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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Le Cinéloft du Quai                     Le Cinéloft du Quai
Sources (*) : Les récits danéliens (recueils et recueillements)               Les récits danéliens (recueils et recueillements)
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2018, Page créée le 23 mai 2014

 

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Page créée le 23 mai 2014.

Le retour de Danel Qilen

[Le Cinéloft du Quai]

Le retour de Danel Qilen
   
   
   
Les récits de l'incalculable Les récits de l'incalculable
                 
                       

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--- Je suis parti d'une intuition, une intuition irrationnelle, injustifiée et, comme on dirait, peut-être, dans une certaine branche de la théologie, saturée (saturée car débordant toute cause et toute logique énonçable ou assignable), une intuition qui revenait à chaque fois que je voyais un film. A vrai dire je ne suis pas un cinéphile, je ne vois pas beaucoup plus de films que la moyenne, et mon savoir sur le cinéma est modeste, limité. En outre, j'ai de grandes difficultés à me souvenir, par exemple, des titres des films ou des noms des acteurs (je retiens un peu mieux ceux des réalisateurs, car j'ai tendance à les mettre, par abus de langage ou imprudence épistémologique, en position d'auteurs). Bref, mon intuition, c'est qu'il y a derrière chaque film un énoncé, généralement seul et unique, une phrase le plus souvent affirmative, qui évidemment ne le résume ni ne l'explique en aucune façon, mais qui dit ce que, consciemment ou inconsciemment, je peux dire de ce film. Si j'emploie ici le pronom personnel "je", c'est que cette phrase n'aurait pas pu être énoncée, en tous cas dans les mêmes termes, par un autre. C'est à la fois une interprétation et un secret, une profération que d'autres peuvent entendre et une part de mon intimité. La question qui se posait et se pose encore aujourd'hui, c'est le statut de cette phrase. Elle a quelque chose d'une injonction, d'un commandement. Même le film le plus banal, même la comédie la plus conventionnelle, me donne un ordre : par exemple qu'il faut rire ou pleurer, que tel ou tel personnage dit une chose que je dois entendre, propose une formule qu'il est impossible d'écarter d'un revers de main. Comme si l'univers des films, de tout le cinéma, donnait la liste de toutes mes obligations, et aussi de tout ce à l'égard de quoi j'ai une obligation.

(Ozzy : A-t-on jamais eu l'idée d'un cimetière des films oubliés? D'un lieu où l'inestimable, la colossale production cinématographique réalisée depuis l'invention des frères Lumière (1895) trouverait une autre vie, une survie qui n'aurait rien à voir avec les circuits de distribution ni avec le partage légal ou illégal des copies numériques? Combien de films perdus, abandonnés, déchirés, détruits, que plus personne ne regarde, et pourtant ils sont toujours là, en attente d'un retour. Même ceux dont il ne reste absolument rien, ceux qui n'ont pas laissé la moindre trace, ceux dont la survie ne peut prendre aucune forme visuelle, auditive ou sensorielle connue, même ceux-là qui prétendûment n'existent plus, résident dignement, indestructibles, dans ce majestueux cimetière).

--- L'effet pervers de cette intuition, c'est que j'ai tendance, pour chaque film, à rechercher cette phrase qui donnerait l'illusion d'un point central ou d'une clef. Le film ne se donne plus à moi gracieusement, dans sa complexité ou sa multiplicité inépuisables, mais il tend depuis le départ à se réduire à ce que j'en attends ou à ce que je pourrai en attendre une fois que cette réduction sera accomplie. Et même dans l'hypothèse où cette réduction viendrait de lui, elle m'appauvrit.

(Amarante : Nous sommes à la fois plus modestes et moins réalistes. Notre cour des miracles n'est qu'une fiction, un lieu imaginaire où tous les films, sans exception, ont droit de cité).

--- Il faut donc que ce travail ne se présente pas comme théorique ou interprétatif, mais comme une fiction.

(Nimos : J'ai toujours pensé qu'il pouvait arriver autre chose dans le Cinéloft : une transmutation, une transmigration où les âmes-films pourraient se déplacer selon des règles chaque fois renouvelées, se décomposer et se recomposer, se distribuer et se redistribuer (car, c'est bien connu, un film non distribué est déjà mort), vivre une autre vie dans un monde qui porterait encore le nom de cinéma mais où, par une sorte de conversion ou de métamorphose, une réalité d'un autre type commencerait à surgir).

