Derrida
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Auto - hétéro - allo - bio / thanato - - graphie                     Auto - hétéro - allo - bio / thanato - - graphie
Sources (*) : "La vie la mort" : graphies d'alliance               "La vie la mort" : graphies d'alliance
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 21 sept 2019

 

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Derrida, la vie, la survie

[La paralyse de Freud : Auto-hétéro-allo-bio/thanato--graphie]

Derrida, la vie, la survie
   
   
   
Cinéloft : Les "pas au - delà" de la : vie : la : mort Cinéloft : Les "pas au - delà" de la : vie : la : mort
                 
                       

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1. Expression.

Auto-bio-thanato-hétéro--graphie. C'est un mot-valise lui-même divisé, partagé en deux, ce que je traduis par une déclaration plus tremblante : [Entre ma dette à l'égard d'autrui et le mouvement de l'œuvre vient s'intercaler une différance dangereuse qui me paralyse].

 

2. Analyse.

On trouve une fois, une seule, dans Spéculer sur "Freud" (p357), ce mot-valise, Auto-bio-thanato-hétéro--graphie, avec un double tiret qui sépare la première partie qui réunit ce que j'ai nommé les quatre premières graphies d'alliance, de la seconde partie dont le mot unique féminin, graphie, renvoie à la graphique de la différance. Il faut insister ici sur le double trait d'union qui sépare les premiers éléments, marqués par la logique de la dette et de l'échange, du dernier élément du mot-valise, qui renvoie à une écriture, un trait, un texte. Les premiers éléments sont de l'ordre du calculable, tandis que la graphie est de l'ordre de l'incalculable. Dans le texte de Freud, Au-delà du principe de plaisir, cette graphie se traduit par une topologie mouvante ou, pour reprendre les mots derridiens, une athèse, une stricture qui nomme la structure relâchée, tremblante, qui combine les principes de plaisir, de réalité et la pulsion de mort (1,2,3 en un). Le double tiret est, de toute évidence, double. D'un côté, à gauche, il est à dominante masculine, tandis que, à droite, il ne s'agit pas d'un graphique, mais d'une graphie féminine. D'un côté, ce double tiret est une alliance, mais d'un autre côté, ce double tiret est partagé en deux, c'est un écart, une paralysie. Au moment d'aborder l'impossible, l'imprésentable, le geste de Freud décrit par Jacques Derrida réitère celui de Blanchot : il faut suspendre le "pas au-delà", juste avant l'arrêt de mort. Ce mot-valise de Spéculer sur "Freud" publié en 1980 prolonge en le transformant le mot complet autobiothanatoétérographique du séminaire "la vie la mort" de 1976 (p320), qui n'était partagé par aucun tiret séparateur.

On peut rapprocher ce double tiret séparateur d'une autre modification : le Fort/Da, écrit avec une barre dans le séminaire, est remplacé par deux points (Fort:Da) dans Spéculer sur "Freud". Dans cette nouvelle scène d'écriture, le "pas au-delà" s'engage et se retire. C'est une proximité qui s'éloigne en abyme, un jeu d'enfant qui associe dans un hymen la dissociation et la conjonction, la séparation et la dissémination. Il s'agit, en même temps, de tracer des limites et de laisser venir des suppléments parergonaux. Freud institue une nouvelle charte pour toute autobiographie possible, mais cette charte reste inséparable d'un effet de nom propre, qui conjure le risque de déraillement apocalyptique. Il ne franchit pas la limite de l'"Au-delà du principe de plaisir".

 

3. Huit et demi (Federico Fellini, 1963)

Les cinq graphies sont toutes impliquées dans ce film, elles se combinent, se neutralisent. Le réalisateur raconte son histoire, il est en position d'autobiographie, d'alliance avec lui-même. Mais dans le même temps, comme Freud, il est pris dans une pléthore d’engagements qu’il ne contrôle pas : à l’égard de lui-même, du producteur, des acteurs, du public, de sa femme, de sa maîtresse, des critiques, des médias, etc. C'est l'auto-hétéro-bio-thanato, côté gauche de la sixième graphie. Le réalisateur ne peut ni respecter ses engagements qui viennent du dehors (hétéro), ni s’en défaire totalement (auto). Il mélange ses souvenirs, ses fantasmes, le film, la réalité, conformément au titre initial du film :La bella confusione(Le beau désordre).

Le réalisateur est incapable de prendre une décision, qu’il s’agisse du scénario, des décors, du casting, etc. Il s'attend à ce que les décisions se prennent d'elles-mêmes, sans que jamais il ne tranche volontairement, consciemment. Au bout du compte, tout cela réuni, en tant que film c'est-à-dire en tant qu'œuvre, la graphie fonctionne, c'est une réussite formidable. L’athèse est plus productive, plus créative, que la thèse. C'est cela la principale mise en abyme : pour faire, il faut montrer l'impossibilité de faire. Pour trancher, il faut en passer par la paralysie, et il faut aussi s'adresser à un spectateur virtuel. C'est le côté otobiographique du film, qui fait durer la paralyse du réalisateur.

