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Art, éthique                     Art, éthique
Source :              
Jacques Derrida - "La vérité en peinture", Ed : Flammarion, 1978, p130

La morale comme condition de l'idéal du beau absorbe ou résorbe le sans de la coupure pure

     
     
     
     
                   
                         

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Derrida commente la Critique kantienne de la faculté de juger. Qu'est-ce que le beau de l'homme? Kant ne peut l'expliquer qu'à partir de l'humanisme, qui est le postulat de sa Critique. Seul l'homme est capable d'un idéal de beauté (p127). D'un autre côté, la beauté est sans concept, elle se dissocie de tout intérêt particulier. Elle n'a ni sens, ni fin, ni but, elle est coupure pure. Les deux semblent incompatibles. Mais il y a quand même un point de jonction (selon Derrida, p129) : le plaisir archaïque, l'archi-plaisir relevé par Kant et qui fait que lorsque nous connaissons, nous en éprouvons du plaisir. Ce plaisir de connaître, ensuite oublié, revient dans l'accord entre l'imagination esthétique et l'entendement logique, grâce auquel le beau et le sublime "plaisent en eux-mêmes". Autrement dit, il y a du plaisir dans les deux cas. L'archi-plaisir vise au même; intériorité absolue et morale pure s'y rejoignent, et l'idéal du beau en est l'expression. Au final, la beauté pure ou libre, celle qui est visée par le jugement de goût et qui semblait être au début de la Critique de la faculté de juger la seule beauté digne de ce nom, est résorbée dans l'idéal du beau, c'est-à-dire la forme humaine.

Ici se noue une critique possible de l'un des pôles de l'art contemporain : l'intervention politico-humaniste en tant qu'elle relève de la beauté adhérente, du pansement des blessures de l'idéal. Ce courant de l'art ne semble pas, d'un point de vue formel, exalter la beauté de la forme humaine, mais il reste attaché à l'idéal. L'humain est cette beauté qu'on renonce à représenter et pour laquelle on intervient. L'art n'est jamais séparé d'une finalité (les droits de l'homme). Et si les moyens sont ceux qui sont légués par une histoire de l'art qui a exploré le sans de la coupure pure, ils sont de manière ultime (comme chez Kant) absorbés dans l'idéal.

     


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