Derrida
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'idiome, le style                     Derrida, l'idiome, le style
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 17 novembre 2013 [La] matrice derridienne (ce qui s'y trame)

[Derrida, l'idiome, le style]

[La] matrice derridienne (ce qui s'y trame) Autres renvois :
   

Derrida, le secret

   

Derrida, date et signature

   

Derrida, le nom, la nomination

Derrida, une fois, une seule fois, une fois unique

                 
                       

1. Dans l'idiome, "ça se déconstruit".

On associe souvent l'idiome à la singularité, à l'unicité d'un style inimitable et spécifique. Mais pour qu'il soit digne de ce nom, il faut encore autre chose. Il ne suffit pas qu'il soit unique, il faut encore qu'il soit le lieu d'une chose indéfinissable : une signature, un événement. Un idiome qui s'identifierait à lui-même, qui n'ouvrirait pas à une déconstruction, qui ne se perdrait pas lui-même dans une exappropriation, serait-il encore digne de ce nom? S'il devient lisible, s'il se stabilise, s'il se répète, s'il parle par concepts et généralités, alors il n'est plus qu'un style au sens le plus courant, commun, il efface sa signature. Pour survivre comme idiome, une langue doit porter, sans les aplatir, les incertitudes et les apories de l'œuvre.

Lorsque, au début de La vérité en peinture, après avoir annoncé la phrase "Je m'intéresse à l'idiome en peinture" (sans révéler qui la prononce), Jacques Derrida s'interroge sur le vouloir-dire de cette phrase, il énumère quatre possibilités ou, comme il le dit, quatre traductions. Ce chiffre (quatre) n'est pas un simple nombre : c'est le chiffre de l'excès, du supplément, de la dissémination. Il y a quatre traductions comme il y en aurait trente-six : car si idiome il y a, il est l'ouverture de tout système à son dehors, il est ce qui, toujours, divise l'unité de ce trait qui prétend border l'œuvre comme l'idiome.

"Ce qui fait au moins, si vous comptez bien, quatre hypothèses, mais chacune se divise, par greffe et contamination de toutes les autres, et vous n'en aurez jamais fini de traduire. Moi non plus. Et si vous vouliez patienter un peu en ces lieux, vous sauriez que je ne peux dominer la situation, ni la traduire, ni la décrire. Je ne peux pas rapporter ce qui s'y passe, le raconter ou le dépeindre, le prononcer ou le mimer, le donner à lire ou à formaliser sans reste" (Derrida, La Vérité en peinture, p5).

 

2. Reste.

L'idiome commence par ce qui, en lui, ne peut être ni dépeint, ni décrit complètement, ni dominé, ni lu, ni traduit, ni formalisé. Il faut tenir à distance, refouler une terrible menace, s'en garder. La chose s'est déjà effacée, elle s'est soustraite d'avance, retirée dès le départ, mais le style la désigne, il la nomme. Une marque est laissée, une signature qui n'empêche pas un reste de revenir comme autre, comme parasite imprononçable. Que se passe-t-il ? Le contexte est insaturable, elliptique, et le trait qui institue l'œuvre toujours divisible. Un idiome digne de ce nom n'est pas refermé sur lui-même. S'il parasite, il se laisse aussi parasiter. En jouant des effets de vérité, il ne s'arrête pas à son propre discours. Ce qui se dit ne se dit pas dans la langue courante, celle que l'entourage ou la communauté d'appartenance peut entendre, mais dans une langue étrangère aux contemporains. La langue de l'idiome est inaudible, elle fait difficilement sens. Il faut répondre, dire "oui" à l'autre voix qui lui arrive du dehors, penser autrement que dans sa propre langue.

Freud a découvert, dans la parole de l'autre, la fonction de l'idiome. Il a tenté de les lire, les interpréter. Il a proposé ou inventé pour cela toutes sortes de méthodes, de codes ou de règles, mais au final, il lui a fallu se rendre à l'évidence : la parole de l'autre est inépuisable, son résidu idiomatique reste indéchiffrable. Aucune technique ne peut le rabattre sur des énoncés, qu'ils soient symboliques, théoriques ou scientifiques.

