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Le modernisme est une posture qui radicalise certains traits de la modernité. La radicalisation peut être technique, idéologique ou éthique. Elle peut être mise en oeuvre par des individus, des courants informels ou des avant-gardes. Elle affecte d'abord l'art, mais pas seulement. Clement Greenberg en a été le théoricien et le défenseur; quoiqu'en disent ses (nombreux) ennemis, la dynamique moderniste persévère après lui (et sans lui).
Mais alors, c'est quoi, le modernisme? Une tendance à la réduction esthétique ou à l'épuration de chaque art, de chaque genre ou de chaque style. Il faut, avec le plus de rigueur et d'intégrité possible, aller jusqu'au bout de ses propres règles ou conditions d'existence, en écartant tout autre critère. Par exemple, si l'on définit la peinture comme une tension entre le contenu du tableau et sa surface (Cézanne), on essaiera de pousser cette tension à ses ultimes conséquences. Si on la définit par la planéité, on la voudra totalement plane (Pollock), au risque de tomber dans la décoration. Si on définit la sculpture par son matériau, elle va en explorer toutes les qualités optiques. Si l'on considère que l'oeuvre doit être déterminée par son support, on la juge à cette aune et pas autrement. Si on définit le cinéma par son potentiel d'émancipation, on en explorera toutes les facettes, etc...
Comme il faut toujours aller plus loin, ne jamais s'arrêter, dès que les conventions sont connues ou institutionnalisées, on les rejette. On aboutit à une antinomie : plus un courant se veut autonome, plus il présente son "propre" comme altérité, et plus il est tenté de se mettre en question lui-même.
L'art moderne est le terreau du modernisme. Quand l'art contemporain le rejette, il lui arrive de revenir à des pratiques prémodernistes; mais le modernisme conduit inéluctablement au post-moderne.
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