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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Gramophonie contemporaine                     Gramophonie contemporaine
Sources (*) : [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)               [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2017, Page créée le 9 mai 2010 Excéder les technosciences

[La "gramophonisation" d'aujourd'hui est une parodie d'assentiment : dire "oui", automatiquement, à des voix enregistrées et reproduites comme vivantes]

Excéder les technosciences
   
   
   
Derrida, médias, télé - technique Derrida, médias, télé - technique
L'oeuvre, et le paradoxe du "oui"               L'oeuvre, et le paradoxe du "oui"    
Derrida, acquiescement, le "oui"                     Derrida, acquiescement, le "oui"    

1. Une réitération automatique.

Il aura fallu, selon Derrida, avant toute parole, tout langage, tout lien social, un double "oui" : (a) un "oui" primaire, primordial, plus vieux que le "oui" courant, acquiesçant à l'autre, s'engageant auprès de lui, lui promettant inconditionnellement, sans confirmation, ni garantie, ni preuve, croyance et confiance; (b) un second "oui" indicible, ineffaçable, qui aura répondu à l'accueil de l'autre. Sans cette double affirmation secrète, sans contenu, l'alliance primordiale n'aurait pas pu être scellée, il n'y aurait pas de rapport à l'autre.

Mais que se passe-t-il quand un "oui" est répété, cité, archivé automatiquement, enregistré à la façon d'un répondeur téléphonique ou d'une télécommande, sans véritable acquiescement? L'effet de gramophone, c'est quand la voix est reproduite a priori, réaffirmée sans désir, gardée pour être donnée à entendre, dans une "obsession télégramophonique" (Ulysse gramophone, p87). Alors le oui est mécanique, c'est un téléphone intérieur, un programme, le double mimétique de l'assentiment qui engage. D'innombrables fils nous relient les uns aux autres et forment un système de correspondances auquel aucune appartenance ne peut être assignée. Cette sorte de télépathie, c'est ce que Jacques Derrida appelle gramophoner. C'est une parodie du véritable assentiment, celui de l'alliance, de la signature et du don. Sa promesse n'a pas à être confirmée, car elle est répétée automatiquement. Elle nous hante.

La gramophonisation est puissament à l'oeuvre dans Ulysse ou Finnegans Wake, où le "oui" est répété des centaines de fois. Elle affecte le dedans de l'oeuvre, depuis le premier coup de téléphone de Bloom jusqu'au plus petit mot, aux cartes postales, lettres et télégrammes qui ne cessent de se déplacer. Mais cette obsession téléphonique est aussi le lieu où opère la différance. La voix enregistrée, aussi automatique soit-elle, promet quand même une présence encore indéterminée qui pourrait être, par exemple, celle de l'autre, du spectre ou du prophète.

 

2. Cinéma et médias : la généralisation du "oui" joycien.

"Mais nous entendons déjà cette gramophonie qui enregistre l'écriture dans la voix la plus vivante. Elle la reproduit a priori, en l'absence de toute présence intentionnelle de l'affirmateur ou de l'affirmatrice. Telle gramophonie répond certes au rêve d'une reproduction qui garde, comme sa vérité, le oui vivant, archivé dans sa plus vive voix. Mais par là même, elle donne lieu à la possibilité d'une parodie, d'une technique du oui qui persécute le désir le plus spontané et le plus donnant du oui" (Ulysse gramophone, p90).

James Joyce situe Ulysse en 1904, le moment où a été inventé le cinéma. Même muet, le cinéma était organisé autour de la voix humaine. Comme les médias d'aujourd'hui, il prétendait la garder présente comme telle et la reproduire indéfiniment. Alors que l'image ne déborde pas l'ordre de la représentation, la voix donne l'impression du présent-vivant. Toujours actuelle, unique, irremplaçable, elle nous affecte intérieurement. On retrouve cette capacité, démultipliée, avec l'illusion du "temps réel", qui ne cesse d'être perfectionnée par les machines de télécommunication. En prétendant montrer la chose même, la diffusion "en direct" produit un effet d'immédiateté qui occulte la fabrication de l'émission et la responsabilité de son producteur. Qui aura été le premier témoin de la scène montrée? On ne le saura jamais. La croyance ne s'embarrasse pas d'explications : si l'événement même est montré, il est indiscutable, il a un caractère sacré. Nous croyons en sa présence réelle, sa réapparition miraculeuse, comme les croyants en l'eucharistie. Cette médiatisation mondiale, télévisuelle, est indissociable du religieux. C'est le vecteur d'une spiritualisation générale, dans un espace public segmenté par l'Etat-Nation. Il faut désormais que l'adresse à l'autre passe par ce prisme.

