Le fait qu'on puisse se poser cette question, Qu'est-ce que l'Internet? montre que nous lui supposons spontanément une certaine existence. Il y a un être de l'Internet. Qu'on conteste cette formulation ou qu'on l'accepte, le fait qu'elle puisse être énoncée est en soi un événement. Internet est un objet ou un monde que nous découvrons par l'expérience. On ne peut pas le réduire à une seule dimension : chacun de ses pôles génère sa propre définition.
Dans l'expérience de son usage, il nous rapproche. Issu historiquement du téléphone, il ressemble à une vaste conversation. Des consciences s'y connectent et le vivent comme un espace. Il produit un imaginaire, des idéaux.
Sa nature machinique est oubliée quand il marche. Quand elle se révèle, par exemple lors de pannes ou de dysfonctionnements, le web apparaît pour ce qu'il est : un système de codes, de langages et de normes dont la cohérence est loin d'être assurée.
L'Internet est un temps de rupture dans la transmission du savoir. Est-ce le quatrième temps de la révolution galiléenne, quand la parole perd sa position centrale?
On peut considérer l'Internet comme un lieu où sont mis en réserve des textes, des images, des objets. Exclusivement faits de codes, de systèmes d'oppositions binaires, ces lieux devraient être fixes, immobiles et muets. En pratique ils sont altérés, pris dans une autre logique, un mouvement, une dynamique. Il faut les gouverner par des normes, des lois. Se pourrait-il qu'il y ait dans l'Internet des traces, des semences susceptibles de produire plus que ce qu'elles sont, de générer du discours? Un processus analogue à la pensée?
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