Derrida
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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
"Mourir vivant", un fantasme et plus                     "Mourir vivant", un fantasme et plus
Sources (*) : Orlolivre : comment ne pas porter l'autre, seul ?               Orlolivre : comment ne pas porter l'autre, seul ?
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 6 mars 2020

["Il faut mourir vivant", une prescription qui peut s'entendre comme fantasme, commandement, compensation, réparation - ou encore : mise en oeuvre]

   
   
   
                 
                       

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Dans deux séminaires éloignés de plus d'un quart de siècle dont certaines thématiques se rejoignent, La vie la mort (1975/76) et le volume II de La bête et le souverain (2002-2003), Jacques Derrida interroge cette opposition qui selon lui n'en est pas une, et propose un "pas au-delà". Cela passe par une série d'assertions ou d'exigences, distinctes les unes des autres, qu'on peut, dans leur ambiguité, leur complexité, résumer par la phrase : Il faut mourir vivant.

 

1. Fantasme.

Mourir tout vivant, c'est mourir sans transition ni rituel, c'est mourir en-dehors de la culture, sans aucune préparation à la mort. C'est la crainte de Robinson Crusoé, quand il a peur des cannibales et des sauvages. Elle suscite chez lui, par un mécanisme automatique, la terreur, la déploration, le cri. Pour s'en protéger, il combine deux stratégies :

- le fantasme de souveraineté. Un autre mode de circularité reproduit, en le maîtrisant, le caractère automatique du fantasme. C'est une réaction auto-immunitaire : terroriser sa propre terreur.

- la prière est une autre forme de contrôle, qui finit elle aussi par devenir machinique, automatique. Elle répète circulairement les mêmes mots, les mêmes phrases. Robinson la redécouvre sur l'île comme si c'était la première fois. Il commence alors, chaque jour, à lire le nouveau Testament, une posture religieuse que Derrida rapproche de celle du prophète Elie après le tremblement de terre : la voix du fin silence qui pousse à l'engagement éthico-politique.

*{Autonomie et espoir : c'est aussi la réaction du migrant qui risque sa vie en voyageant vers l'Europe}.

 

2. Commandement.

Il y a une injonction à laquelle il est difficile d'échapper : il faut qu'on se souvienne de toi, que tu laisses une trace de ton passage sur terre. C'est le désir du père, de la mère, du géniteur, et aussi de l'auteur, qui espère qu'après lui on se souviendra encore de son nom (postérité, descendance, généalogie). Mourir vivant, pour lui, c'est mettre déjà, de son vivant, un pied dans la tombe.

 

3. Compensation.

Mourir vivant, c'est aussi endetter ses successeurs. Le fondateur d'une association, l'inventeur d'une pensée d'une discipline, celui ou celle qui s'est enrichie ou au contraire appauvri, laisse à ses successeurs un gain ou une perte, une créance ou une dette. Que ce reste soit positif ou négatif, il est toujours dans une logique d'échange. Je meurs, mais je laisse aux vivants les conséquences de ce qui aura été ma vie.

*{cf le film Le lac aux oies sauvages (Diao, 2019}.

 

4. Réparation.

Le monde d'aujourd'hui s'est défait, détruit. Il est déjà mort. L'illusion, pour moi, ce serait d'imaginer vivre sans lui. Non, je n'ai pas le choix, il se meurt et je me meurs avec lui. Il faut cette mort pour que je vive encore. Ce n'est pas une résurrection, car ce moi qui vivra, ce n'est pas moi.

Mourir, c'est la perte du monde, c'est la solitude absolue, sans monde. Le vivant ne peut rien savoir du monde de cet autre absolu qu'est le mort, il ne peut rien en partager, il ne peut pas savoir non plus quel autre monde peut venir. Quoiqu'il fasse, il est seul. ll n'y a rien hors de son monde, mais s'il en restait au sans monde de l'autre, sa solitude serait insupportable.

 

5. Mise en œuvre.

Puisque le monde de l'autre est si loin (Die Welt ist fort), il doit porter l'autre dans son monde (Ich muss dich tragen). Certes nous n'avons pas de monde commun, nous ne pouvons pas nous fonder tous deux dans le même sol, mais nous pouvons porter l'autre dans notre monde. Il faut que ce pas improbable, impossible, soit à l'œuvre, pour sortir du fantasme. Il n'y a aucun calcul dans cela, ni volonté. La mise en œuvre n'est pas le fait de celui qui meurt, mais d'un autre vivant encore inconnu. Le pas au-delà ne vient qu'avec retard. L'autobiographie ne se révèle qu'ultérieurement, "autobiophotographiée".

C'est ce qui arrive avec Robinson Crusoé (le livre). Il survit au-delà de l'auteur, du personnage et de ses terreurs, son obsession souveraine, sa prière, par une autre mise en œuvre, une autre alliance du mort et du vivant.

Ma mort m'arrive comme une photographie future, déjà déclenchée par un dispositif-retard, qui aura obligé l'autre à porter un supplément de vie dont je n'ai aucune maîtrise. L'auto-bio-photographie (Sem 2002 p88) témoigne de ce futur antérieur, un devoir décalé dans le temps et dans l'espace, qui dans une alliance absolument dissymétrique, oblige à la fois celui qui écrit et celui qui lit, celui qui profère et celui qui entend. Nous nous devons à la mort, avait-il rappelé quelques années auparavant dans son texte sur la photographie, Demeure Athènes (1996). Une autobiophotographie est un supplément de vie qui met en œuvre un dispositif retard dans la course de vitesse entre mort, remémoration, trace et plaisir. Elle peut prendre la forme de l'écriture d'un livre ou d'une photographie, mais aussi de n'importe quel rapport à l'autre, à l'animal.

 

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Propositions

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Jacques Derrida reprend, en 2002-2003, la thématique du séminaire "La vie la mort" (1975-76)

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Pour échapper au terrible fantasme "mourir vivant", il faut un autre fantasme, le fantasme même : une souveraineté toute-puissante, inconditionnelle, circulaire

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La prière appelle une protection contre le mal ultime (mourir vivant, hors monde), au risque qu'une pulsion machinique, auto-immunitaire, vienne détruire cette protection

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Les pulsions, symptômes, fantasmes, entre conscient et inconscient, proviennent d'un "refoulement" indécidable, irréductible et à peine pensable

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Il est urgent de penser une logique du fantasme qui résiste au logos, quelque chose comme un fantasme de l'événement, un "mourir vivant" qui l'excède et vient après lui

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Dire "Je suis seul(e)", ou "Il y a du sans-monde", c'est prendre acte de la singularité / déconstructibilité de chaque monde, du monde de chacun

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[Ce monde se meurt, il faut mourir avec lui pour vivre encore]

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L'autre, c'est celui qui, en tant que tel, après ma mort, pourra faire de moi et de mes restes sa chose, exerçant ainsi sa souveraineté

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[Entre vie et mort se nouent des alliances, des graphies, des scènes d'écriture qui font oeuvre]

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"Mourir vivant", c'est le fantasme de Robinson Crusoé comme personnage et c'est aussi une puissance à l'oeuvre dans un livre, survivance d'une alliance entre mort et vif

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[Il s'agit, aujourd'hui, dans un ultime moment d'alliance entre vie et mort, de donner lieu à une scène d'écriture, toute autre, déliée de toute dette]

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En Oedipe aveugle, solitaire, se met en marche le pas au-delà inouï du tout dernier homme qui ne s'adresse plus à personne et ne peut même plus se garder comme dernier

 


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