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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le supplément                     Derrida, le supplément
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 23 octobre 2005 L'oeuvre ajoute toujours plus

[Derrida, le supplément]

L'oeuvre ajoute toujours plus Autres renvois :
   

Derrida, itérabilité, marque, re-marque

   
   
                 
                       

1. Différance supplémentaire.

Paraphrasant l'affirmation usuelle sur la perfectibilité de l'homme, Jacques Derrida soutient que celle-ci n'est possible que par un mouvement antérieur au logos et irréductible à tout système d'oppositions : la supplémentarité, dite aussi différance supplémentaire. Ce mouvement est une faculté par laquelle le supplément, qui est capable de se supplémenter lui-même, est remplacé par son double : un supplément de supplément. Dans ce mouvement sans fin, ce qui se répète est le même (l'identique), et aussi l'excès (toujours plus de supplément).

Cette faculté, qui nait dans ce lieu béant, silencieux qu'est la bouche, rend possible (entre autres) la pensée, le langage, l'identification, la représentation, et aussi l'acte d'écrire. Elle fait en sorte qu'il y ait toujours plus d'Un, plus de deux, etc...

Différance et supplémentarité marchent ensemble. La différance est le mouvement qui produit le supplément; et le supplément, comme milieu élémentaire mais aussi comme excès, fait venir la différance.

Le pharmakon (terme platonicien qui, selon Derrida, désigne le supplément) n'a aucune identité stable. Il est une réserve sans substance où se produit la différenciation. Surgissant du dehors, il force le vivant à avoir rapport à son autre. Il peut agir par la voix nue, par la parole inarticulée, qui est déjà un supplément d'origine, ou encore (entre autres) par certains mots ou formes syntaxiques privilégiés. On peut citer, parmi ces formes, la promesse, la phrase nominale, la conjonction ou la copule.

Il arrive aussi au supplément de surgir d'emblée, précédé d'aucune présence et d'aucune voix : l'écriture algébrique, la science.

Sans cette étrange structure supplémentaire, sans cette dangereuse loi d'itération, on sombrerait dans la folie. On resterait englué, à la place fantasmatique de la mère, dans l'unique, l'insuppléable. Il n'y a pas de règle à la déconstruction, sauf cette "quasi-règle" : en toutes circonstances, il arrive des conjonctions, des ajouts qui n'opèrent pas comme on s'y attendait. Ils peuvent se transformer, s'inverser, se muer en menaces ou disjonctions.

 

2. Menaces sur la société.

On ne maîtrise pas le supplément - qui ne se présente pas toujours comme un supplément. Il tend à se distraire des généalogies, à échapper à tous les appareillages. Comme le pharmakon, il ne se transmet qu'à travers des crises ou des scènes de famille. Il y en a toujours plus d'un, comme il y a plus d'un spectre ou plus d'une langue, et de même que nous héritons des spectres ou des langues, nous héritons de ces suppléments.

Cet héritage est d'autant plus dangereux qu'il peut se dissimuler derrière n'importe quel signe. Par son irruption violente, il annonce la dépossession, la négativité, le manque. Pour Jean-Jacques Rousseau, c'était une figure du mal, un artefact, une menace d'altération, un geste de désobéissance menaçant du dehors ce à quoi il attachait le plus de valeur : la nature, l'animal, l'enfant, l'homme primitif. La société avait fait effraction dans la nature, elle l'avait fait sortir d'elle-même, il fallait maintenant la réparer. Mais sa propre imagination l'entraînait dans l'autre direction : le supplément de supplément, l'écriture comme suppléance, étrangère à toute éthique, une virtualité supposée assurer une cohésion entre la nature et la société.

Toutes les sociétés ont cherché à se purifier des pharmaka, à se débarrasser des suppléments, des voyous, à sacrifier des boucs émissaires. Il a toujours fallu exorciser l'autre, dénoncer celui qui séduit, qui persuade, qui fascine et ensorcelle. Mais il revient quand même, toujours.

