Derrida
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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la tora                     Derrida, la tora
Sources (*) : Derrida, la traduction               Derrida, la traduction
Jacques Derrida - "Psyché, Inventions de l'autre (tome 1)", Ed : Galilée, 1987, p235

 

Enluminure- la tour de Babel dans une lettre -

La tâche du traducteur

L'événement du texte sacré, c'est qu'en commandant une traduction sans laquelle il ne serait rien, il se fait acte de langage, modèle et limite de toute écriture

La tâche du traducteur
   
   
   
Derrida, la tour de Babel Derrida, la tour de Babel
Un retrait inouï à mettre en œuvre               Un retrait inouï à mettre en œuvre  
D'un "texte sacré" à la déconstruction                     D'un "texte sacré" à la déconstruction    

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Pour Walter Benjamin, le traducteur suppose qu'il existe dans l'original une "langue de la vérité", une teneur authentique et pure vis-à-vis de laquelle il se reconnaît une dette. En mariant les deux langues, en les complétant l'une par l'autre, en les ajointant, il promet un événement symbolique : la réconciliation entre les langues, l'émergence d'un facteur d'unité qui viendrait se substituer à la langue perdue. L'original se donne comme un nom propre ou comme le nom de Dieu. L'idéal de toute traduction, le traductible pur (p215), ce royaume à la fois "promis et interdit où les langues se réconcilieront et s'accompliront" (Benjamin), se ferait dans la langue même du texte - mais le lecteur ne peut le lire que dans une autre langue. Il n'y a pas de communication possible.

Le texte sacré auquel fait allusion le premier verset du texte biblique sur la tour de Babel ne renvoie ni à une langue historique, ni à une langue universelle, ni à une langue naturelle, mais à cette affinité qui fait que toutes les langues sont parentes, qu'elles se rapportent l'une à l'autre sur un mode inouï. La traduction promet un accord entre les langues, une harmonie qui ne résulterait pas d'une sommation, mais d'une résonance. Les langues se croisent et se supplémentent, chacune donne à l'autre ce qui lui manque. Il y a du messianisme dans ce processus : la traduction annonce la survie des œuvres pour l'éternité, une regénérescence perpétuelle. Elle rend présent ce qui est absent, nous met en rapport avec le véritable langage. Mais celui-ci est intraduisible, inaccessible. La tâche est impossible, son éloignement est irréductible.

Le récit de la tour de Babel, le plus sacré, le plus poétique, le plus originaire des récits (p219) énonce la limite, le modèle pur de toute écriture (p224). En appelant la traduction, il appelle la dette et le devoir de traduire. Mais l'à-traduire demeure infiniment éloigné, ce qui peut conduire à la folie, au silence (Hölderlin traduisant Sophocle), à la prophétie.

Enluminure : la tour de Babel inscrite dans la lettre h.

 

 

Pour Derrida, le texte biblique de la tour de Babel (voir ici) est l'essence même du texte sacré. Il est l'événement qu'il raconte, la loi dont il parle, l'acte de langage qu'il profère. Sous cet angle, il est unique. D'un seul coup, en clamant son nom, le Dieu-Babel aura imposé sa loi de déconstruction. Dans le même temps, il interdit de traduire et il prescrit cette tâche, il affirme son nom et pleure pour qu'il soit lu, déchiffré, il montre et dérobe la limite. Il n'est pas nécessaire que ce texte sacré ait un sens en lui-même, car il ne communique rien d'autre que la lettre, il attend tout des traductions. Ce qui se répète en lui, c'est un rythme, un pas-de-sens. Délivrée du corset de sens par l'exigence du labeur infini du traducteur, la lettre cesse d'opprimer. Ce sont toutes les tours qui sont déconstruites par ce texte.

Le texte sacré est modèle de l'écriture en général. Il commande, il exige sans déterminer quoi à l'avance.

 


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