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Greenberg                     Greenberg
Source :              
Clement Greenberg - "Art et culture, essais critiques", Ed : Macula, 1988, p82 Le cubisme accouche du réel

Picasso et Braque ont inventé le collage pour résister à la planéité qui menaçait d'écraser le tableau cubiste

Le cubisme accouche du réel
   
   
   
Le collage Le collage
                 
                       

Le collage a été un événement majeur dans l'évolution du cubisme. On ne sait toujours pas qui l'a inventé, ni quand (probablement fin 1911). Les oeuvres produites entre 1907 et 1914 n'étaient ni datées, ni signées.

Face à l'abstraction croissante du cubisme analytique, ils ont pu vouloir renouveler un contact avec la "réalité". Mais en quoi le papier ou le bois collés sont-ils plus réels que le pigment?

Ils voulaient s'en tenir à un art de la représentation et de l'illusion : trouver un équivalent bidimensionnel à chaque aspect de la vision tridimensionnelle, en utilisant des moyens aussi purs que ceux de Cézanne. Il fallait pour cela maintenir un écart entre le contenu du tableau et sa surface (p83), entre la planéité représentée et la planéité littérale.

Dès 1910, Braque s'est trouvé embarrassé par la contraction de l'illusion d'espace. Dans certains tableaux, il introduit un léger trompe-l'oeil ou suggère une illusion. Pour dissocier la surface, il imite la typographie (p84). Les caractères d'imprimerie arrêtent le regard sur la surface plane (comme une signature), et par effet de constraste tout le reste est renvoyé à une réminiscence d'espace profond ou plastique. D'autres procédés sont utilisés pour souligner la réalité de la surface : sable mélangé au pigment, simulation des veines du bois ou du marbre (p85). Le processus d'aplatissement semblant inexorable, Braque introduisit de vrais morceaux de papier peint (1912) et Picasso de la toile cirée. Encore une fois, le reste est repoussé dans une idée de profondeur soulignée par le caractère non représentatif des éléments ajoutés (détrompe-l'oeil). Chaque élément du tableau entretient un rapport ambigu avec la surface (p88). L'oscillation entre surface et profondeur ne cesse d'être relancée par les différents moyens utilisés, de plus en plus abstraits.

Il s'agit de sauver la perspective, même là où elle a presque disparu. Par essence, le cubisme joue avec l'espace géométrique. Si celui-ci disparaît (comme dans la peinture abstraite), il n'a plus de raison d'être. Il le re-crée toujours avec d'autres moyens, dans une logique supplémentaire qui rappelle celle décrite par Derrida.

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