 

3. Le vivant.

Il faut, pour s'élever au-dessus de la nature et même au-dessus des lois, un appareil étatique. Dans cette prothèse (ou prothétatique), ce Léviathan, tout le vivant s'objective. Des mécanismes mortifères s'instaurent, qui prétendent protéger le vivant en érigeant un supplément absolu, insatiable, au-delà de toute grandeur mesurable ou calculable, une surenchère phallique qui excède toute limite, jusqu'à la monstruosité, la perte du sens.

Témoigner du non-vivant, c'est aussi témoigner d'une transcendance par laquelle la vie vaut plus que la vie. S'il y a une dignité singulière de l'homme, elle tient à cet excès.

  

4. Art, oeuvre.

Comme l'écriture, une oeuvre (ergon) est un supplément (pharmakon) dont aucun père ne répond. Elle ne procure ni récompense, ni salaire, ni assurance. Même si on voulait l'encadrer, on n'y parviendrait pas, car le cadre, lui aussi, est un supplément qui s'ajoute à l'oeuvre, mais sans lequel l'oeuvre n'existerait pas. Si l'on voulait distinguer entre les éléments de l'oeuvre, par exemple la figure du fond, on n'y parviendrait pas, car l'oeuvre participe des deux. Le fond ne se retire jamais complètement, il y a toujours plus de fond, et la figure aussi vient en plus. Et sans l'oeuvre, y aurait-il un regard, y aurait-il une écoute? C'est elle, l'oeuvre, qui les restitue, qui les produit comme son supplément.

Pour nommer cet ensemble de processus produits par l'oeuvre, non désignés usuellement comme tels, Jacques Derrida se sert de l'expression "par-dessus le marché" [expression intégrée, entre parenthèses, dans le titre de l'un des textes de La vérité en peinture : + R (par dessus le marché)]. Ainsi la peinture de Valerio Adami exposerait-elle cette "autre scène" qui, à l'envers du texte et de l'image, vient en plus, au-delà de l'échange.

Ce qui arrive, au-delà des limites circonscrites de l'oeuvre (son orbe), est exorbitant : l'ouverture dangereuse du sens et du langage, une autre surface (quatrième) qui vient en surnombre, en excès du milieu. Tout ce qui excède l'économie de l'œuvre ou ne peut pas être conçu philosophiquement (par exemple, entre autres, la métaphore et ses proliférations, la mimesis en tant qu'elle fait exister un non-être, la littérature), entre dans cette logique du "par-dessus le marché".

 

5. Inversions du supplément.

Il faut, pour produire de l'épistémé, du logos, de la soumission à la loi, inverser le supplément. En l'inversant, on l'exorcise par la maîtrise de soi ou l'acceptation du père, du roi, du chef, de la lumière, du capital, etc. C'est ce qui s'opère aussi avec l'archive. En acccumulant, en oubliant, en conservant, en mettant en ordre, l'archonte neutralise le supplément. L'esthétique, l'idéologie de l'art ou une certaine modalité (adhérente) de la beauté concourrent à cette inversion.

La métaphysique occidentale tend à la fois :

- à objectiver le supplément incalculable, sur le mode de la Cène christique : "Ceci est mon corps" (mangez le supplément, et vous serez sauvés par la nouvelle alliance).

- à détruire violemment le supplément, dans la langue et dans la pensée. Seuls quelques auteurs, comme Freud, en ont anticipé le concept.

Quand la différance s'arrête, le supplément se fige en oppositions; son ambivalence menace toute stabilité et pureté intérieure.

