Il n'est pas répétition plus indéniable que la pulsion de mort. Peut-on contester la marche inéluctable de tout être vivant vers la mort? Peut-on nier que la vie soit fondamentalement conservatrice?
Une compulsion de répétition gouverne le désir. Rêves et névroses en témoignent. C'est ce que Freud appelle le masochisme primordial. Y a-t-il aussi une pulsion de vie, distincte de cette compulsion? On peut en douter.
Derrida propose un autre genre de répétition : celle du supplément, de l'excès. Elle s'ajoute à la première, elle la redouble à la façon de l'inquiétante étrangeté, elle tisse avec elle un texte.
Dans la représentation, la présence se répète. Elle peut apparaître comme réactivation d'une évidence idéale ou tentative de maîtrise, comme chez l'enfant.
La reproduction ne se confond pas avec la répétition : nous distinguons l'image reproduite (fugace) de l'image originale (durable).
Tout ne se répète pas. L'origine par exemple, peut être invoquée mais pas répétée, et la voix, courante ou mythique (comme celle de Bat Qol) en annonce l'écho.
Une force en nous évite la répétition. C'est ce qu'on appelle l'esprit.
Il y a de l'"une seule fois", de l'irrépétible. Une date ne se répète pas, ni un poème, ni un acte unique comme la circoncision. Artaud rêvait d'en rester là, quand le geste n'a lieu qu'une fois. C'était sa folie. Nous y adhérons encore, quand nous attendons l'événement unique.
S'il y a un au-delà de la répétition, c'est un temps d'errance. Si le livre subsiste, il n'est plus clos. |