Derrida
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook Le cinéma en déconstruction, suivre sur Facebook

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
(Cinéloft) : En exigeant d'être traduit                     (Cinéloft) : En exigeant d'être traduit
Sources (*) : Orlolivre : comment ne pas babéliser?               Orlolivre : comment ne pas babéliser?
Pierre Delain - "Le cinéma sans condition", Ed : Guilgal, 2018, Page créée le 20 janvier 2016 Un retrait inouï à mettre en œuvre

[(Cinéloft) : En exigeant d'être traduit dans une langue qui n'est pas la sienne]

Un retrait inouï à mettre en œuvre
   
   
   
                 
                       

On pourrait parler de "langue du cinéma" s'il y avait une telle langue en général. Il y a sans doute des figures, des codes, des éléments de langage, mais pas assez unifiés pour produire une langue de cinéma, une seule. Langue ici doit s'entendre dans sa signification la plus large qui inclut les sons, les bruits, les images, les gestes, les voix, les styles de montage, de vitesse ou de luminosité, etc. Chaque fois qu'il est projeté, le film porte une demande, une exigence, il invite à traduire tout ça dans d'autres langues, qui ne peuvent pas être celles du film. Chaque spectateur est porteur d'une de ces langues ou de plusieurs. L'éthique du cinéma exige (entre autres) que la langue de chaque film soit intraduisible dans une autre langue. Le spectateur doit interpréter, il se transforme en machine à traduire - mais la beauté d'un film tient moins dans les traductions réussies que dans les éléments qui restent extérieurs ou exclus de la traduction. Les langues d'arrivée sont trop différentes, lacunaires, trop pauvres par rapport au contenu d'un film, qui déborde toute traduction possible. Chaque film rejoue chaque fois cette intraductibilité sur un autre mode. Cela vaut pour les films les plus originaux, et aussi pour les films de genre les plus convenus. Quand Douglas Sirk conserve pour son film Written on the wind (1956) le titre du roman dont il est tiré, il en appelle à cette dimension d'excès dans la langue. On peut raconter l'intrigue du mélodrame, mais on ne peut pas raconter l'ironie, l'auto-dérision, les couleurs vives, le faux luxe, les bagnoles démodées ni le subtil décalage des acteurs par rapport à leur rôle. De là vient la singularité de ce film, son succès, et le fait qu'après des décennies de mépris, d'innombrables cinéastes le reconnaissent comme une sorte de coup de génie.

Il y a de l'intraduisible sans traduction, mais il y en a aussi dans certains efforts de transposition. Dans Solaris (Andreï Tarkovski, 1972), le jeu complexe du rapport entre monde et film joue sur le désir de les rapporter l'un à l'autre et l'impossibilité de les traduire l'un dans l'autre. Dans Un soir, un train (André Delvaux, 1968), Anouk Aimée vient dire Je suis morte, mais la phrase est intraduisible. Une phrase de ce genre ne signifie rien dans la langue courante, mais dans un film, on vous force à la traduire (sans espoir). Dans It must be heaven, le réalisateur et acteur E.S. (Elia Suleiman, 2019) prend soin de prononcer le moins de mots possible. A partir de sa condition de Palestinien, il cherche à inventer l'idiome du parfait étranger - que les critiques tendent à rabattre sur toutes sortes de qualificatifs inadéquats, comme "burlesque", "allégorique", "humoristique", etc. Mais ce qu'il a à dire ne s'énonce que dans la langue du cinéma et pas ailleurs, une langue aussi peu compréhensible que celle du moineau qui insiste lourdement, malgré sa légèreté.

 

 

--------------

Propositions

--------------

-

"It must be heaven" (Elia Suleiman, 2019) - Puisque le monde ne répond plus, je ne peux l'interroger qu'en parfait étranger, par le langage pur du cinéma

-

"Written on the wind" (Douglas Sirk, 1956), ou comment écrire ce qui ne peut se dire ni en paroles, ni en images, mais seulement sur du vent, dans l'évanescence d'un film

-

Solaris (Andreï Tarkovski, 1972) : une allégorie de la traduction du monde en film ou du film en monde

-

Un soir, un train (André Delvaux, 1968) - "Je suis mort.e" ne peut se dire que dans une langue toute autre

Pour l'acquťrir, cliquez

sur le livre

logo

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
   

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Guilgal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

CineHantise
TraduireOeuvrer

AA.BBB

ArchiOeuvreNom

CL.LKD

RetraitTraduction

FE.LKE

MK_TraduireOeuvrer

Rang = OTraductionOeuvre
Genre = -