 

6. Un post-scriptum au-delà de l'être (epekeina tes ousias).

Jacques Derrida a titré (en anglais) ou sous-titré (en français) Post-scriptum l'un de ses textes sur la théologie négative, avant de lui donner, en français, le titre final : Sauf le nom. Par affirmation, déclaration, ces penseurs de l'apophase témoignent d'un intense désir pour ce Dieu inaccessible et incompréhensible, qui n'est Rien. Ce Dieu qui fait défaut (il n'arrive qu'à s'effacer) est un supplément, un post-scriptum indéconstructible, irréductible, nécessaire, qui, déjà, au commencement ou avant le commencement (Khôra), vient en plus. Il faut, pour le dire, penser un retrait, une raréfaction, un désert sans fond (la kénose chrétienne) dont on ne peut rien dire, sauf le nom. C'est impossible à penser (impensable), hyper-impossible, le plus impossible des impossibles. Ce qui arrive alors n'est pas rien : l'événement de cette nomination. Il faut, par la louange, la prière, l'initiation des disciples, sauver ce lieu qui déborde le langage. En répétant l'archi-expérience de la différance ou de l'espacement, qui a déjà eu lieu, ces voix blanches annoncent la venue d'une autre chose que soi. En témoignant leur passion pour ce lieu au-delà du nom, où il est impossible d'aller, qui est tout sauf le nom, elles prescrivent un Il faut exemplaire de tous les Il faut : un Il faut inconditionnel et sans contenu.

Le post-scriptum ne s'impose pas au présent, comme le feraient une conclusion ou un résultat. Silencieux, il engendre toujours plus de secret, plus de secret encore. Disant toujours trop ou trop peu, il reste en retrait, crypté.

 

7. Le gréco-juif à venir.

Au supplément, Jacques Derrida donne deux noms issus de la tradition : Khôra et Babel, tous deux d'avant le logos et au-delà de lui (au-delà de l'être). Khôra est l'errance même, ce rien à venir que nul ne peut s'approprier, qui n'advient qu'en s'effaçant; et Babel est ce retrait inouï où le nom, lui aussi, s'efface. Comme dans la théologie négative, le post-scriptum entretient l'affinité avec le rien.

Dans son rapport au judaïsme, Jacques Derrida privilégie une surenchére qui pousse à l'extrême sa pensée de la supplémentarité. Associant à la thématique de la circoncision (moins = plus = autre) une multitude de mots (limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, etc.), il tient, pour reprendre ses termes, à une pensée ultimement juive, plus juive, plus que juive, autrement juive. Mais cette pensée, qui déborde le judaïsme, devient autre que juive. Il annonce un autre Abraham, une altérité encore plus marquée d'hétérogénéité disséminale.

 

 

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Propositions

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[Derrida, le supplément]

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Le langage humain se distingue du langage animal par le pouvoir de substituer un organe à un autre, c'est-à-dire la faculté d'articulation ou de supplémentarité

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La supplémentarité rend possible tout ce qui fait le propre de l'homme

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Tout ce qui se désigne comme "propre de l'homme" relève de la différance supplémentaire

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La dignité de l'homme, c'est que, en témoignant du non-vivant qui l'excède (loi, Dieu, transcendance), la vie ne vaut qu'à valoir plus qu'elle même

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L'orifice buccal ne cesse jamais d'être un lieu silencieux du corps; il ne devient parlant que par supplémentarité

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A l'origine du sujet, "Je se touche" au lieu béant de la bouche : événement d'une loi de fiction qui ne trouve son lieu que dans le remplacement, la prothèse

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Le pharmakon est le milieu élémentaire, mixte, antérieur, impur, où se produit la différenciation

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Le pharmakon n'a ni identité idéale, ni essence stable, ni caractère propre

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Le supplément n'entre dans aucune opposition, il n'est pas plus un signifiant qu'un signifié, une écriture qu'une parole

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Même par la voix nue, sans organe ni instrument, le pharmakon agit

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Il n'y a ni degré zéro ni origine simple, car le commencement est toujours déjà un supplément d'origine

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La structure du "supplément d'origine" est étrange : "une possibilité produit à retardement ce à quoi elle est dite s'ajouter"

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On ne peut penser la "pensée même" que par les additions et suppléments dangereux à l'oeuvre dans le "et" : plus d'un, de deux, de trois; plus d'une voix, plus d'une langue, etc...

