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Le récit de l'Orloeuvre  

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                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Art, désir                     Art, désir
Source : L'humain fabrique du supplément               L'humain fabrique du supplément

A partir de notes prises lors d'une conférence donnée par Jean-Luc Nancy le 10 mars 2006 à l'Ecole Normale Supérieure, dans le cadre d'un séminaire sur Jacques Derrida organisé par Marc Crépon.

L'oeuvre, foyer de tension

En offrant une prime de plaisir, l'image d'art génère une tension supplémentaire qui maintient le désir

L'oeuvre, foyer de tension
   
   
   
L'oeuvre déborde L'oeuvre déborde
                 
                       

Pourquoi la représentation fait-elle plaisir? La bonne photo suppose un rapport avec l'absence de cette chose que nous voyons, avec le fond infini qui est au fond de l'image (ce qui explique que le plaisir soit mêlé de déplaisir). Ce qui s'est passé n'est plus. Nous aimons voir et revoir ce type de photo, encore et encore, alors que nous nous lassons de l'image banale.

Le plaisir du désir précède le plaisir final (satisfaction, décharge). La théorie esthétique de Freud, présentée dans son livre sur le Witz, qui est son livre d'esthétique, tient toute entière dans le principe de la prime de plaisir, ce plaisir en supplément qui permet d'accepter la décharge du plaisir final (celle de la pulsion). Grâce à cette prime, nous pouvons jouir de quelque chose d'interdit. Freud dit que ce concept de prime de plaisir est expliqué dans un autre livre, Les trois essais sur la théorie de la sexualité, qu'il a écrit exactement en même temps. Le concept homologue à la prime de plaisir est la Vorlust (plaisir préliminaire) qui est le plaisir du désir. Comment peut-il y avoir du plaisir dans ce qui n'est pas la satisfaction, mais un accroissement de tension? Freud renvoie au mot d'esprit et n'explique rien.

Tout se passe comme si c'était dans une tension maintenue entre l'esthétique et la sexualité qu'il fallait essayer de déchiffrer cette affaire du plaisir préliminaire. Le Vorlust qui vient avant le désir pour le rendre possible, qui accompagne la montée du désir, ce plaisir est un plaisir de tension. Freud touche là à la question de l'image, car le plaisir de la tension dans la tension, qui est peut-être le seul véritable plaisir (l'autre est la fin du plaisir), ce plaisir ne peut être qu'esthétique. C'est ce plaisir esthétique qui a lieu dans tout ce que Freud analyse autour des zones érogènes. La découpe des zones est comme une découpe d'image.

L'image procède du désir d'altérité. En elle s'ouvre une différance. Pour employer les termes de Jacques Derrida, l'hétéro-affection émerge dans l'auto-affection. Quelque chose du fond (le désir) vient à la forme et fait voir l'image. Une tension est créée, maintenue par le plaisir en-plus, le supplément. Tel est le principe de l'image, celui par lequel elle peut être faite loi ou modèle pour tous les autres arts, y compris la musique et le cinéma.

     


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