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Le récit de l'Orloeuvre                     Le récit de l'Orloeuvre
Sources (*) : Le retour de Danel Qilen               Le retour de Danel Qilen  
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2017, Page créée le 28 décembre 1996

Le Cercle du Quai

   
   
   
                 
                       

Danel Qilen n'eût guère de peine à se faire accepter dans le groupe, même s'il mit longtemps à en percer les buts et les règles de fonctionnement. Au début, il avait l'impression que la cheville centrale était Bendito Sapintza. Mais d'autres chevilles apparurent peu à peu, et le groupe se montra de plus en plus informel. Avait-il d'ailleurs un nom stable? Pour les profanes, on parlait simplement de "Quai", sans plus de précision. Quand ils demandaient "Quel quai?", on répondait : celui de l'Ellipse - car selon une des histoires qui circule, c'était la dénomination officielle de l'entreprise qui avait, autrefois, occupé ces lieux. Mais l'usage avait conservé d'autres noms proposés à la même époque, qui désignaient à la fois la même chose (des gens qui se réunissaient en un certain lieu) et autre chose : l'Orloeuvre, ou encore le gran'faire, ou encore Guilgal (pour faire plaisir à la tendance mystique), etc. - ce qui n'empêchait pas les uns et les autres de se servir d'autres noms ou de surnoms provisoires, comme Cercle de l'Optique, aCercle ou autres.

Bendito, opticien de profession, s'y connaissait en géométrie. Il savait que pour les Grecs, l'ellipse était un cercle imparfait; et il connaissait la définition du dictionnaire : courbe fermée déterminée par l'intersection d'un cône droit et d'un plan qui n'est pas perpendiculaire à son axe. Tandis qu'un cercle n'a qu'un seul centre, une ellipse en a trois : celui du milieu (dit généralement O) et ses deux foyers symétriques (F1 et F2). Cette dissociation du centre lui plaisait bien, et si la langue l'avait accepté, il aurait aimé parler d'Ellipse de discussion comme on parle d'un Cercle de discussion. Mais c'était trop étrange dans la langue, et Bendito s'est rallié à cette dénomination paradoxale proposée par Jacques Bardoul : le Cercle de l'Ellipse qui, faut-il le rappeler, n'était jamais rentrée dans le langage courant. Dans un tel Cercle, toutes les paroles sont admises, aussi elliptiques soient-elles. Comme il n'est pas obligatoire de tout expliciter, on en sait toujours plus que ce qu'on en dit. On ne marche pas sur ses jambes, mais sur ses roues, dont la forme n'est jamais totalement circulaire, et qui ne conservent pas la mémoire de leur point de départ.

Parfois les gens se trompaient. Au lieu de l'ellipse, ils disaient l'éclipse, ce qui donnait : le Cercle de l'éclipse. Ce lapsus avait fait l'objet de quelques interprétations - car le Quai, toujours, s'éclipsait, et les différentes dénominations avaient fini par coexister.

"C'est le nom même qui s'éclipse", avait dit Bendito.

Ils étaient donc un certain nombre à se retrouver au Quai [dont le nom aurait été, avant que l'usage de ce diminutif ne se répande, le Cercle du Quai, et cette figure du retour, des retrouvailles périodiques (sans doute trompeuse dans la mesure où le public concerné n'étant jamais identique, il changeait peu à peu imperceptiblement, il aurait été plus pertinent de parler de spirale), cette figure donc, ne cessait de revenir car elle constituait sans doute un élément de stabilité qui aurait pu relativiser l'absence quasi-totale de hiérarchie et d'organisation (sauf peut-être dans la Toile, à partir d'un certain moment)], bref, il y avait pas mal de monde pour se retrouver dans cet ensemble de bâtiments qui avaient fini par occuper tout un bloc, comme on dirait à l'anglaise, ou tout un pâté de maisons, comme on dirait à la parisienne. Qui éaient-ils, ces gens du Quai? On aurait du mal à trouver une qualification claire. Ce n'étaient ni des compagnons, ni des amis (en tous cas pas vraiment, pour la plupart d'entre eux), ni des disciples de qui que ce soit ou de quoi que ce soit, et encore moins des membres d’une association ou d'une quelconque fraternité. Pour les nommer, on se servait la plupart du temps du mot Quai - qui ne désignait donc pas seulement le lieu, mais aussi les participants (car le Cercle était logé au 231bis, quai de l'Idve), parfois aussi des autres composantes de l'adresse, par exemple "le 231" ou "le bis", parfois aussi d'autres mots, comme Idviens ou Cerclants, qui semblaient plus bizarres aux non-initiés, surtout avec la majuscule, mais finirent par être compris par tout le monde, y compris les universitaires et les journalistes. Pour être plus exact et remonter à l'historique le plus ancien, il faudrait parler du Cercle de l'Ellipse (ce nom avait été choisi au départ mais ne s'était jamais imposé), ce qui aurait permis d'expliquer que les Cerclants gravitaient dans une orbite dont l'un des foyers aurait été occupé par le vaste local du quai, tandis que l'autre foyer n'aurait pas été un lieu, mais plutôt une construction mentale différente pour chacun des participants - mais il y a bien longtemps qu'on ne cherchait plus d'explication. En tous cas le Quai exerçait une attraction sur un public de taille variable, attraction jamais démentie, mais jamais non plus complètement élucidée. En réfléchissant sur cet autre foyer, quelqu'un, un jour, avait proposé la dénomination Cercle du Quoi?, avec un point d'interrogation (peut-être en raison de l'homophonie toute relative avec "quai", ou peut-être pour une autre raison). Un autre avaut parlé de gravitation autour d'un double point - mais on ne pouvait attribuer à ce point aucune substance, aucune réalité. Pour ma part, je soutiendrais que s'il avait tourné autour d'une chose, ç'aurait été plutôt autour de ce qu’on appelait l'Orloeuvre - cette conversation collective dont on tente dans le présent texte un récit partiel, cette controverse ininterrompue, cet ensemble de lignées auxquelles on a l'habitude de donner des noms, mais qui est plutôt porté par des mots.

 

 

Pourquoi revenaient-ils? Quelle force les attachait au Quai? Pourquoi participaient-ils aux discussions du soir et de la nuit dans cet ancien atelier d'optique qui n’avait d’optique que la devanture (ou plus exactement le panneau qui subsistait sur la plus étroite partie de la façade, du côté du quai) car on n’y stockait rien, on n'y vendait rien, on n’y divulguait rien, on n’y offrait rien d’autre qu’un débat sans fin plus ou moins orchestré par l’hôte et l’inspirateur Bendito Sapintza, lequel y était attaché par un ressort invisible, y mangeait y dormait y rédigeait, y servait de moyeu, de grand axe, de petit axe et de médiateur, n’en fermait jamais la porte et n’en sortait que pour visiter quelques rares présentations d’art, assister à des spectacles de danse ou pour faire renouveler sa carte de séjour à la préfecture?

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