Derrida
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Avec ce monde je meurs, pour vivre encore                     Avec ce monde je meurs, pour vivre encore
Sources (*) : "Mourir vivant", un fantasme et plus               "Mourir vivant", un fantasme et plus
Pierre Delain - "La mise à nu des exils", Ed : Guilgal, 1988-2017, Page créée le 10 mai 2020 Essai sur les œuvres laissées pour te porter

[À présent un monde se meurt, le nôtre, il faut mourir avec lui pour rester en vie, vivre encore]

Essai sur les œuvres laissées pour te porter
   
   
   
"Die Welt ist fort", Celan - Derrida 2002 "Die Welt ist fort", Celan - Derrida 2002
                 
                       

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On partira du constat largement partagé selon lequel un monde se meurt. Il est loin d'avoir disparu, mais on parle déjà du monde d'avant comme si son effacement était déjà acquis. On est invité à inventer ou imaginer un monde d'après, comme si nous savions déjà comment ce monde pourrait être. Mais la difficulté, le problème, c'est que nous n'en savons rien. Le monde à venir (si l'on peut employer cette expression à connotation religieuse) nous est étranger, absolument inaccessible, car tout ce à quoi nous pourrions penser, tout ce qui pourrait nous servir pour en prévoir le contenu, tout cela est entraîné dans le mourir dont on parle - et même nous, nous-mêmes, nous y sommes entraînés. Nous périssons, nous mourons avec lui. Même les plus optimistes, les plus créatifs, les plus vigoureux, sont entraînés dans ce mourir - car nul ne peut véritablement échapper au monde dans lequel il habite. Si ce constat ou cette assertion, ou cette déclaration, a quelque chose de juste, alors il faut trouver le moyen de laisser venir ces composantes du monde que nous ne connaissons pas encore. Je vais proposer pour cela un chemin plutôt bizarre, indirect, oblique - un chemin qui n'en est pas vraiment un. Ne pouvant partir de la réalité, je vais partir de quelques fictions, les plus fragiles qui soient, quelques films qui pourraient peut-être m'enseigner comment je pourrais, dans ce contexte assez désespérant, mourir vivant.

 

1. Le Robinson Crusoé de Jacques Derrida.

Mourir vivant, c'est une expression paradoxale qu'on trouve dans le dernier séminaire professé par Jacques Derrida en 2002-2003, La bête et le souverain, volume II. Il y parle d'un fantasme qu'il attribue à Robinson Crusoé. Robinson est terrorisé par l'idée d'être mangé par des cannibales ou de disparaître dans un tremblement de terre, d'être englouti, de s'effacer sans laisser ni trace ni souvenir. Pour se protéger contre ce risque, il revient au christianisme, il se confesse, se repent, il prie. La prière est un moyen de se protéger contre la peur panique de voir disparaître son monde. Elle est ambiguë. Prier s'impose à la fois comme pulsion machinique, automatique, et appel à une force extérieure qui viendrait briser la répétition. La force qui l'a obligé à risquer l'auto-destruction le conduit à chercher le soutien d'une force plus puissante encore qui le protégerait. C'est la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, quand la technologie apparaît à la fois comme force destructrice et moyen de s'en protéger. À quelle force pouvons-nous faire confiance pour vivre avec cette situation d'effondrement du monde qui promet d'être durable ?

 

2. Le pas au-delà.

Derrida a parlé de pas au-delà, et peut-être faut-il reformuler cette problématique. Je le ferai en m'appuyant sur des œuvres. Partons d'un film : L'étrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira (2010). Ce film semble se terminer en queue de poisson, par la disparition complète d'un double monde. Pourtant c'est le film le plus porteur d'avenir qui soit.

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Propositions

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Camille (Boris Lojkine, 2019) - "Il faut mourir vivant", dit la photoreporter - il en résulte, pour l'autre, un film et d'autres traces

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L'étrange affaire Angélica (Manoel de Oliveira, 2010) : l'ange vivant de la mort appelle le photographe, il lui donne accès à un monde sans deuil, ni devoir, ni dette

 


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