

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Pour parler du nom de Dieu, il faut inventer une autre langue et une autre syntaxe

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Tout témoignage, serment, attestation ou adresse engendre et invoque un dieu auquel promettre la vérité

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[Dans la notion indo-européenne de Dieu (le lumineux, le céleste), la lumière commande et commence le discours]

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En choisissant de se donner à lui-même le nom Babel, Yhvh donne à traduire [il faut traduire] et à ne pas traduire [il ne faut pas traduire]

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Dieu demande la traduction car, pour commander, la loi doit être lue et déchiffrée; il pleure après la traduction de son nom, alors même qu'il l'interdit

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Donner le nom, c'est encore sacrifier du vivant à Dieu

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En laissant à l'homme solitaire et souverain la liberté de nommer les animaux, Dieu s'abandonne à la radicale nouveauté de ce qui va arriver : le pouvoir de l'homme à l'oeuvre

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"Il faut traduire" : cette traductibilité illimitée, générale, c'est la tâche de la philosophie comme supplément du monde

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Ce qui s'appelle Dieu est ce qui, en secret, nécessairement et souverainement, signe à ma place d'un sceau indéchiffrable

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Dieu est le nom de l'ultime instance, l'ultime signature qui garantit ce qui doit être - et qui doit être un nom propre

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Dans la religion comme dans la raison, un "Je promets la vérité" est toujours à l'oeuvre, où déjà la place de Dieu - celle du témoin - est invoquée ou convoquée

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Dieu est le témoin absolu que, même en son absence, on prend à témoin; le nommer, même d'un nom imprononçable, c'est l'appeler

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Dieu est le nom de la possibilité pour moi de garder un secret; il témoigne de cette invisible intimité à moi, autre que moi, qu'on appelle la subjectivité

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En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

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Double bind de la théologie négative : son autorité lui vient de son désir de dire, par sa bouche et d'une voix juste, le propre de Dieu - qui consiste à n'avoir rien en propre

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Dieu a lieu en un lieu sans être et sans lieu, un lieu qui n'est pas Dieu, une atopique inintelligible, insensée, folle

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On ne connait ni le sens, ni le référent du nom "mort"; pour ce nom comme pour le nom "Dieu", un sens, non questionné, est présupposé par le discours

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Dieu apparaît comme ce qu'il est dans la différence et dans la dissimulation

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Toute phrase négative est déjà hantée par Dieu ou par le nom de Dieu, qui nomme l'hétérogène, l'incommensurable, ce sans quoi l'on ne saurait rendre compte d'aucune négativité

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Le nom de Dieu, qui produit le dehors, se conjugue avec une passion du lieu : se rendre dans le nom au-delà du nom, là où il est impossible d'aller

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En allant toujours plus loin, la théologie apophatique témoigne du plus intense désir de Dieu

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La déconstruction partage avec la théologie négative l'expérience de la possibilité (impossible) de l'impossible, du plus impossible

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Par définition, il faut que les énoncés de la théologie négative se vident : ils gardent le vide et se gardent du vide, en kénose du discours

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["Sauf le nom" : Il faut sauver le nom (de Dieu) pour se rendre, au-delà de l'être, en ce lieu "post-scriptum" qui s'abandonne à l'aporie]

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La prière, expérience essentielle du discours chrétien, s'adresse à l'autre comme autre, en ne lui demandant rien d'autre que de donner la promesse de sa présence

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Dans n'importe quel amour, on peut reconnaître la création définie comme retrait, kénose, renoncement, délaissement ou production expropriante

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La définition la plus profonde de l'absolue souveraineté - celle du souverain et aussi celle de Dieu et de la mort -, c'est qu'elle ne répond pas, elle a droit à l'irresponsabilité

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Pour pouvoir m'adresser à l'autre - penseur, messie ou Dieu lui-même -, je dois lui prescrire de rester libre, de pouvoir ne pas répondre à mon appel

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Il faut, aujourd'hui, une hospitalité qui s'adresse à un Dieu qui puisse ne pas exister, nous abandonner, se désintéresser de l'alliance, s'exempter d'amour ou de désir envers nous

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En me prenant sous son regard et dans sa main, dans une relation terriblement dissymétrique, Dieu me donne la mort et m'éveille à la responsabilité

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Par la crainte et le tremblement, on dit adieu ou à-Dieu à l'Autre, au tout autre absent, silencieux, séparé, secret, qui, dans la solitude absolue, ordonne d'obéir

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Le Dieu derridien : une figure féminine de Yhvh qui parlerait pour ne rien dire, circulerait entre les inavouables, ni témoin, ni voix, ni loi transcendante, ni présence immanente

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Dieu se terre à mort en moi par la violence du vide

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Pour le croyant ou pour l'incroyant, nommer Dieu est toujours un acte de foi, une expérience qui en appelle à l'unicité, à l'absence

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Se référer à Dieu, c'est en appeler à la singularité irréductible de chaque situation : une justice sans droit

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Une révélation est absolument imprévisible, rien ne la précède, pas même des conditions de possibilité (révélabilité)