 

4. Et aussi :

- Wanda (Barbara Loden)

- Andrei Roublev (Tarkovski)

- Heureux comme Lazzaro (Alice Rohrwacher, 2018)

- A létezés eufóriája (Réka Szabo, 2019).

 

 

"Si la culpabilité se rapporte sur celui dont il vécut la mort comme sa propre mort, à savoir celle de l'autre, du petit frère d'Ernst comme celle de son petit frère, Julius, on tient quelques fils (seulement) dans le lacet d'identifications meurtrières, endeuillées, jalouses et coupables, infiniment, qui prend la spéculation au piège. Mais le lacet contraignant la spéculation, il y contraint aussi de sa rigoureuse stricture. Le legs et la jalousie d'une répétition (jalouse d'elle-même déjà) ne sont pas des accidents survenant au fort : da, ils en tirent plus ou moins strictement les fils. Et l'assignent à une scène d'écriture auto-bio-thanato-hétéro--graphique. Cette scène d'écriture ne raconte pas quelque chose, le contenu d'un événement qu'on appellerait le fort : da. Celui-ci reste irreprésentable mais produit, s'y produisant, la scène de l'écriture. Nous viendrions, si c'était possible, de suivre ou de faire suivre : les pas au-delà du principe de plaisir, tous ces pas qui n'avancent pas, toute cette topique de la marche qui jusque dans la lettre et au pied de la lettre encore n'ajoute un "pas de plus", Freud se sert dix fois de cette locution, pour le retirer d'avance. Chaque pas se laisse déposer, pas pour rien, dans l'athèse de cette scène d'écriture. J'y reconnais un mouvement exemplaire de ce qui fut ailleurs nommé la paralyse" (Derrida, La Carte postale, Spéculer sur "Freud", p357).

"Une fois de plus, Freud renonce à aller de l'avant. "Je crois que c'est ici le lieu de s'interrompre". Coupons court, c'est l'heure, fin de séance. Mais ce n'est pas fini. La séance continue, et le récit suit son cours. (...) Dans ce qui ressemble à un post-scriptum ou à un épilogue, le protagoniste-spéculateur affecte de se mettre en scène. (...) Il se met en scène comme pour se démettre de tout. Je n'y suis pour rien ni pour personne. Ce qu'il énonce alors nous importe beaucoup. (...) Voilà pourquoi il faut insister sur la dé-marche textuelle (autobiographique, hétérobiographique, thanatographique, tout cela dans le même écheveau), et singulièrement sur cette sorte de post-scriptum à l'avant-dernier chapitre" (Derrida, La Carte postale, Spéculer sur "Freud", pp401-403).

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Propositions

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En lisant des textes autobio- ou autothanato-graphiques, on peut repérer des lieux ouverts à la traversée de suppléments parergonaux - vers l'hétérothanatographie

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En jetant et faisant revenir la bobine, l'enfant du Fort/Da - ou Fort:Da - associe dans un hymen la dissociation et la conjonction, la séparation et la dissémination

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Le jeu du Fort/Da, c'est aussi celui de l'écriture freudienne qui s'auto-institue en donnant à lire la structure formelle de ce qu'elle fait : une proximité qui s'éloigne en abyme

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A chaque "pas de plus", la scène d'écriture freudienne, auto-bio-thanato-hétéro--graphique, se retire, suspend ou paralyse le "pas au-delà" qu'elle engage

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Le Fort:Da du petit-fils de Freud, cette scène d'écriture auto-bio-thanato-hétéro--graphique, ce "pas au-delà" qui n'avance pas, c'est un pas de plus qui n'ajoute "rien"

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Avec le Fort/Da, par un contrat étrange qui lui est propre, Freud institue une nouvelle charte pour toute autobiographie possible

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La structure (ou stricture) principe de plaisir / principe de réalité / pulsion de mort (1, 2, 3 en un) est celle de la différance : si elle s'interrompait, ce serait l'arrêt de mort

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Freud spécule sur une "graphique de la différance" qui n'appartient ni à la science, ni à la philosophie, et qu'il ne peut interroger pour elle-même

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Ce qui arrive chez Blanchot, c'est qu'il n'arrive pas au bout de son mouvement; avant d'aborder l'autre il tremble, il signe avec effroi son propre retrait, son pas vers l'autre est paralysé

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La scène d'écriture freudienne reste irrésolue, sans bord, sur la ligne de plus haute tension, sans franchir la limite de l'"Au-delà du principe de plaisir"

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[La scène d'écriture freudienne, "auto - bio - thanato - hétéro -- graphique", fait oeuvre]

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Si la psychanalyse avait été reconnue comme science, Freud l'aurait payé de son nom - mais c'est comme "oeuvre" qu'elle opère, inséparable d'un effet de nom propre

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[Pour conjurer le risque de déraillement apocalyptique, il faut qu'une scène d'écriture se lie, stricturellement, à l'œuvre, au nom propre]

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Huit et demi (Federico Fellini, 1963) - La paralyse - ce temps de fermentation ou de bouillonnement qui est aussi la khôra du réalisateur

 


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