Derrida
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Une scène d'écriture, déliée de toute dette                     Une scène d'écriture, déliée de toute dette
Sources (*) : "La vie la mort" : graphies d'alliance               "La vie la mort" : graphies d'alliance
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 21 sept 2019

 

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Orlolivre : comment ne pas mourir ?

[Il s'agit, aujourd'hui, dans un ultime moment d'alliance entre vie et mort, de donner lieu à une scène d'écriture, toute autre, déliée de toute dette]

Orlolivre : comment ne pas mourir ?
   
   
   
"Mourir vivant", un fantasme et plus "Mourir vivant", un fantasme et plus
Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique               Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique    
                       

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1. Le septième moment.

Jacques Derrida insiste, dans Spéculer sur "Freud", sur le chiffre sept. Mentionné une seule fois dans le séminaire La vie la mort (1976), il est rappelé avec insistance sur plusieurs pages dans Spéculer sur "Freud" (publié en 1980, dans La carte postale). Il s'agit du septième chapitre du livre de Freud, mais aussi du "Comité" des 7 fondateurs de la psychanalyse, des sept ans de mariage de la fille de Sophie (pp350s), de sept pages après le début du chapitre IV (p367), du repos du samedi (p412), et enfin du titre du dernier chapitre du texte de Derrida lui-même : "SEPT : POST-SCRIPTUM", bien que ce chapitre ne soit pas le septième, mais le quatrième - ce qui nous rappelle que, dans toute son œuvre, quatre et sept sont les deux chiffres fétiches de Derrida. La particularité du septième temps, écrit Derrida au début de ce chapitre 4 intitulé SEPT (p416), c'est qu'il ne connaît pas encore son dénouement, une particularité qui se retrouve dans plusieurs autres de ses textes. Ce privilège du moment septième. chez Derrida redouble un privilège comparable dans l'organisation de certaines œuvres freudiennes. Mais tandis que cette récurrence est probablement involontaire (inconsciente) chez Freud, elle est clairement calculée chez Derrida, et même stratégique.

 

2. Le faire-œuvre.

Le moment du sept, dans l'analyse derridienne de l'Au-delà du principe de plaisir, est celui où Freud s'autorise à écrire selon son bon plaisir. Tout en restant paralysé par les filiations, les généalogies et les jeux de pouvoir dans lesquels il est pris, il se dispense, au moins momentanément, de toute exigence de résultat. Pour continuer à penser, il aura fallu qu'il n'ait ni scrupules ni remords, qu'il se sente acquitté de toute dette. Bien que ce moment ne dure pas, Freud continue à écrire, il fait œuvre. Jacques Derrida nomme fait-œuvre, avec un trait d'union, ce qui arrive dans ce moment de crise ou de kairos. Ce n'est ni un acte, ni une décision, c'est un mouvement indépendant du principe de plaisir qui rappelle la thématique de l'ingratitude absolue que Derrida développe l'année même de la publication de Spéculer sur "Freud", en 1980, dans un texte consacré à Emmanuel Lévinas, En ce moment même dans cet ouvrage me voici. Faire œuvre, dit-il alors, oblige à une dislocation absolue de tout contrat, endettement ou circularité. Le point commun entre Freud et Lévinas, c'est qu'ils proposent tous deux une autre alliance, pas encore advenue, entre la vie et la mort. Derrida insiste sur cette dimension du faire œuvre dans un supplément de plusieurs pages (pages 362 à 365) ajouté dans Spéculer sur "Freud" par rapport au tapuscrit du séminaire. Faire œuvre, c'est transgresser l'économie, c'est récuser les équivalences du principe de plaisir, son autorité, sa maîtrise, son esthétique. Le "pas au-delà" reste insaisissable, mais il se déchaîne, désentravé, délié, dans ce qui fait-œuvre.

Dans la série des néologismes issus du mot autobiographie, la thématique de "la vie la mort" donne lieu à une autre thématique, une autre alliance hybride qu'on pourrait baptiser "ma vie mon œuvre". L'œuvre est le lieu où ce que Freud nomme les pulsions de mort, indissociables d'une graphique de la différance, ne se déploient pas seulement entre un vivant et un mort, mais entre une multiplicité de morts et de vivants. C'est le lieu où une scène d'écriture s'expose au tout autre. Il en est ainsi de la scène d'écriture freudienne mais aussi de l'autre scène, la scène d'écriture derridienne, qui se déploiera dans les décennies qui suivent.

