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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, père / fils                     Derrida, père / fils
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 3 mars 2007

[Derrida, père et fils]

Autres renvois :
   

Derrida, la loi

   
   
                 
                       

1. Un jeu à quatre.

Du père au fils, ça ressemble à un jeu à deux, mais c'est un jeu à quatre : le père légitime, le fils légitime, le père mort, le fils orphelin, quatre places à ne pas confondre avec celles de l'Œdipe freudien - car dans cette scène de famille, il n'y a pas de maman au sens courant, c'est-à-dire pas de fiction privilégiée dans laquelle une mère légitime pourrait commettre l'inceste avec un fils légitime. La mère se situe sur un autre plan (un plan tout autre). Dès le commencement, avant toute révolte des fils, le père, quoique présent, est déjà mort.

 

2. L'être du père, sa parole.

Donc le père est, il est dans l'être et il faut qu'il le soit. Cela se dit dans le langage de la philosophie, de l'ontologie, de la métaphysique, de la psychologie ou de ce qu'on appelle le logos : la logique, la raison. Les fils sont des logoi (des énoncés) qui, pour s'assurer de leur vérité, finissent toujours par revenir à la parole vive du père. Sans elle, sans sa présence, ils seraient détruits. Ce qu'on appelle le logocentrisme, c'est qu'ils ne tiennent debout que par lui, et qu'il faut tout faire pour garantir l'unité père/fils. Pour Hegel, cette unité passait par l'église (les Evangiles), l'amour, la beauté.

Le problème, c'est que pour qu'il y ait logos, il faut qu'une inscription produise le fils. Or l'écriture interrompt, elle détache, elle entame l'être du père, ce qui engage une surenchère. Il faut se débrouiller autrement, mimer le souverain ou entretenir l'espoir d'un métalangage, un projet encore plus intenable, impossible.

 

3. Présence impossible.

Le paradoxe de la filiation, c'est que pour faire lien, le père doit abandonner sa semence. Le fils ne peut faire circuler cette semence comme texte ou comme supplément que si le père ne se montre plus, s'il se retire. La disparition de la face du père ouvre un autre espace à la mimesis, un supplément imprévisible. L'écriture du fils n'est féconde que si elle déhiérarchise, si elle désorganise, si elle est orpheline. En suppléant à la semence, elle se fait parricide. La présence pleine du père, sur laquelle reposait le logos, se révèle impossible. Des oeuvres surgissent, mais ce sont des pharmakon, c'est-à-dire des artefacts dont aucun père ne répond.

 

4. Généalogies.

Malgré les preuves visibles (accouchement) ou scientifiques (ADN), la paternité, comme la maternité, est toujours une fiction, un acte de foi dont on témoigne.

Pour réussir un deuil, il faut introjecter, incorporer, idéaliser le mort. C'est ainsi qu'on procède avec le père, pour garantir l'égalité des frères. Mais si l'on recherche une autre relation, non fraternelle, comme l'amitié, ou si l'on vise une éducation, alors la généalogie est inopérante. La semence n'est plus qu'un reste, la dissémination inéluctable.

Dans l'Ancien Testament, les pères deviennent souvent aveugles. Cet aveuglement est lié à la question de l'héritage et de la filiation. Ils sont en mal de fils. Un fils rend la vue, soit par substitution, soit directement comme Tobit. En ce point où ils ne voient pas, ces pères (Tobit, Isaac, Akhiyahou) pressentent un autre ordre, auquel ils peuvent donner leur bénédiction. Jacques Derrida reprend cette thématique dans ce qu'il appelle son hypothèse de la vue : pour dessiner, il faut partir d'un aveuglement [au moment où l'on dessine, le modèle n'est plus visible]. Il a fallu qu'il imagine l'aveuglement des pères pour se considérer, lui-même, élu.

