1. La dénégation.
En ce début du 21ème siècle, la question de l'altérité nous obsède moins. Bon, d'accord, il y a de l'incompréhensible, du dehors, de l'ailleurs, de l'hétérogène, de l'altération, etc.... Il y a toutes sortes d'altérités, mais : 1. Est-ce que je suis vraiment concerné? 2. Qu'il y ait ou non une altérité absolue m'importe peu, pourvu qu'elle ne me dérange pas.
La tension du désir se dirige moins vers ce qui est inaccessible que vers ce qui contribue à ma jouissance ou à l'épanouissement de mon moi. On multiplie les discours, les dispositifs (télévision) ou les machines (Internet) pour m'épargner tout risque de confrontation avec l'autre.
2. L'insistance.
L'altérité se rappelle à nous à chaque signe, à chaque rencontre d'autrui, dans l'effet de réel des photographies, dans les fêlures de l'espace, dans l'étrangeté de ma voix, etc... Tout jugement esthétique l'implique, toute oeuvre dans sa matérialité. Chaque image qui nous entoure en est infectée (car si la forme est lisible, le fond ne l'est pas nécessairement; elle est comme un film, elle dit autre chose ou plus que ce qu'elle raconte).
Malgré l'affairement ou l'indifférence, l'altérité nous démange. Rien n'est acquis, pas même ma propre essence en tant qu'humain. J'envisage que, chez moi, un autre puisse faire la loi. Je n'imagine pas qu'une éthique puisse être fondée autrement.
3. La résistance.
On imagine toujours de nouveaux moyens pour préserver sa tranquillité : la tolérance, qui permet de se tenir à distance de l'altérité infinie, la religion qui remet en ordre les croyances, le plaisir auquel on aime tant s'asservir, la philosophie quand elle se fabrique une altérité bien à elle pour en éviter une autre qu'elle ne contrôlerait pas, etc... |