Dans cette scène ultime, à la limite de l'achèvement et de l'inachèvement, ce sont les inconditionnalités (un plus-que-la-vie éthique et politique) qui s'affirment.

 

3. Graphique de la différance.

Dans la série des néologismes issus du mot autobiographie, la thématique de "la vie la mort" donne finalement lieu à une autre thématique, une autre alliance hybride qu'on pourrait baptiser "ma vie mon œuvre". L'œuvre est le lieu où ce que Freud nomme les pulsions de mort, indissociables d'une graphique de la différance, ne se déploie pas seulement entre un vivant et un mort, mais entre une multiplicité de morts et de vivants. C'est le lieu où une scène d'écriture s'expose au tout autre. Il en est ainsi de la scène d'écriture freudienne, cette structure différantielle qui pourrait induire une déconstruction générale, mais aussi du lieu où, peut-être, la scène d'écriture derridienne fait événement.

 

4. Mourir vivant.

Comment mourir vivant ? C'est la question implicite, posée dès 1975, et qui reviendra de façon plus explicite dans le dernier séminaire de Jacques Derrida, La bête et le souverain, Volume 2, en 2002-2003. D'un côté, le vivant porte en lui des traces de mort, il est le produit de programmes, de langages, de processus, il est déjà mort et entre deux morts; et d'un autre côté, la vie qui a commencé en lui se prolonge au-delà de la mort physique. Mourir vivant est impossible, et c'est aussi le coeur, l'essence du vivant.

 

5. Affirmer la vie.

Deux décennies plus tard, un texte prolonge directement le séminaire "La vie la mort", tout en résumant le travail accompli par Derrida pendant 25 ans. Il s'agit d'États d'âme de la psychanalyse, une conférence prononcée le 10 juillet 2000. Dans ce texte dont le sous-titre est Adresse aux États Généraux de la psychanalyse, il mentionne, comme peut-être nulle part dans son œuvre, ce qu'on pourrait nommer un horizon pour une politique et une éthique à venir. Une vie qui vaille d'être vécue, une vie plus que la vie, c'est une vie qui s'affirme inconditionnellement, sans rien devoir à une économie, pas même celle de la vie.

Au-delà de la difficulté à dépasser une certaine paralysie, qu'il retrouve dans ce texte à partir de la discussion sur le thème de la guerre que Freud a eue avec Einstein en 1931-32 à la demande de la Société des Nations, Derrida affirme la nécessité d'un saut dans l'éthique, le droit et la politique. Il y oppose ce qu'il nomme une économie de la vie reposant sur la dette et l'échange, à une sur-vie où s'affirmeraient les inconditionnalités qu'il a étudiées depuis le début des années 1990. La pulsion de mort, réinterprétée comme pulsion de cruauté, n'a pas pour contrepartie une valorisation de la vie ou un vitalisme qui ne serait que le prolongement du cycle économique. La sur-vie n'est pas de type génétique, elle tient à l'oreille de celui qui entend. Pour rompre avec l'auto-hétéro-bio-thanato-logie dans laquelle Freud est resté englué jusqu'à la fin, il faut selon Derrida, une promesse, un acte d'écriture, une pure affirmation qui s'inscrit dans le moment singulier, le septième moment, auquel il avait attaché dans Spéculer sur "Freud" le syntagme du fait-œuvre.

Que se passe-t-il, aujourd'hui, dans le temps présent de la lecture / écriture? A chaque interprétation supplémentaire se repose la question du vivant. Pour Derrida la vie n'est pas un programme, elle n'a rien d'automatique. À tout moment elle peut disparaître, ou être remplacée par une autre vie, un autre monde, une vie-en-plus dans la suite des générations. Quand il parle dans ses derniers textes de la "vie plus que la vie", il ne sacralise pas la vie, il appelle un autre "Viens", un anneau supplémentaire qui ne ressemblera pas au précédent et dont le destin est imprévisible. Il s'agit d'une suite de vécus successifs, et non pas de la poursuite du cycle de vie.

