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Le récit de l'Orloeuvre  

 

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Téléphone, tu nous tiens                     Téléphone, tu nous tiens
Source (livre) :                
Antoinette Magard - "Le poids de l'abandon", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 27 septembre 2006

[Le téléphone ne nous lâche plus]

Autres renvois :
   

Audiovisuel et autres media

   
   
                 
                       

Antoinette Magard

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Appelle-moi! Telle est la clameur de notre époque. L'appel n'est adressé à personne en particulier. Il invoque l'Autre qui précède tout dialogue, et dont l'individu n'est qu'un appendice. Il nous la faut, cette voix, pour être quelqu'un, une conscience, appartenir à un groupe, coller au lien social. Même si ce lien est limité à une ligne qui ne tient ensemble que pour mieux séparer, il fournit un modèle relationnel auquel il est difficile d'échapper. Cette ligne invisible est toujours là. Elle ne se relâche jamais. Plus tard, un autre téléphone répondra à notre voix.

Le téléphone renoue avec le contact maternel le plus archaïque. Son intermittence ravive la nostalgie d'un cordon ombilical continu, constamment présent. Il souligne autant la proximité de la voix que la distance de l'interlocuteur. Entre l'un et l'autre, l'abîme est insurmontable.

Il n'y a pas plus vide que le téléphone. Tout passe par lui, sans qu'il intervienne. C'est un trou, un puits sans fond.

Il y a un plaisir à entendre, et aussi une jouissance de l'écoute. Déjà le peuple allemand avait succombé à la voix du führer, qui passait par la radio. Dans les deux cas il y a dépendance, addiction. C'est une maladie plus généralisée et moins guérissable que le cannabis.

Autour du téléphone, toutes sortes d'industries dites des "télécommunications" se sont développées, y compris l'Internet. Plus qu'un secteur économique parmi d'autres, c'est devenu la colonne vertébrale du monde globalisé. Avital Ronell l'a promu comme objet philosophique; c'est aussi un objet de consommation, un objet intime et un objet fétiche de l'histoire de l'art.

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Propositions

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L'appel téléphonique impose de reconnaître une certaine précédence irréductible de l'Autre par rapport à Soi

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Le téléphone met dans la situation de l'enfant en instance de contact maternel

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L'Amérique opère selon la logique de l'interruption et de l'appel en urgence

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L'appel téléphonique ne se relâche jamais : quand on raccroche, il se met en mode veille

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L'appel de la conscience est construit sur le modèle de l'appareillage téléphonique

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Le téléphone n'existe que dans la communication vocale, tandis que l'Internet, qui est fait de mémoire, d'enregistrements, de codifications et d'archives existe comme tel

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La radio et le téléphone isolent la voix mais ne la coupent pas, car elle y est une partie représentant le tout de la personne

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Un téléphone présuppose l'existence d'un autre téléphone

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Au téléphone, la proximité de la voix (présence) souligne la distance de l'être qui parle (absence)

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En tant que moment de l'onto-technologie, le téléphone s'offre comme un rien

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Téléphone-moi (Agnès Thurnauer, 2006)

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Le fantasme colle le corps à la voix

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[La ligne du téléphone tient ensemble ce qu'elle sépare]

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[L'État nazi, comme le téléphone, se destine à la jouissance de l'oreille]

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Le téléphone est un objet philosophique

     


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