La langue est faite de mots qui sont dits dans un souffle. C'est la dimension concrète, parlée, culturelle du langage.
Dans notre vécu, le mot est une chair, un corps. Il porte le sens; c'est le privilège de l'être.
Pour les romains, la voix et le mot se confondaient (vox).
Le mot, comme la langue, se détache d'un silence. Il peut arriver qu'il se détache aussi de la langue, qu'il devienne un monde. Même si nous ne sommes pas superstitieux, nous lui attribuons une toute-puissance (la Cabale n'est jamais loin).
Pour parler la langue, il faut des sujets. Ils se divisent en parlant. C'est le début de sa dislocation, dont la modernité prend acte. Avec Mallarmé, le mot n'apaise plus. Il fait l'objet d'un jeu auquel il n'est pas sûr qu'il survive.
Cette langue, qui apparaît comme un système, est constituée historiquement. Elle est le produit d'une suite de générations.
Internet sera-t-il un milieu propice à l'émergence de nouvelles langues, d'autres mots? |