Pour parler du silence, faut-il d'abord le rompre? Tout dépend de quel silence on parle.
- il y a un silence qui est l'envers de la voix, sa condition d'existence. Il en est la première composante, le substrat, le lieu où elle habite.
- un silence généreux qui tient dans la formule : savoir se taire.
- ce qui se tait en chacun d'entre nous, ce qui est refoulé, ce qui fait notre singularité. Goya a un singulier talent pour montrer ce silence (exemples : le Grand Bouc, les peintures noires).
- ce qui se tait dans la chose. Certains artistes réussissent à y faire écho, il n'est pas nécessaire de parler pour ça.
- le vrai silence (par exemple celui de l'époque de Babel). C'est un silence dangereux, celui qu'il est nécessaire de dire.
- l'oeuvre d'art a toujours une part silencieuse, qu'on admire dans sa beauté. Quand cette part est noyée sous la rhétorique, elle se contente de ne pas parler. Mais alors l'émotion se perd, l'angoisse s'oublie.
- On peut méditer sans voix. C'est même la seule façon qui reste, depuis la fin de la prophétie.
- plus près du néant, il y a le silence de la mort.
- l'imprononçable n'est même pas silencieux. Il n'est pas. Les artistes qui réussissent à le restituer sont plutôt rares. Citons Rothko avec le seul usage de la couleur.
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