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Le verbe "suppléer" définit l'acte d'écrire

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L'écriture est le supplément par excellence puisqu'elle marque le point de redoublement initial où le supplément se donne comme supplément de supplément

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La pensée freudienne de l'après-coup, ce supplément originaire, est la seule qui ne s'épuise ni dans la métaphysique, ni dans la science

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[Derrida, la représentation]

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La structure du supplément implique qu'il puisse se faire remplacer par son double, et qu'un supplément de supplément soit possible et nécessaire

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L'opération mimétique s'apparente à celle du "pharmakon" grec, ce remède-poison

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Deux répétitions se substituent, s'ajoutent et se rapportent l'une à l'autre sans se dominer : le même et l'excès

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L'archive est hypomnésique : c'est une répétition, un supplément accumulé en ce lieu extérieur où la mémoire, reproduite et consignée, défaille structurellement

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[Derrida, le pharmakon]

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Il n'y a pas de règle à la déconstruction, mais une "quasi-règle" : chaque fois un ajout, une conjonction (un "et"), opère comme menace, disjonction

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Pour renverser le pouvoir, l'ironie socratique précipite un "pharmakon" au contact d'un autre ou retourne sa surface

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L'écriture et le supplément ne peuvent se penser qu'au-delà du bien et du mal, en annulant la qualification éthique

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La différance supplémentaire est dangereuse, car liée à la mort

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Il y a toujours plus d'un spectre

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Dans la pharmacie, les pharmaka sont tenus en réserve pour la production de la différance

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Un tant qu'écriture, le "pharmakon" est un excès, une sortie hors de la série des oppositions; mais il est aussi l'étrange différence qui rend possible la sérialité

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Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

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Une scène de famille met sans cesse en question la maîtrise des pharmaka qu'on devrait se transmettre de père légitime en fils bien né

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Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

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En grec, "pharmakon" signifie la peinture dans le sens de couleur, teinte artificielle

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La duplicité interne de la mimesis la divise vers deux points de fuite : soit la reproduction fidèle, soit le supplément qui fait exister un non-être

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L'inversion du pharmakon est à l'origine de l'épistémé, du logos et de la soumission à la loi

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L'effacement de la présence lexicale de l'être en Occident témoigne d'un procès de chute, de destruction ou de perte dont il ne reste que le supplément de copule : "est"

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On peut répondre à l'effraction du supplément soit en le réparant (Rousseau), soit en le répétant (Mallarmé)

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La différance s'arrête quand le jeu ambivalent qui produit des pharmaka semble se fixer en des termes opposés

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La forme la plus générale du "supplément de copule" est la phrase nominale où la fonction "être" est assurée par un arrêt de la voix, le blanc d'un espacement

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La logique de la souveraineté tend vers un débordement phallique insatiable, l'érection d'un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens

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On promet toujours trop - et ce "trop" est l'essentiel de la promesse

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Chaque fois qu'on utilise le mot "fois", on confirme une dangereuse loi de supplémentarité ou d'itérabilité qui force l'impossible en forçant au remplacement de l'irremplaçable

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La quatrième surface appartient, comme le surnombre, au milieu qu'elle excède, donnant à voir sans être vue

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"Plus de secret, plus de secret" : dès lors qu'il n'y a plus de secret pour Dieu, s'instaure pour le sujet un lieu de retrait où plus de secret encore, en supplément, peut se loger

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L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

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L'identification est, comme l'attribution, de structure supplémentaire ou parergonale

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- Et au commencement, il y a le "et"

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Il y a plus d'Un, c'est-à-dire au moins deux, ce qui implique une alliance à plus de deux : n + Un

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Si j'avais à risquer une seule définition de la déconstruction, je dirais sans phrase : "plus d'une langue"

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La déconstruction partage avec la théologie négative l'expérience de la possibilité (impossible) de l'impossible, du plus impossible

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Par sentence, affirmation, déclaration, la voix blanche de l'apophase consiste à aller toujours plus loin qu'il n'est raisonnablement permis

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Déjà, originellement, en secret, un post-scriptum irréductible aura laissé toute chose - sauf le nom : Babel, Khôra, théologie négative, ou déconstruction

