Derrida
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Les traces de Fra Angelico                     Les traces de Fra Angelico
Sources (*) : L'image chrétienne imite l'infigurable               L'image chrétienne imite l'infigurable
Georges Didi-Huberman - "Fra Angelico, Dissemblance et figuration", Ed : Flammarion, 1995, pp38-39

Fra Angelico figure les stigmates du Christ par des indices, des taches ou des traces ("Noli me tangere", cellule 1 du couvent de San Marco, vers 1440)

   
   
   
                 
                       

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Voici deux personnages, Marie-Madeleine à la robe rouge et Jésus-Christ. Il vient de sortir du tombeau et porte une bêche. Elle le prend d'abord pour un jardinier, puis elle comprend qui il est. Ses mains s'avancent, elle appelle. De sa main droite, il l'écarte : Ne me touche pas [Invisible tension dans la courbe des mains]. Son visage tourné vers elle, il ne la regarde pas. Si les pieds du Christ sont inversés (le pied droit à gauche et le pied gauche à droite), c'est sans doute parce qu'il s'éloigne - à moins que, ressuscité, il ne soit déjà en l'air, déjà glorieux. Il y a dans cette posture quelque chose d'archaïque, d'indiscernable, quelque chose qui dépasse irréductiblement le motif panofskyen.

La fresque raconte une histoire. Les figures se détachent sur un fond repérable : un jardin, un palmier de Palestine, un tombeau ouvert. Les dominicains qui habitaient dans cette cellule de monastère connaissaient l'histoire par coeur. Il ne fallait pas la raconter, mais faire sentir le travail du divin. Ici le pré n'est pas dessiné dans le détail, il est colorié avec une grande économie de signes : un vert plus clair et fluide pour les motifs floraux, parsemé de taches blanches et rouges. L'effet produit est moins de profondeur que de rythme, de scansion.

A quoi correspondent les taches blanches et rouges? Au niveau mimétique, réaliste, ce sont des fleurs. Mais ces taches ne sont pas peintes comme des fleurs, elles ne décrivent rien, elles n'ont ni calices, ni corolles, ni pistils, ni étamines. Ce ne sont que des taches colorées. Mais pourquoi? Pourquoi le peintre a-t-il remplacé les fleurs par de petits amas circulaires de terra rossa?

 

 

Le rouge nous parle du péché de Marie-Madeleine (p40). Il est aussi dans la souffrance du Christ qui se dissémine en fleurs de printemps, il est dans ses plaies, dans la chair de l'homme, la chair ressuscitée et aussi dans ses lèvres, dans le nimbe de la croix et dans la compassion.

 

 

Quand on regarde de plus près, on remarque que les fleurs sont souvent (sept fois) groupées par cinq (le nombre de plaies du Christ). Ce ne sont pas vraiment des fleurs, mais des marques, des taches rouges. Devant la Madeleine, le peintre a placé trois petites croix sanglantes, trois symboles qui n'imitent rien dans le pré mais font signe vers la Passion du Christ et la Trinité.

Les taches rouges sont peintes exactement de la même manière que les stigmates du Christ ou ceux de saint François, partout où Fra Angelico les représente : une inflexion circulaire, un petit dépôt rouge de terra rossa, qui produit un effet de constellation. Le signe iconique est déplacé. Ce n'est plus de la représentation : ce sont les fleurs de son corps, une blessure, une corruption, une cicatrice sanglante. Le Christ a semé ses stigmates sur le jardin terrestre.

 


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