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Ozzy Gorgo                     Ozzy Gorgo
Sources (*) :                
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 16 mars 2008

L'écranophile (Ozzy Gorgo, 1988-2019) [Ecrano]

   
   
   
                 
                       

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Il est vrai qu'il m'est arrivé, quelquefois, d'écrire sur des films, mais il n'y a rien que je déteste autant que la critique de film. Un film n'a pas à être critiqué, ni analysé, ni décortiqué, il doit être vécu du début à la fin et dans l'ordre, sinon ça n'a pas de sens. Mais ce que j'entends ici par "vivre" n'est pas seulement le ressenti. Vivre, c'est être un élément de ce qui se vit dans le film, c'est-à-dire de sa propre vie. Je ne regarde pas les films : je m'y intègre, je m'y incorpore, et pour ça je n'ai rien à faire, c'est dans l'essence même du cinéma. Alors quand j'en fais des commentaires, et parfois même que je les publie, ce sont uniquement ceux qui m'engagent, moi personnellement ou mes proches. Je n'écarte pas toute érudition (au contraire), mais seulement l'érudition livresque et académique.

 

 

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Formulations à partir de ce texte (les têtes de chapitre sont entre crochets) :

 

[Par le cinéma se déploient les fictions, les croyances, les discours et les codes qui font notre quotidien]

[Le cinéma est l'art populaire où l'humanité actuelle se forme et s'expose]

[Sur des films (rémanences orloviennes)]

Il y a profération quand ça change l'ordre du monde

L'écranophile (Ozzy Gorgo, 1988-2019) [Ecrano]

[Ozzy Gorgo]

L'immoralité paie, si elle est soutenue par le hasard (Match point, film de Woody Allen, 2005)

Il est "minuit à Paris" et la différance, insistante, fait craquer les couples (Minuit à Paris, Woody Allen, 2011)

Barbara (Mathieu Amalric, 2017) - Et plus c'est dédoublé, et plus c'est elle, unique

Phantom Thread (Paul Thomas Anderson, 2017) - Le fil invisible, ou la caméra comme hymen

Mother! (Darren Aronovski, 2017) - Un Christ déjà mort, sacrifié avant même sa naissance, anéantit l'avenir

Rien ne peut arrêter une femme qui veut démontrer l'impuissance masculine (Boarding Gate, film de Olivier Assayas, 2006)

The Strange Thing About the Johnsons (Ari Aster, 2011) - Pour échapper au jugement, il ne suffit pas que l'autre prenne sur lui tout le poids de la faute

Hérédité (Ari Aster, 2018) - Il aura fallu, pour que le fils prenne la place de l'antéchrist, carboniser le père, décapiter les femmes, réduire le logos en cendres

Pour être juif et laïc, il faut s'adresser à l'étranger qui est en soi (Dieu est grand, je suis toute petite, film de Pascale Bailly, 2001)

Tesnota, une vie à l'étroit (Kantemir Balagov, 2017) - Par les brèches de la famille, les fissures de la communauté, s'insinue une extériorité irréductible

"Il faut que la vie soit un film"; mais alors la plus grande menace est la fin du film; (r)entrer dans la vie, c'est en sortir (Un été avec Monika, film d'Ingmar Bergman, 1953)

Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003) : "Trouver le coupable, c'est impossible, mais ne pas trouver de coupable, c'est intenable, insupportable"

Liliom (Frank Borzage, 1930) - Qui aime sans calcul ni condition, sans exiger aucune réponse, peut ressentir un baiser pour un coup

Pas de plaisir sans timidité, et sans éradication de la timidité [Le plaisir (et ses petits tracas), film de Nicolas Boukhrief, 1997]

"Mon père, pour moi, était mort dès le départ" (Les lois de la famille, film de Daniel Burman, 2005)

120 battements par minute (film de Robin Campillo, 2017), ou "Comment faire le deuil de soi-même?"