--- Si chaque film énonçait un principe, chaque film serait un commencement absolument imprévu. Je m'accroche à cette idée qui justifie à la fois ce mot, principe, qu'on pourrait entendre comme un fondement ou une origine (c'est-à-dire, comme chacun sait, le comble de la métaphysique), et les restrictions qu'on peut y adjoindre pour éviter tout effet princier, d'autorité ou de hiérarchie. Il y a donc toujours plus d'un principe, même si, dans cette situation, je n'arrive à en dire qu'un; et par conséquent le principe que j'arrive à dire ne peut pas être principiel. Une fois cela affirmé et réaffirmé, je reviens au cinéma. Si chaque film fini, terminé, est un cadavre, alors ce qui nous incombe est un deuil. Si nous arrivions à surmonter ce deuil, nous passerions à autre chose et il ne resterait plus rien du film. Le film ne peut pas exiger de nous que nous le fassions vivre (c'est impossible), mais il peut exiger de nous que nous inventions, pour lui en tant que phénomène absolument unique, autre chose qu'un deuil, une survie endeuillée qui dure.

(Ozzy : Pour un film, la mort n'a rien de nouveau. Dès qu'on commence à imaginer le pitch, à écrire le scénario, avant même le casting, il n'est déjà plus qu'une trace, une trace de trace qui dit : "Je suis mort", et tout ce qui arrive après, toutes les dénégations de cette mort, ne sont que l'expression d'un désir ou d'un désespoir. On ne peut pas faire revivre le contenu d'un film. Du début à la fin, il n'y a que simulacre, tromperie).

--- Etymologiquement, imposer, c'est imputer à tort, faire croire une chose fausse, faire accroire, tromper, et c'est aussi frapper d'une peine, faire subir, faire accepter par contrainte. N'est-ce pas exactement ce à quoi nous expose un film? Il fait accepter une pression morale, produit des obligations, fait peser une charge, fait reconnaître un ascendant, impressionne. Mais comment pourrait-on rendre son dû à un cadavre? On ne peut pas échanger avec un film. On reçoit de lui un héritage sans réciprocité. Ces principes, on les reçoit sans obligation, comme un don.

 

 

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Propositions

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[Comment ne pas montrer? (aka : ce que Jacques Derrida n'a pas vu dans les films)]

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La cour aux salles obscures

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[Au cinémonde du Quai, chaque film est unique, irremplaçable]

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[(Cinéloft) : En disant : "Je suis mort"]

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[(Cinéloft) : En offrant aux spectres l'occasion d'une survie]

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[(Cinéloft) : En recueillant le testament d'une date]

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[(Cinéloft) : en laissant l'autre, l'étranger, l'hétérogène, venir en soi]

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[(Cinéloft) : En faisant jouer les frontières de l'aimance]

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[(Cinéloft) : En fermant le cercle, en clôturant l'échange, en suturant l'héritage]

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[(Cinéloft) : En faisant proliférer la mimesis]

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[(Cinéloft) : En citant, réitérant, idéalisant les codes et les marques]

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[(Cinéloft) : En disloquant le phallocentrisme]

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[(Cinéloft) : En laissant l'hymen se déplier, se déployer, se replier, se déchirer ou se consumer, en un mouvement inarrêtable]

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[(Cinéloft) : En attendant l''Apocalypse, entre une absence d'avenir et un avenir inconnu]

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[(Cinéloft) : En laissant les dettes insoldées]

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[(Cinéloft) : En se sacrifiant pour un but politique]

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[(Cinéloft) : En donnant voix à l'exception souveraine]

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[(Cinéloft) : En gardant le secret inavoué]

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[(Cinéloft) : En acquiescant à l'inconditionnel]

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[(Cinéloft) : En rompant, sans réserve ni condition, avec toute économie]

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[(Cinéloft) : en répondant des principes, en ce moment même]

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[(Cinéloft) : En laissant venir une éthique de l'incalculable]

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[(Cinéloft) : En laissant se faire le retrait]

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[(Cinéloft) : En montrant le pire - contre lequel on ne pourra jamais s'immuniser]

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[(Cinéloft) : En parcourant le lieu désertique, aporétique, où surgit l'oeuvre]

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[(Cinéloft) : En laissant se faire la déconstruction]

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[(Cinéloft) : En s'aventurant pour plus que la vie]

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[(Cinéloft) : En s'engageant dans plus d'une alliance]

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Ereboros, une fabrication orlovienne

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[Sur des films (rémanences orloviennes)]

 


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