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Léonard de Vinci                     Léonard de Vinci
Source : Le cadre, convention précaire               Le cadre, convention précaire
Sigmund Freud - "Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci", Ed : Gallimard, 1987, p79

En s'intéressant, dans l'image, à un la solution d'un problème, Léonard de Vinci devint incapable d'isoler l'oeuvre d'art du grand ensemble auquel il savait qu'elle appartenait

   
   
   
                 
                       

La pulsion de savoir devint peu à peu prédominante chez Léonard. Elle était orientée vers l'extérieur et perturbait son travail psychique (artistique). Il s'habituait à l'investigation et ne pouvait se contenter d'un travail d'artiste. Il s'épuisait comme peintre, et finissait par abandonner les oeuvres qu'il avait commencées.

Le talent pictural de Léonard de Vinci est exemplaire d'un type de sublimation dans lequel la libido affectée pendant l'enfance à l'investigation sexuelle n'est pas inhibée ni refoulée, mais transformée en avidité de savoir. Cette libido reste inconsciente, elle ne fait pas irruption hors de l'inconscient, comme chez le névrosé qui rumine ses pensées, mais son but est déplacé. L'investigation reste compulsive, mais réussit à se détacher des thèmes sexuels avec leurs marques de plaisir et d'angoisse. Dans le cas de Léonard, on constate même un dépérissement de la vie sexuelle. Sa capacité à sublimer la libido était le noyau et le secret de son être. Elle se manifestait dans ses capacités artistiques et aussi dans la compulsion de savoir; mais sa particularité, c'est que ce qui le poussait à accumuler des connaissances l'empêchait aussi de terminer ses oeuvres (comme si, en lui, le génie artistique et la névrose obsessionnelle avaient été forcés de coexister).

Petit à petit (selon Freud), Léonard se serait éloigné de la problématique de l'oeuvre d'art. Derrière l'image, il cherchait l'explication, le concept - ce qui est incompatible avec l'art selon Kant. L'oeuvre était pour lui plus vaste que le simple objet d'art, sans limite, non bordée par un cadre - manquant d'un parergon au sens de Derrida (comme le sublime de Kant). Sa poussée de savoir trouvant un débouché dans la connaissance, ne s'exerçait plus dans le domaine artistique.

Mais d'où vient l'inhibition progressive à l'égard de l'oeuvre d'art? Freud semble suggérer que le doute obsessionnel a pris le pas sur la capacité à sublimer ses pulsions dans l'oeuvre. On peut objecter à cette idée que deux des principales oeuvres qu'il a réalisées vers la fin de sa vie (après 50 ans), la Joconde et Sainte Anne en tierce, portent la marque de l'ambiguité léonardesque, et que c'est justement cette ambiguité qui est la preuve du génie.

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