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Derrida, Artaud                     Derrida, Artaud
Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida  

Page créée par le scripteur le 26 septembre 2005.

Antonin Artaud

[Derrida et Artaud]

Antonin Artaud
     
     
     
 
                   
                         

Si Artaud occupe une place si spéciale pour Jacques Derrida, c'est parce qu'il représente son envers, son autre face. Tout ce que Derrida propose et défend tourne autour de la différance; Artaud prétend la détruire de la façon la plus radicale possible (comme Dieu, elle ne mérite que des insultes). Derrida dénonce le souffle ou la présence de la voix; Artaud identifie son oeuvre à son propre souffle, qui en dit plus que lui-même. Artaud cherche un art sans oeuvre et un langage sans trace; Derrida se désintéresse de l'art, et concentre son attention sur les oeuvres. Artaud cherche l'unité antérieure à la dissociation, le point qui précède tout texte; pour Derrida, il n'y a pas de hors-texte. Artaud cherche le salut dans la voix-chair, hors signes; Derrida ne dialogue qu'avec la voix spectrale.

Mais il y avait entre eux une réelle fascination, et même plus, une affinité, dont le secret reste à percer. Entre l'irresponsabilité d'Artaud et l'attente d'un à-venir imprévisible, n'y a-t-il pas une relation? En tous cas Derrida avait sa voix dans l'oreille, et ne tenait pas spécialement à la faire taire.

Dans le théatre d'Artaud, il faut que le geste et la parole n'aient lieu qu'une fois et soient oubliés sans réserve. Dans une mise en scène strictement codifiée qui met fin à la représentation, la métaphysique trouve sa clôture finale.

Pour Derrida, ce qui n'a lieu qu'une fois, c'est la poésie.

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Propositions

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L'art d'Artaud s'est voulu sans oeuvre et son langage sans trace, c'est-à-dire sans différence

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Derrida oppose la "différance" à ce qui prétend la détruire : le théatre d'Artaud

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Pour Artaud, le point à trouver est celui qui précède tout texte

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Artaud a voulu effacer la répétition en général : seuls le geste ou la parole qui n'ont lieu qu'une fois et qui sont oubliés sans réserve sont dignes de son projet

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La parole d'Artaud est radicalement irresponsable

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Artaud a voulu interdire que sa parole soit soufflée loin de son corps, c'est-à-dire dérobée, inspirée depuis la différance d'une autre voix

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Dans le théatre d'Artaud, la voix qui commande aux signes est destituée pour celle qui se laisse rythmer par le souffle

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Artaud nous enseigne l'unité antérieure à la dissociation

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Dans Artaud, le souffle désigne le signifiant qui avant moi dit tout seul plus que ce que je crois vouloir dire

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Dressé contre Dieu, crispé contre l'oeuvre, Artaud cherche le salut dans une voix qui appartienne encore à la chair

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Artaud accomplit la métaphysique occidentale en en montrant la clôture

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En désirant un théatre impossible, Artaud s'est tenu au plus proche de la clôture de la représentation

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Avec Artaud, Derrida a trouvé son envers, et ne l'a jamais lâché

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Pour Artaud, Dieu est la différence qui s'insinue comme ma mort entre moi et moi

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Il faut lire le texte d'Artaud avec sa voix dans l'oreille

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La voix d'Artaud, quand on l'a entendue, on ne peut plus la faire taire

     


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