L'attirance de Heidegger pour l'art, la poésie, le langage, peut nous donner à penser, quels que soit les sentiments de rejet, voire de dégoût, que le personnage nous inspire.
Pour Heidegger, l'art est, en son essence, une origine. Il met en oeuvre une vérité. L'oeuvre ouvre un monde. Elle peut aussi éveiller un peuple. Par son acte singulier, elle fait venir le matériau, émerger les créateurs et les gardiens (ce ne sont donc pas les créateurs qui font venir l'oeuvre, mais l'oeuvre qui fait venir les créateurs).
Mais l'oeuvre n'arraisonne pas le matériau. Elle n'est pas une production ni une technique, mais un dévoilement. La chose, le produit et l'oeuvre sont entrelacés. Ni sa forme et sa matière, ni l'affairement dont elle fait l'objet, n'épuisent son être.
Ces analyses n'empêchent pas Heidegger de projeter sur l'oeuvre d'art ses goûts ou préjugés. Il en est ainsi, selon Meyer Schapiro, avec les souliers de Van Gogh, dont il dit qu'ils font apparaître la vérité dans l'être.
L'art ne peut advenir que parce que son essence est poésie, c'est-à-dire union intime avec la langue et la parole. En tant que symbole, il réunit l'oeuvre à autre chose.
Il est possible que l'extension de la technique, avec la prévalence de l'expérience vécue (par rapport à l'être ou la vérité), entraîne la mort de l'art. |