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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Déconstruire, une langue sacrée                     Déconstruire, une langue sacrée
Sources (*) : Idvi : comment ne pas étudier ?               Idvi : comment ne pas étudier ?
Jacques Derrida - "Les Yeux de la langue - L'abîme et le volcan", Ed : Galilée, 2012, pp73, 83 Folie de la langue sacrée, maternelle

[Une langue de la déconstruction serait comparable à une langue sacrée - insécularisable comme l'hébreu, langue d'étude et de liturgie]

Folie de la langue sacrée, maternelle
   
   
   
[La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue) [La] matrice derridienne (ce qui s'en restitue)
Derrida, le judaïsme               Derrida, le judaïsme    
Pour plus d'une déconstruction à venir                     Pour plus d'une déconstruction à venir    

Cette formulation combine des indications données par Derrida dans les pages 73 et 83 de son texte Les Yeux de la langue (édition posthume), où il analyse la lettre écrite par Scholem en hommage à Rosenzweig en 1926. Il fait observer que pour nommer la sécularisation de la langue hébraïque, Scholem s'exprime en allemand, en latin ou en français - et pas en hébreu. Scholem parle de Verwertlichung ou de Säkularisierung (racine allemande et latine pour la sécularisation) en précisant : "La sécularisation n'est qu'une façon de parler" (en français dans le texte). Si c'est une façon de parler, c'est que pour un locuteur hébraïque, elle est impossible. Les vieux mots de la langue sacrée ne peuvent perdre ni leur caractère sacré, ni leur trop-plein de sens. Ils restent des mots de la langue sacrée, sans sécularisation possible. D'ailleurs ce mot, "sécularisation", est-il traductible en hébreu?

"Le principe de la question que j'aimerais ici poser, dans mon incompétence même, serait le suivant : que peut-on traduire, dans l'hébreu sacré ou dans la sémantique qu'il enjoint, par Verweltlichung? Quel est l'équivalent juif pour l'opposition spirituel/mondain, sacré/séculaire, etc.? Y en a-t-il un et quel en est l'enjeu pour cette "confession au sujet de notre langue" (Bekenntnis über unsere Sprache). Plus bas, au lieu de Verweltlichung, mot consacré, pour "laïcisation", "sécularisation", Scholem utilise entre guillemets le mot "Säkularisierung", comme s'il y avait un jeu de mots allemand ou latin autour de l'hébreu sacré, la langue intouchable, langue d'étude ou langue liturgique" (Les Yeux de la langue, p73).

Derrida glisse facilement du mot "hébreu" au mot "juif", comme si tout ce qui est hébreu était juif et réciproquement. Le problème se pose, dit-il, pour "un penseur juif"; et à propos de la traduction, ce n'est pas d'un équivalent hébreu dont il parle, mais d'un "équivalent juif". Et quand Scholem veut désigner un locuteur hébreu, il parle de "notre langue" - car il est évident pour lui que l'hébreu est la langue des Juifs. On peut en déduire que, malgré la forme interrogative de la phrase, il ne peut y avoir de sécularisation ni pour un locuteur hébreu, ni pour un Juif.

Or, avant une longue citation de Stéphane Mosès, Derrida conclut ce livre sur la déconstruction. Qu'est-ce qui caractériserait "une pensée de la langue, une expérience de la langue qui permet de déconstruire les oppositions"? Elle ferait courir le risque d'un rejet de la science et de la philosophie. En d'autres termes, la langue de la déconstruction, comme la langue sacrée, ne serait pas sécularisable. Le mot de "laïcité" ne pourrait pas se dire dans cette langue - et d'ailleurs Derrida ne l'emploie presque jamais dans son œuvre.

De cette logique, on pourrait retirer une série de formulations paradoxales, par exemple : La langue de la déconstruction n'existe pas, mais elle est sacrée. Ou bien : En tant que langue philosophique, la déconstruction est séculière, mais elle détruit nécessairement la sécularité.

On pourrait aussi déduire de cela quelques considérations sur le rapport de Jacques Derrida à la langue hébraïque. On sait qu'il évite généralement de citer des mots hébreux. Il y a quelques exceptions, mais il cite presque toujours l'Ancien Testament dans une langue vernaculaire, parfois en latin ou en grec, mais très rarement en hébreu. Pourrait-on analyser cet évitement comme une inquiétude devant une contamination de son idiome à lui, la langue de la déconstruction, par la langue sacrée des Juifs? Et s'il craignait les effets imprévisibles du rapprochement de ces deux langues?

 

 

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Propositions

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"A propos de notre langue, une confession" (lettre écrite par Gershom Scholem, en hommage à Franz Rosenzweig, pour son 40è anniversaire, le 26 décembre 1926)

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L'usage sécularisé de l'hébreu pourrait, selon Scholem, se révéler funeste, destructeur, si l'infinité de sens que porte en silence cette langue sacrée explosait sans contrôle

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En déconstruisant l'héritage, nous habitons le paradoxe d'une responsabilité sacrificielle : risquer une expérience de la langue qui fasse revenir les forces qu'elle refoule

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