 

3. Sans demeure.

Il ne faut pas confondre l'idiome avec la langue dite maternelle (qui est aussi paternelle). L'idiome habite dans cette langue, mais sans se confondre avec elle. Il est comme une autre langue dans la langue, proche et étrangère. Alors que la langue commune est "à demeure" (comme langue de la famille ou de la nation, elle est localisée quelque part, ou localisable), l'idiome est sans demeure. Chacun de nous y habite dans une sorte d'illégitimité ou d'exil.

Jacques Derrida a tenté d'interpréter le style de Nietzsche à partir d'une phrase, un aphorisme : J'ai oublié mon parapluie. On ne sait pas d'où vient cette phrase, on ne saura jamais ce que Nietzsche aura voulu faire ou dire avec elle. Elle est coupée de son milieu de production, de toute intention. On ne pourra jamais exhiber sa vérité, révéler son secret. Ainsi en va-t-il de ce style : toujours indéchiffrable, il faut qu'il devienne plus, c'est sa volonté de puissance. Pour qu'un tel idiome puisse advenir, il ne suffit pas d'un "je", il faut un autre "je" qui instaure un rapport posthume à lui-même. La femme chez Nietzsche, la différence sexuelle supposent plus d'un "je" cryptés, une tension entre une écriture qui revient à l'homme comme sa propriété phallique et une autre écriture qui n'y revient pas, qui (s')écrit dans la métaphore, la parodie ou le simulacre. Ce questionnement de la femme, au-delà de tout contenu, thèse ou sens, traverse le voile, le déchire, se donne en se dérobant.

On peut comparer le style de Heidegger, qui revient sans cesse à "notre langue", une construction qui repose sur la signification supposée originelle de mots en haut et vieil allemand, avec le rapport du yiddish à cette même langue allemande. Un idiome peut rester essentiellement étranger, illocalisable, pour un locuteur qui en comprend les mots sans en réduire l'altérité (comme le faisait Kafka). Lévinas invente un idiome d'un autre genre, qui nous oblige en mettant l'hétérogène au cœur de son texte. Il faut que son écriture laisse s'inscrire le tout autre, il faut que dans sa syntaxe et son lexique, le langage du même soit troué. En multipliant les retours, les mouvements insistants, les professions de foi qui débordent le constatif, il ne produit pas un traité de philosophie, mais une œuvre.

 

4. Au style unique, il faut une réponse unique.

Le style, comme l'idiome, est supposé unique, absolument singulier, irremplaçable. Il ne met pas en œuvre une technique ou une méthode, mais chaque fois, (comme la déconstruction), il est "ce qui arrive quand ça arrive". Le principal devoir du lecteur, sa responsabilité, c'est de préserver sa singularité. Il ne faut pas effacer ses inventions verbales, ses images. Il ne faut pas les noyer dans la généralité. Chaque style est une exception. On y répond par une prière secrète, intérieure, silencieuse. L'idiome de l'autre ne devient pas ma langue, il reste sa langue, absente et incalculable, qui ne trouve d'équivalent dans aucune autre langue. Il faudrait se rendre à cette langue, si c'était possible, sans la posséder ni la garder, avec l'intention de la laisser où elle est, le désir de faire en sorte qu'elle reste aussi éloignée de moi, qu'elle n'en revienne pas.

 

5. Une tâche.

Le projet derridien, sa tâche, ne se donne ou ne s'exprime pas seulement dans le contenu de ses textes, elle se manifeste aussi, et peut-être surtout, par leur organisation, leur forme, leur présentation, leur typographie, leur style. Il a dans ses livres exploré toutes les possibilités offertes aux auteurs de sa génération. En travaillant sur la disposition des écrits, les marges, les bords et aussi les paragraphes, les notes, les chapitres, les parties et sous-parties, les colonnes, exergues, préfaces, postfaces et post-scriptums, il est resté dans le livre tout en faisant signe à ce qu'il a nommé le hors-livre, cet événement qui renvoie à des éléments indiciels, mémoriels ou signifiants qui empêchent la clôture sur soi du texte et bouleverse le monde classique du symbole. Ce qui s'annonce ainsi, l'autre livre, ébranle les institutions, les réseaux, les souverainetés. Le style derridien se voudrait l'annonce que plus rien, désormais, ne peut arrêter l'écriture. C'est le germe, la semence d'un "livre à venir" qui transformerait la signification même du mot livre (du latin līber (« pellicule située entre le bois et l'écorce sur laquelle on écrivait »)).

