Salut ou rédemption ne sont pas des notions plus religieuses que laïques. C'est une sorte de charnière qui ne se démontre pas, un mouvement qui entraîne les croyances, les discours. Son contenu n'est pas plus fixé à l'avance que celui du messianisme. On peut sauver quelqu'un de la noyade. On peut avoir le fantasme de sauver autrui (ou son père, ou son fils, ou une méchante contre elle-même, ou même des criminels), dans l'espoir de se sauver soi-même. Il suffit parfois de le rencontrer.
Si la question du salut se pose à notre époque, c'est parce qu'elle a connu le mal radical. Elle en a été absolument désorientée. Le salut a été cherché dans toutes les directions : dans la politique, dans la chair, dans l'art, dans la vérité, etc... Ces espoirs ont été anéantis par l'histoire, mais subsistent. Ce n'est pas parce que la charité ne marche pas qu'on arrête de la pratiquer; et si l'art n'est pas suffisamment rédempteur, on peut toujours tenter le non-art.
L'idée du salut suppose un minimum de contingence, de liberté, qui peut s'appliquer au futur, au présent et même au passé.
L'espoir du salut expose à l'inconnu. Il ouvre l'avenir sans le figer. Il expose à dieu, mais ne lui donne aucun sens. Il prétend guérir de l'exil (gal), mais il y reconduit.
Le salut porte une dimension de réparation, mais ne se confond pas avec elle. |