Trop rouge le sang des meurtres et celui du viol, trop beau le film sur la violence ("La reine Margot", film de Patrice Chéreau, 1994)

On peut jouir d'un seul coup, en une seule fois, la jouissance de toute une vie ("Gabrielle", film de Patrice Chéreau, 2005)

Le seul homme qui vaut la peine - "il faut qu'il meure" (La fille coupée en deux, film de Claude Chabrol, 2007)

Mes Provinciales (Jean-Paul Civeyrac, 2018) - Les seuls amis qui me restent sont ceux qui ne répondent pas

Le premier film parlant, "Le Chanteur de Jazz" (Alan Crosland, 1927) a pour thème la dissociation voix/corps/identité; il veut faire croire à leur coïncidence impossible

Après tout, ce n'est pas un crime de vouloir rester jeune (La Comtesse, Julie Delpy, 2010)

Vous n'y pouvez rien, vos fils vous sont étrangers, même s'ils sacrifient leur coeur pour vous (L'intrus, film de Claire Denis, 2004)

"Une vie violente", film de Thierry de Peretti (2017) - ou le militantisme comme tragédie sacrificielle

On ne peut se venger que par un fantasme parfait (La tourneuse de pages, film de Denis Dercourt, 2006)

L'homme d'aujourd'hui, ce fantôme, ne sert d'appui que si sa présence s'évanouit (La vengeance d'une femme, film de Jacques Doillon, 1989)

La Coquille et le Clergyman (Germaine Dulac, 1928) - Il n'y a rien à attendre de la différence des sexes

Dans le "Hors-Satan" de Bruno Dumont (2011), rien ne permet de prendre ses distances à l'égard des clichés les plus conventionnels

Dans "Camille Claudel 1915" (film de Bruno Dumont, 2012), rien ne transpire du secret de Camille; c'est ce qui fait la beauté irremplaçable du film, et aussi sa faille

"Az én XX. századom" (Ildiko Enyedi, 1989) "Mon vingtième siècle" est double - et je peux jouer, dans le plaisir et la douleur, sur cette duplicité

"Corps et âme" (Ildikó Enyedi, 2017) : Il faut choisir librement ce qui, déjà, en secret, habite nos rêves

Pour montrer la figure de l'horreur, il faut prendre ses distances, dynamiter les genres ("Valse avec Bachir", film d'Ari Folman, 2008)

Goya, artiste, personnifie les paradoxes et contradictions insurmontables de la modernité (Le fantôme de Goya, film de Milos Forman, 2005)

"Tout va bien" (Jean-Luc Godard, 1972) : le cinéma est l'envers de l'argent, mais il ne peut y avoir de cinéma que s'il l'excède

Passion (Jean-Luc Godard, 1982) - Faire film de l'aporie, c'est-à-dire du désert

En répétant deux fois son nom dans le titre "JLG/JLG", Jean-Luc Godard redouble l'écho de sa propre voix ("Autoportrait de décembre", film de 1994)

"Zidane" (le film de Philippe Parreno et Douglas Gordon, 2006), a pour thème l'omniprésence du corps et de la voix

Même morte et enterrée, une voix est toujours porteuse de désir (Pont des Arts, film d'Eugène Green, 2004)

Nul n'est indifférent à sa filiation (Le voyage en Arménie, film de Robert Guédiguian, 2006)

Senses 1 & 2 (Ryusuke Hamaguchi, 2015) - Il reste aux femmes qui se retirent de la domination masculine à vivre dans l'incertitude

Entre tous les passés et les futurs possibles, il est impossible de trancher (L'immeuble Yakoubian, film de Marwan Hamed, 2005)

Si la mémoire de la guerre d'Algérie se transmet, c'est par des traumas qui restent secrets, inavoués (Caché, film de Michael Haneke, 2005)

"Gens de Dublin" ou "The Dead" (John Huston, 1987) - le film qui fait entendre la phrase : "Je suis mort"

Traité de bave et d'éternité (Isidore Isou, 1951) : Le cinéma est un art discrépant, où sons, images, significations, etc., quoique simultanés, ne parviennent pas à s'accorder

Après tout, malgré tout ce qu'on prétend, il n'est pas impossible d'être père! (Broken flowers, film de Jim Jarmusch, 2004)

Il faut préserver le rapport sexuel, car c'est le seul rempart contre un ennui mortel ("L'ennui", film de Cédric Kahn, 1998)

Le goût du ciment (Ziad Kalthoum, 2017) - Du vacarme de la guerre, on ne peut rien dire : elle ne répond pas

"L'homme sans passé" (Aki Kaurismäki, 2002) - Au lieu de demander pardon, on peut rêver d'une amnésie purificatrice qui annule les fautes, innocente, émancipe du passé