 

 

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Propositions

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["Par l'organisation formelle de ses textes, leur présentation, leur typographie, Jacques Derrida fait signe au Hors livre"]

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Une déconstruction n'est, chaque fois, que "ce qui arrive quand ça arrive"; elle ne met pas en oeuvre une technique ni une méthode, mais un style

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Le style, c'est ce qui protège contre la menace terrifiante de ce qui se présente et déjà d'avance se retire, laissant néanmoins une marque, une signature

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L'idiome ouvre tout système à son dehors : il parasite la langue, il divise l'unité du trait qui prétend le border

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[Chacun de nous a une langue pour demeure, mais cette langue, son idiome, est sans demeure]

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La singularité d'une écriture témoigne d'un idiome, d'une autre langue à l'intérieur de la langue, une langue chassée de la langue

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Un événement ne s'identifie jamais avec lui-même : il s'ex-approprie, se perd dans la répétition où il se rend lisible

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La déconstruction n'est pas une méthode : elle est l'ouverture d'une question, un style, c'est-à-dire rien

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Chaque événement de déconstruction est singulier, au plus près possible d'un idiome ou d'une signature

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Le trait qui institue l'oeuvre, avec un dedans et un dehors, est toujours divisible; sa divisibilité - qui est aussi contraction, retrait - fait texte, trace, reste, et aussi idiome

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Quand la responsabilité s'annonce, c'est dans une langue étrangère à celle que la communauté peut déjà entendre

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Freud cherche à déchiffrer une "écriture originelle", mais ne trouve qu'un résidu idiomatique, irréductible, intraduisible, qui porte le poids de l'interprétation

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"Tout faire pour sauver, dans la langue et dans l'image, la singularité de l'idiome intraduisible" - tel est le souci principal, la responsabilité à prendre

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On peut lire chaque texte de Jacques Derrida comme le projet d'un "autre" concept de traduction : inventer un idiome singulier, par l'irruption imprévisible d'une "autre" langue

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Je me rends à la langue - la mienne et celle de l'autre -, mais avec l'intention de faire qu'elle n'en revienne pas

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Ce que Nietzsche aura voulu dire, c'est la limite puissante, différentielle, de la volonté de dire : "J'ai oublié mon parapluie"

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Le style, la femme, la différence sexuelle et même le simulacre ne peuvent advenir que s'il y a plus d'un "je", plus d'un secret, plus d'un indéchiffrable, plus d'un retrait

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En questionnant la femme, l'écriture, au-delà de tout contenu, thèse ou sens, le style éperonnant de Nietzsche traverse le voile, le déchire et défait l'opposition voilé/dévoilé

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La femme est l'écriture : elle (s')écrit, et le style (l'éperon qui ouvre un chemin - pointe, stylet) lui revient

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Le style de Heidegger, sa manière, recourt à ce qu'il nomme "notre langue" : la signification supposée originelle, intraduisible, de mots en haut et vieil allemand

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Par son écriture, par une certaine manière de lier, serrer, entrelacer dans une série le Dire et le Dit, Emmanuel Lévinas invente le tout autre

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Par son écriture, son geste stylistique, ses métaphores, ses retours et mouvements insistants, le texte de Lévinas n'est pas un traité : c'est une oeuvre

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Aucune demeure ne peut être assignée au yiddish, une langue inventée à même l'allemand, mais intraduisible dans cette langue si proche

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Dans une prière se mêlent un rituel codifié, énoncé dans le langage commun, et une adresse absolument singulière, secrète, idiomatique et intraduisible, à un "Qui" indéterminé

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