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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la folie                     Derrida, la folie
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 16 août 2012 Oeuvre derridienne, aporétique

[Derrida, la folie]

Oeuvre derridienne, aporétique Autres renvois :
   

Derrida, la métaphysique

   

Derrida, logos, logocentrisme

   

Derrida, l'aporie

                 
                       

1. Hantise d'un point-zéro.

La folie n'est pas, pour Derrida, une pathologie ou une maladie qui viendrait perturber un fonctionnement "normal" de la raison ou du psychisme. Elle est là depuis le départ, ce point-zéro que Descartes a désigné comme Cogito. En cette origine commune, le sens et le non-sens se rejoignent. La certitude d'exister ne tient pas à la mise à l'écart de la folie, mais à la possibilité de penser malgré la folie, qui peut toujours faire retour par le doute hyperbolique ou par le Malin Génie. Michel Foucault expliquait que le sujet cartésien ne pouvait pas être fou, qu'il devait exclure la folie du discours, et qu'à une certaine époque (l'Âge classique) cela s'était traduit par une exclusion de fait. Mais, selon Derrida, de droit, elle continue irréductiblement à hanter le langage (y compris le sien) - et Descartes ne l'ignorait pas. Il gardait toujours ouverte la possibilité du doute absolu, ce moment de crise auquel aucune signification ne peut résister. La raison, le vouloir-dire, s'élèvent contre cette crise, cette trace de violence et de mort que la pensée et le discours tentent de réguler; mais chaque parole nouvelle peut faire revivre le coup de force, la tension qui fait émerger le langage et l'histoire.

 

2. La mutation d'aujourd'hui.

Vers la fin du 19ème siècle, une mutation a eu lieu qui affecte le politique en général, le discours, et aussi les événements courants de la vie. L'identité élémentaire des mots de la langue a été contestée, renversée, les concepts organisateurs de la communauté ont été transformés, livrant le monde au désajointement, à la dislocation, au chaos. Quand des valeurs incompatibles coexistent, c'est la folie qui guette, c'est elle qui appelle, d'urgence, la pensée. Désormais toute décision est confrontée à l'épreuve de l'indécidable. Il n'y a plus de vérité sans cette trace de folie, qui est son fond sans fond. La vérité de la vérité, c'est qu'il faut vivre sans avouer cela.

Aujourd'hui plus encore qu'à l'époque de Descartes, la folie hante le langage, même quand la langue ne devient pas folle [ce qui s'est produit à l'époque du nazisme (cette folie entraînant avec elle celle de la loi et de l'origine du sens)]. A cela, Jacques Derrida répond par un travail conceptuel. Il expérimente des concepts qui, dans la langue, obligent à penser l'impossible : la dissémination, l'hospitalité, le don, le pardon. S'ils sont inconditionnels, alors ils sont pris dans une aporie indépassable : à la fois promis et irréalisables. Un pardon inconditionnel serait en rupture absolue avec l'éthique courante de la société. Il ne pourrait se fonder sur aucune politique. Un don sans retour, sans réciprocité, briserait l'échange et jetterait dans une dépense effrénée. La structure de ces actes de folie n'est pas pathologique. Elle est, déjà, inscrite dans le langage.

 

3. Il n'y a pas qu'une folie de la langue, il y en a plus d'une.

a. La langue n'est pas ma langue. Je ne peux ni la posséder ni la maîtriser. Cette externalité m'expose à la possibilité d'un autre droit, d'une autre politique ou d'une autre éthique qui viennent d'ailleurs, un mouvement que Derrida nomme exappropriation. Mais pour parler, il faut aussi que je me l'approprie, cette langue. C'est ce double mouvement, la possibilité d'être à la fois autonome et hétéronome, auto-hétéronome, qui est sa folie.

b. Nous sommes tenus à l'hospitalité car si la langue était unique, insubstituable, si l'ipséité était sa loi, elle rendrait fou. La mère ou la langue maternelle se présentent parfois comme l'unique irremplaçable, l'insuppléable. Si c'était le cas, si on restait exclusivement chez soi, l'absolue singularité de la mère détruirait la langue. Et pourtant il en est ainsi : rien ne peut remplacer une langue maternelle.

c. Une autre sorte de folie tient à l'impossibilité d'éradiquer ou de refouler complètement ce qu'on appelle usuellement la langue sacrée, ce lieu où une puissance de nomination produit infiniment de nouveaux sens. D'un côté il faut sacrifier cette langue, la traduire dans la langue courante, une tâche qu'on a pu nommer, dans un certain contexte, sécularisation. Mais d'un autre côté il faut surmonter sa peur et répondre à son appel. C'est l'ouverture d'un abîme sans fond, d'une folie qui peut tourner à la catastrophe, au mal radical.

