Derrida
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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Biologie, le texte du vivant                     Biologie, le texte du vivant
Sources (*) : Derrida, la vie, la survie               Derrida, la vie, la survie
Jacques Derrida - "Séminaire 1975-76 "La vie la mort"", Ed : Seuil, 2019, pp110-113 Derrida, médias, télé - technique

[En analysant leur ultime référent, le vivant, comme un texte, la biologie et les sciences humaines altèrent l'axiomatique même qui sous-tend leurs énoncés]

Derrida, médias, télé - technique
   
   
   
Derrida, le référent Derrida, le référent
Derrida, texte, hors - texte               Derrida, texte, hors - texte    
[La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)                     [La] matrice derridienne (ce qui s'en prescrit)    

1. Rien en-dehors du texte.

Georges Canguilhem dès 1968 dans Le concept et la vie, et François Jacob en 1970, dans La logique du vivant, font observer que la biologie moderne s'exprime en termes de messages, codes, instructions, informations, etc. des termes qui renvoient à la dimension du langage plutôt qu'à la physique ou à la chimie. Le biologiste n'écrit pas un texte sur quelque chose qui serait hors texte (un référent naturel), mais sur un objet lui-même textuel dans sa structure, "un mécanisme permettant aux êtres vivants de produire des copies d'eux-mêmes, un peu comme la machine à imprimerie produit des copies d'un texte" (LV, pp27-28). François Jacob parle à de nombreuses reprises de texte chimique ou de texte génétique dans son livre. Reprenant ce vocabulaire, Derrida fait remarquer que si le référent ultime, le vivant, est analysé comme un texte, et si les sciences du vivant sont elles-mêmes des textes, alors pour le biologiste "la textualisation de son objet et de son sujet ne laisse rien hors d'elle" (LVLM p110) [ce qui rappelle le célèbre énoncé derridien : "Il n'y a rien hors du texte"]. Si la place des sciences de la vie (y compris les "sciences humaines", dont la psychanalyse, l'histoire, la sociologie, etc.) est aussi singulière, incomparable, c'est parce que leur texte résonne avec les autres champs du vivant et avec le vivant lui-même. Ne renvoyant qu'à des éléments du texte, le vivant ne peut être traduit que par les produits de sa propres traduction : c'est la structure de la fable.

 

2. Texte et programme.

Dans l'introduction de son livre, François Jacob insiste sur la notion de programme, qui permet selon lui de faire disparaître "certaines des contradictions que la biologie avait résumées par une série d'oppositions : finalité et mécanisme, nécessité et contingence, stabilité et variation" (LV p10). Cette notion semble concilier l'absence de but des organisme en général (l'évolution contingente des espèces) et la finalité de chaque organisme (reproduire et perpétuer l'espèce). Sans qu'aucune volonté ne le choisisse, des "instructions" sont transmises de génération en génération. Mais s'il y a dessein, fait observer Derrida, c'est que la structure du logos est impliquée. Le logos remonte toujours au logos, ce qui suppose que le programme soit orienté selon une visée déterminée, à la manière de l'institution universitaire. Cette position reste aristotélicienne, hégélienne. Mais si, au-delà du programme, l'on considère le vivant comme un texte, comme l'affirme par ailleurs François Jacob lui-même dans d'autres chapitres de son livre, alors on peut se détacher de toute philosophie de la vie. Ce qui arrive au vivant est imprévisible, supplémentaire.

 

3. Concept, métaphore, science.

Si la science biologique est aussi un texte, si son statut ne diffère pas de celui du vivant, alors elle est aussi exposée à l'imprévisible, à l'événement. Ses concepts évoluent, sans jamais atteindre l'adéquation complète à la chose. L'opposition concept / métaphore, aussi rassurante soit-elle, est remise en question par le progrès même de la science. S'il n'y a ni idée directrice dans la nature, ni dessein pré-établi, ni méta-texte, alors il n'y a pas non plus de science coupée de la langue courante. Les concepts sont toujours aussi, en même temps, des métaphores.

Ce texte silencieux, sans voix, n'est pas seulement un modèle pour une connaissance objective, il est la structure même du vivant, commune au biologiste et à la science. Il en résulte une continuité, une résonance qui "transforme la structure du savoir, de l'objectivité de la connaissance, de la référentialité du discours scientifique, du concept même de modèle" (p113). Cette transformation confère au discours biologique des pouvoirs et des risques tout à fait singuliers.

 

4. Texte et reproduction.

On est toujours dans la logique textuelle quand on affirme, comme François Jacob, que la seule définition possible du vivant, c'est sa capacité à se reproduire ou plus exactement à s'auto-affecter, s'auto-reproduire. En soutenant que cette capacité est le but, le sens, le projet du programme de l'être vivant, Jacob renoue avec le mode de pensée de la métaphysique. Il faut au vivant une cause, un dessein, un destin : se reproduire. En récusant cette téléologie, Derrida privilégie une autre logique, celle de la dissémination. La différence des sexes, la sexualité et la mort n'étaient pas nécessaires, elles sont arrivées du dehors comme facteur surnuméraire, événements non prévus, non anticipés, venant en plus. Il n'y a pas de logique à cela, mais une inscription, une graphique du supplément, que les concepts habituels ne suffisent pas à nommer.

Cela pose la question de l'origine. Le vivant n'ayant ni modèle, ni finalité, il ne s'inscrit pas dans une causalité classique. Comment nommer ce qui arrive ? Des mots comme créer ou engendrer sont ressentis comme théologiques, métaphysiques, suspects. On préfère parler de "production" (par les gènes) ou de reproduction d'une chaîne d'instructions. On cherche des modèles du côté de l'animal, de la machine, de la communication ou de la linguistique : mais c'est revenir au point de départ. Pour sortir de cette circularité, le biologiste doit reconnaître la textualité du vivant. Il ne doit plus comparer, mais traduire. Faute de mieux, ce sont des métaphores qui viennent sous sa plume.

 

 

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Propositions

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Le vivant, ce texte qui ne renvoie qu'à des éléments du texte, ne peut être traduit que par les produits de sa propre traduction - c'est la structure de la fable

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Dans la conception biologique du vivant comme dans l'institution universitaire, des programmes reproduisent l'héritage, orientés vers un logos, une finalité sans sujet

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A vouloir garder intacte l'opposition traditionnelle de la métaphore et du concept, on s'interdit de rien comprendre à l'histoire de la science, et aussi d'y contribuer

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On ne peut, dans le rapport métaphore-concept, sauver à la fois la téléologie et la coupure épistémologique

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Au texte des sciences de la vie, commun au vivant et au biologiste qui les énonce, s'attachent des pouvoirs tout à fait singuliers

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La différence des sexes, la sexualité et la mort surviennent, imprévisiblement, dans une graphique du supplément

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Pour parler "scientifiquement" du sexe ou de la mort, les concepts habituels ne suffisent plus

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Si le vivant se définit par son auto-reproductibilité, alors il n'a ni modèle, ni finalité, sa logique transforme la logique courante, son concept est à peine concevable

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Les mots "production" ou "reproduction", qui remplacent des termes comme "créer", "engendrer", viennent combler sans les résoudre les vides du discours moderne

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Il n'y a jamais eu de modèle pour le vivant

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Tout appel à un modèle, sur le mode économique de la comparaison, tend à prendre une forme circulaire où le modèle a pour finalité de devenir le modèle de son modèle

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