Chez l'aveugle, la main remplace la voix; chez le voyant, elle la remplace et s'y ajoute. Ne parle-t-on pas avec les mains? Car la main, dans son rapport à l'outil, a une affinité avec le supplément, la prothèse. Elle touche et elle saisit, elle retranche et elle ajoute. En plein jour ou dans l'obscurité, elle aide à suivre une ligne. Elle guide l'écriture. Par le dessin, elle surpasse la pensée.
La main a plusieurs versants. Nue comme le visage, elle se montre à la lumière, quand nous nous aidons du geste et de la parole. Par le toucher, elle accède à des zones obscures. Comme Palamède, elle manie les outils et écrit les lettres. Mais c'est elle aussi qui, porteuse d'énigmes, fait l'artiste.
La main se présente nue. Pas de portrait sans main. Par elle passe le geste, le sens, l'esprit et aussi la parole. Elle peut tout exprimer : l'extase, la curiosité, le plaisir, l'empathie, le refus, la détresse ou l'angoisse. Elle est dessinée, et aussi elle dessine et elle peint.
Ouverte ou fermée, elle préside au partage comme à la bénédiction. Elle permet de se reconnaître. |