Derrida
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook Le cinéma en déconstruction, suivre sur Facebook

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida 1975 - 2003, un événement                     Derrida 1975 - 2003, un événement
Sources (*) :              
Jacques Derrida - "Séminaire "La bête et le souverain" Volume II (2002-2003)", Ed : Galilée, 2010, p193

 

- -

"Mourir vivant", c'est le fantasme de Robinson Crusoé comme personnage, et aussi de "Robinson Crusoé" comme nom d'un livre, d'une œuvre, qui survit par alliance du mort et du vivant

   
   
   
               
                       

Pour l'acquťrir, cliquez

sur le livre

 

Dans le récit de Daniel Defoe, Robinson Crusoé finit par revenir chez lui, en Angleterre. Telle est l'histoire, effectivement, et pourtant Derrida soutient que l'essentiel du livre, son contenu latent, virtuel, c'est que la terreur de Robinson devant le risque d'être enterré vivant (à cause du tremblement de terre) ou avalé tout vif (par les cannibales) est l'essentiel, l'essence du livre. C'est en tous cas ce que lui (Derrida) en retire, pour les besoins de son séminaire. Le fantasme de Robinson, qui ne lui arrive pas, ce serait de mourir vivant (une force d'auto-destruction compulsive, absolument originaire), et tel serait le "noyau noématique" du livre. Pour étayer son interprétation, Jacques Derrida en appelle à un autre Robinson Crusoé, le livre. Robinson Crusoé est le titre d'un grand livre de la littérature anglaise, une récit autobiographique qui est commenté jusqu'à nos jours. Comme tout livre (ou toute œuvre), il est abandonné par son auteur, il est mort. Mais en tant qu'il est lu aujourd'hui, sa toute-puissance est toujours effective, il est vivant. Ce qui arrive avec le livre, c'est un pas au-delà de l'opposition entre vie et mort, fiction et fantasme. Le livre est mort et vif, ni mort ni vif (comme le Walten de Heidegger), il est une alliance du mort et du vivant qui survit par ses réimpressions, ses traductions, ses illustrations, ses filmographies (p193). Cette survie d'un écrit est comparée par Derrida à une machination, un tour de roue qui ressemble à la roue inventée par Robinson. La prière en appelle à un au-delà, comme le livre. On ne peut la penser en opposant la vie et la mort, mais seulement par un au-delà de la vie sans suprématie ni souveraineté, où c'est l'autre qui fait de moi sa chose. Le livre est comme un cadavre abandonné, sans défense, qui commence par un "ça survit" (p194). Enterré dans une bibliothèque, il ressuscite à chaque lecture, "chaque fois qu'une intentionnalité le vise", une survivance qui est à l'œuvre dès le premier souffle, la première trace. En ce lieu (un fond sans fond dit Derrida), c'est une quasi-transcendantalité qui anime l'héritage laissé par le livre.

 

 

A propos de ce qui arrive à Robinson, l'expression à l'œuvre est employée dès la page 131 : "Robinson est souvent saisi par le sentiment qu'une puissance auto-destructrice est machinalement, automatiquement, toute seule, à l'œuvre en lui". C'est encore cette expression qui est utilisée p195 "Cette survivance est entamée dès la première trace qui est supposée engendrer l'écriture d'un livre. Dès le premier souffle, cette archive comme survivance est à l'œuvre". Quelque chose est à l'œuvre qui engage et dépasse Robinson, et ce quelque chose a rapport à ce que Derrida appelle le mourir vivant. Dans la séance suivante, le rapport entre "oeuvre" et "mourir vivant" est souligné : "Mais avant d'enchaîner, avant de quitter Freud, je ne résisterai pas, au nom de la survie et des restes, au nom de ce qui se produit après "our lifetime", de Robinson Crusoe, de Defoe, etc., de tout ce que nous avons dit à ce sujet, la dernière fois, des livres et des œuvres mort-vivantes, je ne résisterai donc pas au désir de lire avec vous le seul passage, fort significatif, dans lequel, à ma connaissance, Freud se compare lui-même, à son tour, comme Rousseau, à Robinson Crusoé auquel on ne rendrait justice qu'après sa mort, et le devenir enterré-vivant de son œuvre" (pp229-230). [Suit un passage de Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique (1913-14) où Freud revient sur ses premières années solitaires]. Quelques jours après la mort de Blanchot, Derrida sélectionne ce passage de L'écriture du désastre (p112 de l'éd. Gallimard 1980) : "ll reste que si la mort, le meurtre, le suicide sont mis à l'œuvre et que si la mort s'amortit elle-même en devenant puissance impuissante, plus tard négativité, il y a, à chaque fois qu'on avance à l'aide de la mort possible, la nécessité de ne pas passer outre à la mort sans phrases, la mort sans nom, hors concept, l'impossibilité même". Et Derrida ajoute : "je souligne mis à l'œuvre, il s'agit de savoir comment ces morts peuvent faire œuvre, s'écrire, se mettre à l'œuvre" (p258).

C'est Derrida qui insiste sur le mot œuvre, en tant qu'elle est quelque chose "dont est tissé, de part en part, le tissu de l'expérience vivante" (p195), plus qu'une œuvre au sens classique, donc, une œuvrance. Il faut faire œuvre, dit-il, c'est le lieu même de l'alliance (performative) du mourir et du vivant.

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
 
 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Guilgal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
SceneDer

DM.LML

UMourirVivant

Rang = QRobinsonOeuvreLivre
Genre = MR - CIT