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Je ne peux pas dire "Je suis athée", ou "Je suis croyant", car ce serait réintroduire l'être dans ce qui ne peut s'affirmer que par la suspension de l'être, au-delà de l'être

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Pour Dieu seul, la franchise de l'expression est du côté de la parole vive

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Le nom de Dieu peut nommer l'être dans sa présence absolue, ou la négation absolue de toute présence finie dans l'être

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Quand manque la voix de Dieu ou du poète, il faut se contenter de ces vicaires de la parole : le cri et l'écriture

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Dieu s'est séparé de soi en laissant le silence interrompre sa voix : son écriture commence avec les Tables, à la voix rompue et à la dissimulation de sa Face

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Le nom de Dieu invite à deux expériences absolument étrangères du lieu : la parole divine créatrice (vococentrisme) / un lieu plus ancien : Khôra (au-delà de l'être)

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L'interrogation de Dieu n'appartiendra jamais à aucun livre

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Pour instituer la figure humaine et politique du souverain, il faut exclure Dieu et la bête, masquer l'onto-théologie, l'alliance entre ces trois figures au-dessus du droit

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Pour fonder l'ordre symbolique, la loi, la justice, il faut un lieu anhumain, exclu, forclos, dénié : une "divinanimalité" méconnaissable, quasi transcendantale

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Il faut saluer le seul dieu qui puisse encore nous sauver, un dieu sans souveraineté

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Penser un Dieu vulnérable, retiré, détaché du pouvoir, cela implique de dissocier l'inconditionnalité de la souveraineté

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Une langue sacrée faite uniquement de noms singuliers - ni conceptuelle, ni formalisable, ni instrumentalisable - serait indissociable du nom de Dieu

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La sécularisation traduit la peur de répondre à l'appel d'une langue sacrée, l'effroi devant cette folie d'un Dieu qui, sans rien dire ou disant "Je suis rien", sortirait de son silence

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Avec l'à-Dieu, Lévinas donne à la langue française la chance de saluer silencieusement l'autre en tant qu'il n'est pas, qu'il appelle depuis l'au-delà de l'être

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Marrane égaré en des lieux désertés par Dieu, où il n'y a plus personne, sans savoir ni certitude, Jacques ou "Jacob" Derrida hérite de prières sans destination assurée

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Fidèle à un dieu inavouable, irrecevable, pour le meilleur et pour le pire, comme un fils qui ne porterait pas de nom

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Sous le nom de Dieu, on peut donner à penser une non-souveraineté vulnérable, souffrante, divisible, mortelle, qui se déconstruit jusque dans son ipséité

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[Les impouvoirs de l'oeil donnent au dessin sa ressource, quasi-transcendantale - que nomment aussi les discours de la théologie négative (retrait du dieu invisible)]

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De l'autre côté de l'écran d'ordinateur, une sentence de mort est tenue en réserve, proférée par un interlocuteur retiré, invisible et sans visage

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Dès qu'on dit ou qu'on entend "pardon", le nom de Dieu est déjà murmuré; toujours le pardon est une affaire entre Dieu et Dieu

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Qui prie ou demande pardon s'adresse à un Qui - un autre, un Dieu -, mais celui-ci s'efface et se rétracte en un Quoi indicible, imprononçable, comme le nom de Dieu

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Avant tout acte de foi, on devrait pouvoir entendre l'axiome absolu que les textes de la Torah veulent dire : à ce qui est nommé Dieu (Yhvh), il appartient de pouvoir se rétracter

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Alliance de Noé : comme s'il regrettait la malédiction du déluge, Dieu se demande pardon à lui-même et bénit tout vivant; mais le signe de cette alliance est furtif, météorique

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En graciant Noé, Dieu pardonne pour le mal qu'il a fait advenir dans le désir de l'homme; par ce retrait, cette alliance, il lui laisse la souveraineté terrible au nom de laquelle il l'a créé

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Nos tâches : refonder les religions en s'en jouant, réinventer la circoncision, recirconcire ce qui se décirconcit, déjouer la réappropriation des langages par un Dieu-Un

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Le secret de Jacques Derrida, sa crypte, sa folie, c'est que dans sa signature est greffé le nom de Dieu

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Jacques Derrida déconstruit, comme Aboulafia, le nom commun de dieu (Adonaï) pour laisser la dérive du nom suivre son cours (Yhvh)

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Ce qui fait oeuvre chez Joyce, c'est qu'il a signé et contresigné le nom de Dieu

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L'événement d'écriture de Joyce, c'est que la marque fait loi : son contenu essentiel est la lettre inaudible, imprononçable, intraduisible

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Par ses mots écrits en plusieurs langues, James Joyce joue de la lettre inaudible comme du nom de Dieu : il déclare et déconstruit le commencement (Yahwé/he war)

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L'Oeuvre de Lévinas, signée "Il", est dictée en secret par un surcroît d'altérité non dite : l'hétéronomie absolue du "Elle" qu'on retrouve dans son nom, "E.L."

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Le nom grec de khôra (le lieu), est en affinité profonde avec l'un des noms du Dieu des Juifs : le Lieu

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"La constance de Dieu dans ma vie s'appelle d'autres noms, si bien que je passe à juste titre pour athée"

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