Les télé-technologies tentent de faire croire qu'il n'y a plus ni écart ni différance - or justement, dans le système télé-audio-visuel, ce qui opère, c'est un effet de différance.

 

3. Le maintenant-présent de l'autre.

Dans son analyse du discours de Paul Celan, Le Méridien, Jacques Derrida définit un autre présent, distinct du présent-vivant husserlien qui confond l'être et la vie. Au lieu de s'entendre parler, un Je se divise, se tourne vers un autre, un "tu" qui n'est pas nécessairement vivant, qui peut être aussi une prothèse, un fétiche ou un mort, mais qui lui adresse la parole. Le partage dissymétrique qui s'instaure témoigne d'une autre présence. d'une autre adresse qui ouvre une possibilité singulière : que plus d'une parole, ou que des paroles hétérogènes, se rassemble(nt). Reçue ou non, arrivée ou non à destination, cette adresse poétique ouvre peut-être la possibilité d'un autre rapport aux technosciences.

 

 

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Propositions

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[Derrida, télé-technique, médias]

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La spécificité des télétechnologies d'aujourd'hui, c'est qu'on garde "vivantes" des choses (voix, visage, geste, regard) pour les reproduire plus tard comme prétendument "vivantes"

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Dès qu'il y a technologie de l'image, la visibilité porte la nuit (notre propre mort) et la croyance en une réapparition miraculeuse

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Un mot "gramophoné" est à la fois graphème et phonème : comme le YES anglais dans EYES ou le OUI français dans OUÏ-DIRE

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L'enregistrement de la voix est l'un des phénomènes majeurs du 20ème siècle

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Avant tout dispositif portant ce nom dans la modernité, la tekhnè téléphonique est à l'oeuvre, inscrivant la distance, la différance et l'espacement au-dedans de la phonè et de la voix

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L'essence du cinéma est l'immédiateté de la chose elle-même là, non pas reproduite mais chaque fois produite de nouveau

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Au cinéma, continuellement, on voit parler : la voix est toujours présente comme telle

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Seule la technique peut opérer l'"effet" de temps réel qui n'est qu'un effet particulier de différance

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Miracle des télé-technologies : avec l'enregistrement de la voix, un autre présent-vivant unique, irremplaçable, est archivé et spectralisé, auquel on peut croire ici et maintenant

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Dès lors que nous croyons que le prétendu "direct" est possible, le champ de la perception et de l'expérience est profondément transformé

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Dans la médiatisation d'aujourd'hui, on ignore qui est le responsable de l'émission et de la diffusion d'une information, qui en aura été le premier témoin

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A travers des machines qui le représentent dans sa présence vivante, on peut s'adresser à l'autre, lui parler, lui répondre - et même prier Dieu

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En prétendant montrer la chose même, en faisant tout pour effacer les dispositifs sur lesquels ils reposent, les médias télévisuels reconduisent la foi à l'état nu

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La mondialisation télévisuelle, où le médiatique est indissociable du religieux, est fondamentalement chrétienne

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Ce qu'on nomme aujourd'hui "retour du religieux", ce sont des phénomènes médiatiques, nationaux, spiritualisés et spectralisés, plus que des traditions religieuses

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Le poème témoigne d'une autre présence : une rencontre du "tu", qui laisse parler le maintenant-présent de l'autre

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Dans le judaïsme ou l'Islam, où le secret ne se montre pas, il faut déchiffrer, gloser, tandis que dans le christianisme où il se présentifie, il faut l'intérioriser par le deuil, le virtualiser

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Il faut bien, au commencement, quelque coup de téléphone : "Allô, j'écoute, je suis là, présent, prêt à parler et à répondre" - comme dans le "Shema Israel"

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Tous les réseaux de communication et de traduction, gramophoniques ou téléphoniques, attendent l'arrivée du prophète Elie : la promesse d'une voix extérieure

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