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Sources (*) : CinéAnalyse : En exigeant d'être traduit               CinéAnalyse : En exigeant d'être traduit
Pierre Delain alias Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Guilgal, 1988-2019, Page créée le 26 janvier 2020

 

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"Written on the wind" (Douglas Sirk, 1956), ou comment écrire ce qui ne peut se dire ni en paroles, ni en images, mais seulement sur du vent, dans l'évanescence d'un film

   
   
   
                 
                       

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Il y a de quoi être intrigué par le titre de ce film, Written on the Wind. Douglas Sirk ne l'a pas inventé, c'était déjà le titre du roman de Robert Wilder dont il est inspiré (1946), tiré lui-même d'un fait divers qui impliquait une chanteuse et un baron du tabac. Rien ne nous empêche, malgré cette généalogie, de réfléchir aux implications de ce titre. Qu'est-ce qui s'écrit sur du vent, ou qu'est-ce qui, en s'écrivant sur du vent, ne s'écrit pas ? Est-ce le film lui-même, ce somptueux artefact qui commence et finit par une fausse tempête ? Ou bien est-ce autre chose dont parle le film, cette autre chose qu'il demande au spectateur de repérer et de traduire, sans lui donner beaucoup d'éléments car le film se présente aussi comme une impressionnante accumulation de clichés ?

Sur l'affiche ci-contre, comme sur la plupart des affiches de la même époque, le nom des quatre acteurs apparaît en gros, bien plus gros que celui du réalisateur qui a pris l'initiative de les mettre ensemble. Avec ses personnages caricaturaux, si peu crédibles, le film doit une grande part de son prestige à la célébrité des acteurs. C'est une sorte de construction abstraite, de mythe, avec son poids d'ironie, de satire et d'auto-dérision. Il ne cherche pas la profondeur, mais la justesse, par son contenu et aussi par la distance prise (quasi-brechtienne) à l'égard de son contenu. Ce n'est pas Hollywood qui se moque du Texan, c'est Hollywood qui se moque d'Hollywood. A force d'en rajouter en couleurs vives, faux luxe, voitures démodées et situations absurdes, le film se montre plus subversif que le cinéma d'avant-garde. Il ne cherche pas à se montrer comme une histoire, mais simplement comme un film.

C'est là qu'on peut revenir au titre, qui n'est pas seulement une allusion à la vie superficielle des rejetons de milliardaires, à la frivolité des jolies robes ou au langage des fleurs (roses blanches pour la vertueuse Lucy et anthuriums rouges pour la dévergondée Marylee). Ce film n'est rien du tout, que du vent, mais sur ce vent il s'écrit quelque chose. Quoi ? D'un côté la justice est implacable, chacun recevra ce qu'il a donné, le mélodrame est toujours rassurant par sa simplicité équitable. A la fin, le couple légitime part pour de nouvelles aventures. Mais d'un autre côté, le problème des enfants Hadley, c'est qu'ils n'ont jamais renoncé à être ce qu'ils sont, les enfants Hadley. Il leur manque une dimension de perte, de deuil, pour aller de l'avant.

 

 

Sur l'affiche du film, on voit, au bord d'une rivière, le cadavre de Kyle, l'héritier alcoolique, près d'un arbre mort. On peut interpréter cet arbre comme un symbole de la détresse des enfants de riches, incapables de renoncer à leur infantilisme pour se construire une vie d'adulte. Joseph Morder s'est inspiré de cet arbre pour le film qu'il a intitulé L'arbre mort (1987) où, au cœur d'un cimetière, une femme (Laura) contemple un arbre décharné au moment où la décision s'est prise en elle de donner une autre direction à sa vie. Dans Written on the wind, l'arbre mort de l'affiche, au bord de la rivière enchantée, est paradoxalement porteur d'avenir. Il aurait fallu le contempler beaucoup plus tôt pour effacer les jeux d'enfant.

Telle est la fonction du cinéma : montrer la somptuosité de l'arbre mort. Le mélodrame est par excellence le genre qui répond à cette demande. Il ne fascine pas en donnant des explications, mais en tenant caché ce qu'il fait. Ce qu'il tient en réserve n'est pas psychologique, ce n'est ni un manque d'information, ni un refoulement : c'est le secret du cinéma lui-même. Dans l'excès de l'image sur le sens, de l'ironie sur l'histoire, de la satire sur la description fidèle, de la bassesse sur l'amitié (ou vice-versa) se tient ce qui ne peut pas tomber juste dans la chute finale. C'est cela, cet élément d'injustice ou d'a-justesse (insolvable, irrémédiable) qui, incognito, s'écrit sur du vent.

Fils d'un magnat du pétrole texan, Kyle Hadley (Robert Stack), alcoolique, tombe amoureux d'une modeste secrétaire, publiciste ratée, Lucy Moore (Lauren Bacall), dont son ami d'enfance, Mitch Wayne (Rock Hudson) est épris. Parallèlement la sœur de Kyle, MaryLee Hadley (Dorothy Malone), est amoureuse de Mitch. Kyle réussit à convaincre Lucy de l'épouser. Ils s'installent dans la maison de famille, dans la ville où tout dépend des Hadley. Pendant un an, Lucy protège Kyle de sa maladie et de sa dépression. Kyle espère qu'avec ce mariage il pourra devenir un homme respectable, avec femme et enfants. La grossesse n'arrivant pas, le médecin de famille lui explique que Lucy est féconde, et que c'est son sperme qui est défaillant. Il se croit alors stérile et retombe dans l'alcool. Une nuit, alors que Marylee excitée danse frénétiquement, le père Hadley chute dans l'escalier et meurt. Marylee se venge de l'indifférence de Mitch en attisant la jalousie de son frère. Quand Lucy annonce à Kyle qu'elle est enceinte, celui-ci croit que c'est l'œuvre de Mitch. Il la frappe - ce qui déclenchera une fausse couche, puis il menace Mitch de le tuer. Une lutte s'engage, un coup part (accident ou suicide, ce n'est pas clair). Mortellement blessé, Kyle meurt en se dirigeant vers la rivière enchantée où il avait passé les meilleurs moments de son enfance, avec Mitch et Marylee. Mitch est accusé de meurtre. Au procès, Marylee, appelée comme témoin à charge, innocente Mitch. Dans la dernière image du film, Mitch part avec Lucy sous les yeux de Marylee qui reste seule dans la grande maison déserte.

 


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1956.SI.RDS

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