Dans la tradition platonicienne, la reproduction est condamnable. Elle est comme la mimesis : soit elle réussit, et elle ne sert à rien (car l'objet reproduit est toujours inférieur au réel); soit elle échoue, et elle est dangereuse, inauthentique. L'objection se retrouve sous une autre forme quand Walter Benjamin oppose l'oeuvre d'art, avec son aura, à la reproduction médiatique, fugace et répétitive. L'oeuvre est le lieu d'une tension. C'est son principe d'avoir toujours été reproductible, mais si elle n'était pas singulière, elle ne serait pas une oeuvre. Dans ce contexte et pour ce type d'objet, est-il légitime d'opposer ce qui se reproduit et ce qui n'a lieu qu'une fois? On peut trouver de nombreux objets ou événements qui résistent à cette opposition. Par exemple : une date, un poème, une photographie, toute chose qui se dépose sur le mode de l'empreinte.
Que se passe-t-il quand la reproduction se généralise? Quand une industrie comme celle du cinéma exige cette reproduction? Une réception collective simultanée étant impossible, on entre dans une crise. |