Dans "L'Arrangement" (1969), Elia Kazan montre qu'aucun arrangement ne peut suspendre la décision inconditionnelle de l'autre

Le film d'Abdellatif Kechiche, "La vie d'Adèle" (2013), montre une bouche-hymen qui mange, lèche, suce, jouit, parle, enseigne et pleure - sans réussir à vivre

Dans ce monde de médusation générale, nous flottons ("Les Méduses", film de Etgar Keret et Shira Geffen, 2006)

Avec la Shoah, la vie s'est arrêtée : il ne reste plus que des survivants (Etre sans destin, film de Imre Kertész, 2006)

The Third Murder (Hirokazu Kore-Eda, 2017) - Le jugement final, c'est que nul ne peut témoigner de la vérité

On ne paie jamais pour ses propres fautes, mais pour celles d'un autre (Shozukai, film de Kiyoshi Kurosawa, 2012)

Vers l'autre rive (Kiyoshi Kurosawa, 2015) - Je ne re-viens pas pour vivre une autre vie, mais pour re-vivre la vie que j'ai déjà vécue

Le secret de la chambre noire (Kiyoshi Kurosawa, 2016) - Il faut, pour photographier, immobiliser l'être aimé, se charger de sa mort

On peut mettre en film le pur plaisir d'être une femme ("Caramel", de Nadine Labaki, 2006)

Il arrive qu'une famille divisée s'unisse - mais pour le malheur (Family Business, film de Sidney Lumet, 1989)

Le destin de Laura Palmer ne diffère pas de celui des autres personnages : morts, mais toujours présents (Twin Peaks, série de David Lynch, 1989-90)

Dans "Lost Highway" (film de David Lynch, 1997), une figure de défilement routier fait le lien entre les éléments d'un récit dont la diffraction est irréductible

Nul ne dispose d'un héritage, pas même son propriétaire ni son spectre ("Guêpier pour trois abeilles", film de Joseph Mankiewicz, 1969)

La Jetée (Chris Marker 1963) - Le moment pour moi le plus désirable, celui où je désire revenir avec le plus d'intensité, c'est celui où, déjà, j'ai vécu ma mort

Aujourd'hui les pères sont des losers, il est temps qu'ils disparaissent pour laisser la place au père idéal - c'est-à-dire mort (American Beauty, film de Sam Mendes, 1999)

Truman Capote prétendait sauver les tueurs; il n'a même pas réussi à se sauver lui-même (film de Bennett Miller, 2005)

Un frère mort, disparu, peut gouverner une vie et peut aussi induire une philosophie ("Un secret", film de Claude Miller, 2007)

"Nous sommes sortis de l'ère de l'abandon, espérons que nous rentrons dans l'ère de l'hospitalité" (Les Noces de Dieu, film de Joao Cesar Monteiro, 1999)

On ne me propose plus qu'un seul chemin, celui du bavardage vide (Palombella Rossa, film de Nanni Moretti, 1989)

Au crépuscule du cinéma muet, "L'Aurore" (film de F. W. Murnau, 1927) marque aussi l'apogée de la beauté adhérente en art

Memento (Christopher Nolan, 2000) : "Il faut que tu te souviennes, même si, dans la pure présence, tu ne peux te souvenir que de rien"

Inception (Christopher Nolan, 2010) - Il faut, pour surmonter sa culpabilité, faire l'expérience de l'impossible

Le monde ancien se vide (Voyage au début du monde, film de Manoel de Olivera, 1996-97)

Pour un homme, faire jouir une femme est un plaisir sans limite; on peut tout donner pour cela, y compris son sexe, sa vie ("L'Empire des Sens", film de Nagisha Oshima, 1976)

Le seul véritable secret, c'est celui que nul ne peut avouer (Huit femmes, film de François Ozon, 2002)

L'amant double (François Ozon, 2017), ou : "Je suis double mais l'autre en moi, mon jumeau, est déjà mort" - un dédoublement qui ne franchit pas la limite du "deux"

Même en l'absence de deuil, je porte en moi le monde de l'autre : "C'est l'éthique même" (Une belle fin, film de Uberto Pasolini, 2013)