 

4. Figures de fou.

Jacques Derrida s'est attaché à quelques figures de fou : Artaud, Van Gogh, Hanold dans la Gradiva de Jensen, ou peut-être (selon ses dires), lui-même, dans son entreprise à la fois philosophique et autobiographique. Il démontre, avec ces figures, l'impossibilité de saturer le sens.

 

 

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Propositions

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Le Cogito est un point-zéro où la raison et la folie, le sens et le non-sens se rejoignent en une origine commune

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Descartes n'exclut pas la folie, au contraire; même si je suis fou, le Cogito existe - par l'hypothèse du Malin Génie, la folie est accueillie dans l'intériorité la plus essentielle de la pensée

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"Vouloir-dire le doute hyperbolique", tel est l'acte philosophique cartésien d'ouverture absolue, dont la structure de différance ne peut s'écrire que dans l'économie d'une raison

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La folie, cette "absence d'oeuvre", est la part de silence irréductible contre laquelle le langage peut surgir - et il ne peut surgir, par essence, que contre elle

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Chaque parole nouvelle peut faire revivre le geste de crise, de violence originaire qui a renfermé la folie, et dont elle garde la trace

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La philosophie est le gigantesque aveu d'une crise : penser une écriture, une économie, dans la terreur d'être fou

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La folie de la loi loge dans son auto-hétéronomie : je dois me l'approprier comme une langue, mais elle vient d'ailleurs

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Une décision ne peut être juste que si elle fait l'"épreuve de l'indécidable" - dont il reste, à jamais, une trace vivante, un fantôme qui déconstruit de l'intérieur toute certitude

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La langue est inappropriable, et cette exappropriation - qui la rend folle - est seule à pouvoir ouvrir à une politique, un droit et une éthique

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La mère, comme lieu de la langue, est l'unique irremplaçable - qu'il faut remplacer car l'insuppléable est la folie même, toujours à l'oeuvre

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Derrida fait un usage exceptionnel, exorbitant, de la profération en première personne - il met en scène une certaine folie de l'ego cogito

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Vers la fin du 19ème siècle, dans un monde qui ne tient plus ensemble, une mutation livre à la folie, au chaos, les concepts organisateurs de la communauté politique

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Quand des valeurs incompatibles coexistent, la folie guette et, d'urgence, elle appelle la pensée; de cette provenance monstrueuse, elle fait naître une vérité

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Dans sa folie, l'expérience de l'aporie fait appel à un acte de mémoire qui promet une structure tout autre, à venir

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L'hospitalité est l'essence du chez-soi - car si l'ipséité était la loi, elle rendrait fou

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Le pardon inconditionnel est fou : c'est une surprise, une révolution, un événement hétérogène à la politique et au droit, une éthique au-delà de l'éthique

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Le don, qui ne peut raisonnablement se donner "comme tel" qu'à condition de rester impossible, est contaminé par la folie

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Le don est toujours menacé par une folie disséminatrice, où la dépense n'attend aucun retour

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La vérité de la vérité, c'est cette folie, ce fond sans fond qu'il vaut mieux ne pas savoir ni avouer - pour rester, "peut-être", sans l'avoir ni l'être, l'ami de la vérité

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Sachant que la saturation sémantique est impossible, nous laissons aujourd'hui la dissémination nous faire perdre la tête

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Dans les dessins d'Artaud le Mômo se croisent deux généalogies : le retour de l'enfant innocent, du fou désarmé / le réquisitoire et les blasphèmes du dieu Momos, le railleur

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Le forcené n'est pas celui qui force, mais celui qui, comme Artaud ou Van Gogh, perd la raison en étant sensé comme nul autre

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A travers la rencontre des spectres, une semence de vérité indestructible, irréductible, revient par morceaux

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Le nazisme a montré que la langue pouvait devenir folle - et entraîner avec elle la loi et l'origine du sens

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[Une langue qui garderait le pouvoir de nommer - langue sacrée ou fantasme de langue maternelle - pourrait précipiter dans l'abîme : folie, catastrophe, apocalypse, mal radical]

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La sécularisation traduit la peur de répondre à l'appel d'une langue sacrée, l'effroi devant cette folie d'un Dieu qui, sans rien dire ou disant "Je suis rien", sortirait de son silence

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En sécularisant la langue sacrée, les sionistes ont ouvert un abîme sans fond au-dessus duquel ils marchent comme des fous, sans voir le mal sans limite qui pourrait arriver

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L'oeuvre de Jacques Derrida, entreprise autobiographique la plus périlleuse, courageuse et folle de ce temps, peut se lire : "Voici le circoncis"

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