La science est une pure écriture que rien ne peut arrêter. Sa puissance est aveugle, destructrice, dissociée de la culture. Pour elle, est objectif ce qui se mesure par l'observation, ce sur quoi nous pouvons opérer, ce qui nous donne la certitude d'accéder aux choses mêmes, à ce Grand Objet que l'on croit réel mais qui n'est qu'un mythe. Pour limiter la puissance de la science, il faut lui rendre sa place dans l'histoire humaine. Elle ne vient pas du néant, mais d'une tradition historique, d'un héritage. La croire séparée des autres activités est un axiome d'origine théologique. Non, la science est comme l'art ou la littérature, elle se sert de signes. Elle a plus d'un point commun avec la religion, par exemple de se protéger par auto-immunité et de produire en fonction de ses besoins ses propres ordres de réalité. Elle a aussi des points communs avec la politique : si elle bouge, c'est grâce aux contestations, aux disputes, aux découvertes imprévisibles qui remettent en cause un consensus d'experts dont on aperçoit après-coup le caractère provisoire.
Mais concernant la voix comme le temps, la science ne peut rien nous apprendre. |