 

5. Biographie.

On ne peut séparer ses écrits de sa vie - non pas la vie réelle, mais ce qu'il en dit (ou en écrit). Un jour de 1972, il a, raconte-t-il, perdu la bague de son père (réel), son anneau, son alliance. Mais l'avait-il vraiment perdue ce jour-là? Il prétend que cette perte est plus ancienne, plus vieille, qu'elle avait eu lieu dès sa naissance (voire avant). Il raconte même un fantasme, selon lequel il se serait porté lui-même le jour de sa circoncision. Fils de la vie (le prénom de son père, Haïm), il prétendait alors n'avoir ni appartenance, ni nom. Ne se reconnaissant dans aucune généalogie, il lui fallait (croyait-il) s'auto-affecter. Pouvait-il, lui, vivre sans vérité? Ou d'une vérité qui n'aurait pas eu de père?

 

 

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Propositions

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Le père est ce qui est

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L'inscription produit le fils; en même temps, elle constitue la structuralité du logos et l'entame

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L'essence de la maternité tient à la langue maternelle, tandis que le père occupe la place intenable d'une langue formelle ou d'un métalangage, impossible et monstrueux

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Penser l'être comme vie dans la bouche, dans l'unité du père et du fils, c'est le logos

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Le logos est un fils dont l'origine est son père, et qui se détruirait sans sa présence

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Mettre entre parenthèses le reste textuel (Hegel) ou l'anatomie (phallocentrisme de Freud ou Lacan), c'est la même dénégation

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La vérité du logocentrisme, c'est le discours qui revient au père, en refoulant la différance séminale

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Le mouvement de la différance qui ouvre l'écriture est un retrait de la face du père

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La dissémination figure ce qui ne revient pas au père

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En tant que telle, la philosophie ne parle que du père et du fils; il faut que la mère soit à part, avant et hors toute génération (khôra)

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Le point d'impossibilité d'une présence pleine et absolue du logos ne peut s'écrire que comme parricide

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La spécificité de l'écriture (graphein) est l'absence du père : elle est une orpheline qu'aucune assistance ne vient prendre en charge

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Les discours sur l'amitié appartiennent à l'expérience de la perte, du deuil impossible - car réussir le deuil du frère ou de l'ami, cela pourrait faire revenir un père

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La généalogie ne peut pas commencer par le père - car il n'est d'éducation que dans la loi

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L'écriture est parricide, hors-la-loi, elle est un fils orphelin qui s'expose à la perte

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Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

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Maternité et paternité sont des fictions légales : nous y croyons car nous en témoignons nous-mêmes

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Une scène de famille met sans cesse en question la maîtrise des pharmaka qu'on devrait se transmettre de père légitime en fils bien né

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On peut considérer la préface d'un livre selon le chiasme : rester comme différance séminale / se laisser réapproprier dans la sublimité du père

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Il fallait qu'Isaac et Jacob soient devenus aveugles pour qu'ils puissent accomplir le dessein de dieu en bénissant par substitution l'autre fils

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Tobit voit dans son fils qui lui rend la vue et dans l'ange invisible qui l'a guidé l'origine même de la capacité de voir

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Peut-être la prévalence de la question du deuil dans l'œuvre derridienne est-elle liée au nom de son père, "Aimé Haïm Derrida", dans lequel la vie est inscrite

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"J'ai dû me porter moi-même lors de ma circoncision" : pour qui sait lire, cela s'écrit dans la différance

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J'ai perdu l'anneau de mon père, cette partie de moi dont le secret est jeté dehors, dans le pli d'un retour sur soi, d'un nouveau départ décisif pour l'alliance

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Il fallait que Derrida fasse son deuil du dessin, qu'il se retire de la visibilité, pour qu'à travers l'aveuglement des pères il s'envoie à lui-même une élection secrète, indéchiffrable

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Tous les aveugles de l'Ancien Testament (Isaac, Jacob, Eli, Akhiyahou, Tobit) sont en mal de fils

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Fidèle à un dieu inavouable, irrecevable, pour le meilleur et pour le pire, comme un fils qui ne porterait pas de nom

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Le coeur de la christologie est l'identité d'être et de substance (homousia) entre le Père et le Fils

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Pour Hegel, aucune ontologie n'est possible avant l'Evangile ou hors de lui; l'être ne peut pas être ce qu'il est sans l'unité du père-au-fils, la famille spéculative

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