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["Sauf le nom" : Il faut sauver le nom (de Dieu) pour se rendre, au-delà de l'être, en ce lieu "post-scriptum" qui s'abandonne à l'aporie]

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En allant toujours plus loin, la théologie apophatique témoigne du plus intense désir de Dieu

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Le nom de Dieu, qui produit le dehors, se conjugue avec une passion du lieu : se rendre dans le nom au-delà du nom, là où il est impossible d'aller

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La passion, c'est la décision irresponsable d'aller au-delà du présent de l'être; elle laisse une blessure, une cicatrice en ce lieu où l'impossible a lieu

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La théologie négative prescrit un "Il faut" exemplaire de tous les "Il faut" : dans le langage et sur le langage, dans le nom et au-delà du nom, il tend vers l'au-delà de l'être

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["Sans" et "pas sans" sont les mots les plus difficiles à dire et à entendre, les plus impensables ou les plus impossibles]

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La figure de la métaphore dans le texte philosophique ne peut pas être conçue philosophiquement, car elle vient toujours en plus - ou en trop

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La notion de virtualité assure une cohésion et une soudure entre deux ordres [la nature, la société], dont les rapports sont réglés par un mouvement de supplémentarité

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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Une oeuvre se donne et se rend au-delà de l'échange, en supplément, par-dessus le marché, comme on rend la justice

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Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

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En tant que parergon (ornement), le cadre d'une oeuvre d'art est appelé comme un supplément depuis le manque de cela même qu'il vient encadrer

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Le trait maintient ensemble le dessin en une quasi-complétude que la couleur, qui vient en plus, transgresse avec violence

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Au-delà de ce que l'on croit circonscrire comme oeuvre (son orbe), surgit une trace, un supplément dangereux (exorbitant), qui ouvre le sens et le langage

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La peinture expose l'autre scène qui vient en plus, par-dessus le marché, à l'envers du texte et de l'image

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La mère, comme lieu de la langue, est l'unique irremplaçable - qu'il faut remplacer car l'insuppléable est la folie même, toujours à l'oeuvre

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Toutes les langues héritières de la métaphysique occidentale ont sur le "pharmakon" un effet d'analyse qui le détruit violemment

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Tous les concepts qui déterminent une non-supplémentarité (nature, animal, primitif, enfant, ...) n'ont aucune valeur de vérité

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Dans l'écriture universelle de la science (algèbre), le supplément est à la source, il n'est précédé par aucune présence ni aucune voix

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Absolument grand, au-dessus de toute grandeur mesurable et au-delà de toute multiplicité calculable, le Un souverain est plus d'un, plus qu'un

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Le souverain, cette "prothétatique" monstrueuse qui supplée la nature en y ajoutant un organe artificiel, objective le vivant dans une machine de mort

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L'époque des Etats voyous, c'est celle où "il y en a plus" : plus d'un, plus qu'on ne pense, encore plus, et bientôt plus du tout

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Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

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Ce qui est beau, c'est la dissémination : une coupure pure, sans négativité, un pur parergon supplémentaire sans thème, ni texte, ni représentation, ni signification

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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Pour Rousseau, le signe, comme l'écriture, est un supplément, une négativité, un mal qui supplée à la nature innocente et bonne

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Dans la fiction rousseauiste, la nature sort de soi par un point d'inversion, imprévisible, d'extériorité / supplémentarité, où les virtualités déjà présentes font irruption

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Pour Rousseau, la pitié comme loi naturelle, originelle, inexorable, dont toute institution est le supplément et la suppléance, est portée par la voix

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Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

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"Je pourrais, pour moi, penser un autre Abraham" - ou plus d'un Abraham

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Qu'il y ait encore un autre Abraham, voilà la pensée la plus ultimement juive : plus juive, plus que juive, autrement juive, voire autre que juive

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Dans le "Ceci est mon corps" de la Cène christique, ce qui se mange et se consume, ce supplément incalculable qui "est" "comme" rien, c'est l'esprit

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La possibilité de la littérature tient à ce moment chrétien, abrahamique, où l'on croit pouvoir excéder l'économie du sacrifice

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