"Hatufim" (série israëlienne de Guideon Raff, 2010-2012) - Par sa perte absolue d'identité, la situation du prisonnier de guerre radicalise celle du soldat

Dans "Le bled" (1929-30), Jean Renoir détourne le contexte colonial pour glorifier le sentiment amoureux

Dans "La règle du jeu", film sur l'égalité, Jean Renoir montre un bouc émissaire qui pourrait être n'importe quel homme

Ce que j'ai de plus singulier a déjà été dit par la voix la plus courante : celle de la chanson ("On connait la chanson", film d'Alain Resnais, 1997)

"La belle Noiseuse" (film de Jacques Rivette, 1991) démontre l'impossibilité de l'art, et creuse son tombeau

Il aura fallu, pour entendre le témoignage de l'autre, donner la mort au Christ muet ("L'ornithologue", film de João Pedro Rodrigues, 2016)

Dans le film "Manifesto", de Julian Rosefeldt (2015), c'est l'art en personne qui déclare, à travers ses manifestes : "Sauf l'art, rien ne peut être sauvé"

Mon père est si complaisant à l'égard du nazisme que je ne peux faire autrement que de me tuer moi-même ("Allemagne année zéro", film de Roberto Rossellini, 1948)

Généalogies d'un crime (Raoul Ruiz, 1996) : monstrueux le fils obligé d'assassiner une mère déjà morte, un père déjà suicidé, au prix de sa vie

Mariana (Marcela Said, 2017) "Vous êtes tous des criminels, je veux bien vivre parmi vous, mais je ne vous ferai pas d'enfants"

Le Vénérable W. (Barbet Schroeder, 2017) - à la jonction, incalculable, du mal et du politique

La collision de mondes clos n'ouvre ni avenir, ni survie (Ajami, film de Scandar Copti et Yaron Shani, 2010)

Le film "Effets secondaires" de Steven Soderbergh (2013) est construit pour qu'on ne puisse en tirer aucune conclusion définitive : un thriller aporétique

Le Graal est une autre identité, une identité d'ailleurs (Indiana Jones et la dernière croisade, film de Steven Spielberg, 1989)

La position du père étant devenue intenable, on ne peut faire semblant de la tenir qu'au prix d'une permutation avec le fils ("Hook", La revanche du capitaine Crochet, Spielberg, 1992)

Nous sommes protégés par une immunité quasi-miraculeuse, qui tombe du ciel (La guerre des mondes, film de Steven Spielberg, 2004)

Ready Player One (Steven Spielberg, 2018) - Un film ne peut se présenter comme réel, virtuel, fantastique ou autre que parce qu'il est indiciel, indicatif

Mariken van Nieumeghen (Jos Stelling, 1974) - Plus la transgression est excessive, et plus elle reconduit le cycle de la dette

L'Horloger de Saint Paul (Bertrand Tavernier, 1974) - quand la mise en acte d'une justice inconditionnelle, non négociable, appelle une solidarité sans réserve

Notre époque ne peut imaginer d'autre salut que le plaisir comme bien public (Barbarella, film de Roger Vadim, 1968)

"Il faut œuvrer", à condition que l'œuvrance reste suspendue à l'indécision ("Good Will Hunting", film de Gus Van Sant, 1997)

Dans l'"Homme à la caméra" (1929), Dziga Vertov met le leurre cinématographique en œuvre tout en le tenant à distance, le démontant et le déconstruisant

Les nazis sont arrivés au pouvoir car le vieux monde s'était déjà effondré (L'ange bleu, film de Josef von Sternberg, 1929-30)

Au cinéma, la sainteté est la voix pure, séparée du corps ("Breaking the Waves", film de Lars Von Trier, 1996)

L'hypersensibilité tragique d'Edvard Munch est l'écho de notre époque (La Danse de la vie, film de Peter Watkins, 1974)

Menashe (film de Joshua Z. Weinstein) : "Dès que je m'efforce de la respecter, la loi défaille"

Les Heures sombres (Joe Wright, 2017) - Les décisions majeures s'imposent d'elles-mêmes; aucun calcul, raisonnement ni intérêt ne suffit à les justifier

"Puisque je suis déjà mort, je n'ai pas d'autre solution que de disparaître", se dit le petit Aliocha dans "Faute d'amour", film d'Andreï Zviaguintsev (2017)

 


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