 

6. Autobiophotographie.

Dans Otobiographies, Derrida parle d'une alliance entre la vie et le mort. Non pas la mort, mais le mort. La Vivante, dit Derrida, précède le mort, et vient en plus après lui, en retard, au-delà. Plus d'un quart de siècle plus tard, en reprenant la question du plaisir, Derrida donnera un autre nom à l'alliance vie/mort : autobiophotographie. Il s'agit du dispositif-retard des appareils photos, qui déclenche un moment d'attente, d'arrêt, avant que la photo ne soit prise. Ce moment de blanc qui sépare le déclenchement de la fixation de l'image, qui est une sorte de petite mort, ce pourrait être le moment le plus important, ce que je nomme ici "Ma vie mon oeuvre". C'est le temps du mouvement, où on se met en place, où on crée les conditions de la photo. D'un côté la machine est inarrêtable et inexorable, la photo sera prise au moment prévu, mais d'un autre côté tout reste à faire, la photo peut réussir mais elle peut aussi rater, c'est imprévisible. La temporisation avant la mort est le moment d'un à-venir. C'est le dernier moment de l'écriture derridienne, lors de son dernier séminaire, La bête et le souverain, volume II. Certes nous nous devons à la mort, mais nous sommes quand même engagés avec elle dans une course de vitesse qui nous laisse le temps d'un report, d'un dispositif-retard qui permet l'inscription d'une trace.

Cette trace, c'est aussi l'au-delà d'une trace, une marche, un "pas au-delà", là où l'alliance "la vie la mort" engage vers une autre alliance, doublement aporétique, "ma vie ma mort".

 

 

"Le legs et la jalousie ne construisent pas seulement le fort/da mais le fort/da comme scène d'écriture auto-bio-thanato-étéro-graphique; et la scène d'écriture ne vient pas raconter un événement, un contenu qu'on appellerait le fort/da autobiothanatoétérographique, ce contenu est déjà une scène d'écriture, structurellement une scène d'écriture" (Derrida, La vie la mort, pp319-320).

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Propositions

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[Il y a, dans l'œuvre derridienne, un privilège du moment septième]

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On trouve chez Freud, dans ses textes, une récurrence impressionnante du chiffre sept

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Tout commence par l'archive : une trace qui s'affecte d'avance de nostalgie, une mort qui me précède et reste à venir, une autobiophotographie non réappropriable

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Freud parle depuis une scène d'écriture auto-hétéro-thanato-graphique où son bon plaisir a le dernier mot; en ce non-lieu, il est acquitté de toute dette

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[L'oeuvre est le lieu où les pulsions de mort sont indissociables d'une graphique de la différance]

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Chez Freud, il n'y a jamais "la" répétition, mais une stricture différantielle qui enserre le principe de plaisir, comme un lacet de chaussure, et induit une déconstruction générale

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Une oeuvre, il ne faut rien lui rendre, il faut la lire sans dette, sans faute, au-delà de toute restitution possible, dans l'ingratitude absolue

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L'oeuvre d'E.L. aura donné à penser une Oeuvre qui, avant même ce qu'elle en aura dit, aura obligé à une dislocation absolue de tout contrat, endettement ou circularité

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Au-delà du principe de plaisir, le "pas au-delà" resté interdit pour Freud, insaisissable par une esthétique du plaisir mais déchaîné, désentravé, délié, "fait-oeuvre"

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[La scène d'écriture freudienne, "auto - bio - thanato - hétéro -- graphique", fait oeuvre]

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[Dans le principe de plaisir qui, selon Freud, domine la vie psychique, est à l'oeuvre, en silence, le "tout autre"]

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"Au-delà du principe de plaisir", Freud transgresse l'économie même; ne pouvant s'acquitter de ce qu'il promet, devenu insolvable, il choisit de se retirer

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Dans ce qui fait oeuvre, il y a ce dont on n'hérite pas et à qui rien ne revient (le narcissique, l'immortel) et ce dont on hérite (ce qui, condamné à mort, garde la vie au-delà de la mort)

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["Die Welt ist fort, ich muss dich tragen", un événement dans la scène d'écriture derridienne (2002-2004)]

 


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