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Sources (*) : CinéAnalyse : En se mesurant à la possibilité du pire               CinéAnalyse : En se mesurant à la possibilité du pire
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 4 mai 2021

 

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CinéAnalyse : En exigeant d'être traduit

Sans signe particulier (Fernanda Valadez, 2019) - Quand le mal radical répond, c'est dans la langue intraduisible d'un sacrifice irréversible

CinéAnalyse : En exigeant d'être traduit
   
   
   
CinéAnalyse : en jouant du sacrifice CinéAnalyse : en jouant du sacrifice
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Magdalena, mère célibataire analphabète qui vit modestement dans l'Etat de Guanajuato (d'où la réalisatrice est elle-même originaire), part sur les traces de son fils Jesús disparu depuis deux mois alors qu'il tentait d'atteindre, avec son ami Rigo, la frontière des Etats-Unis. Rigo est mort, on en trouve les traces, mais pour Jesús, on ne trouve que son sac abandonné. Mon fils est peut-être mort, mais je dois savoir, dit-elle. Elle cherche des réponses, prête à aller aussi loin qu'il le faut, n'importe où, pour les trouver. Il est arrivé quelque chose de terrible dans l'autocar qui transportait les migrants vers la frontière, mais quoi ? Seul un homme, seul survivant, peut le lui raconter. Pour le rencontrer, elle entreprend un voyage vers Ocampo où elle croise un autre jeune homme, Miguel, qui vient d'être expulsé des Etats-Unis et cherche à retrouver sa mère qu'il n'a pas vue depuis 5 ans. Miguel l'aide à retrouver l'homme, qui raconte dans une langue étrangère l'attaque de l'autocar par les narcotrafiquants. Le récit est terrible, les narcos massacrent tous les voyageurs de l'autocar, mais l'homme ne lui dit rien de précis sur son fils. Après ce récit, elle revient chez Miguel pour passer la nuit. Miguel n'aurait pas dû revenir en ce lieu complètement contrôlé par les trafiquants. Il est tué. Magdalena se sauve, elle court, un narco la rattrape : c'est son fils lui-même, Jesús, toujours vivant, qui l'épargne et lui révèle qu'il fait maintenant partie du gang. Elle comprend ou devine qu'on l'a obligé, pour survivre, à assassiner son ami Rigo. Devenu lui-même criminel, Jesús ne pourra plus jamais s'échapper. Tout ce qu'il peut faire, c'est envoyer de temps en temps à sa mère un peu d'argent. Magdalena reçoit la réponse qu'elle espérait de la bouche même de son fils, mais c'est une réponse terrible, insupportable, la réponse d'un autre, qu'elle aurait peut-être souhaité ne pas entendre. Dans le film, le récit du massacre ne se fait pas en paroles, mais en images.

Le regard de Magdalena, qui voit dans l'invisible, dans l'intraduisible, ce qui jamais ne devrait se voir ni s'entendre.

 

 

Un film sur les bords, les limites, les frontières, sauf que tout se passe au Mexique, et la frontière dont il s'agit est une frontière d'au-delà des frontières, celle du mal radical. À la fin du film, Magdalena est doublement endeuillée : elle a perdu son fils et le remplaçant virtuel de son fils, Miguel. Elle n'a plus rien, il ne lui reste que des souvenirs, le souvenir de l'horreur. Pour sauver sa vie, Jesús a dû assassiner Rigo de ses propres mains. Par ce meurtre, il n'a pas seulement sacrifié son ami, il s'est auto-sacrifié. Il n'est plus Jesús, le fils de sa mère, il est un autre qui peut-être est aussi le meurtrier de Miguel (ou au minimum le complice de ceux qui ont massacré Miguel). Cette série de meurtres lui a fait quitter définitivement l'univers maternel. Le seul engagement qu'il puisse encore prendre vis-à-vis d'elle, c'est de lui envoyer de l'argent : l'aveu d'un autre endettement, purement comptable, une compensation pitoyable comparée à l'énormité de la perte. L'entrée dans le mal radical conduit à un système de dette infinie, irremboursable. Entre le geste initial, celui du sacrifice obligé, et les possibilités de compensation ou de réparation dans la vie réelle, il n'y a pas de point commun, pas de symétrie, pas d'équilibre concevable.

Ce déséquilibre absolu, cette irréparabilité constitutive, prend dans la film la forme d'un intraduisible. Le seul et unique témoin du drame raconte ce qui s'est passé dans une langue étrangère, inconnue. Tout ce qui peut se dire en paroles est traduit en espagnol, mais le moment crucial du récit, celui où ils tuent et brûlent les passagers de l'autocar, celui du mal radical figuré brièvement par le diable avec sa queue, ne peut être montré qu'en images. C'est un double intraduisible : ni dans la langue courante, ni même dans la langue en général. Cette histoire pire encore qu'horrible ne peut pas s'énoncer dans le discours courant, mais seulement dans une langue inaudible, indicible.

 


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