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Le visage                     Le visage
Source (livre) : L'humain, cet inconnu               L'humain, cet inconnu
Henri Atlan - "Les Etincelles de Hasard (tome 2 : Athéisme de l'Ecriture)", Ed : Seuil, 2003, p163

L'embryon devient humain quand sa forme (corps et visage) est reconnue comme humaine

   
   
   
                 
                       

L'homme reconnaît d'emblée autrui par son visage. En ce sens l'humanité de l'espèce est concentrée dans le corps. Cette définition empirique, qui est celle du sujet des droits de l'homme, est plus valable qu'une définition biologique, car biologiquement les cellules humaines sont les mêmes que celles des animaux. Un embryon peut être composite, il peut évoluer en chimère. Mais l'aspect du corps est spécifiquement humain, y compris à l'approche de la mort. Même un corps inconscient, par exemple dans le cas d'un coma, est un corps humain qui impose la reconnaissance d'un sujet et de ses droits (p164 et 170).

Cette formulation évite les définitions spiritualistes ou fonctionnalistes : la conscience morale, les capacités intellectuelles et affectives, la personne libre et responsable, et aussi les définitions "essentialistes" qui sont toutes contestables à cause de l'unité de la nature et de la continuité du vivant et du non-vivant.

Ce critère n'est pas scientifique (p168). Il relève du droit. Il est fondé sur notre sensibilité et notre perception immédiate. La tradition juive va dans ce sens. cf : Le talmud situe le seuil de protection de l'embryon à 41 jours, car "tout ce qui n'a pas de forme humaine n'est pas un enfant".

La réponse du talmud repose sur la notion de tselem, forme humaine, qu'on trouve dans la tora. Le verset Gn (1.27) "Elohim a créé l'homme à son image (betsalmo), à l'image d'Elohim (betselem Elohim) il l'a créé, mâle et femelle" est le premier récit de la création de l'homme. Juste avant (avant de créer l'homme, c'est-à-dire au niveau du projet de dieu) on lit Gn (1.26) "Elohim dit : Faisons l'homme (Adam) à notre image comme notre ressemblance (betsalmenou kidmoutenou) et qu'ils règnent sur le poisson de la mer, sur l'oiseau du ciel, et sur le bestiau et sur toute la terre et sur tout reptile qui rampe sur la terre". Ici, c'est bien la forme (le tselem) qui fait l'homme (Adam).

Que signifie cette image et cette ressemblance? Ce sujet a été beaucoup discuté. Pour Rachi, "notre image et notre ressemblance" doit être rendu par "la capacité de penser et de comprendre". C'est une position proche de celle de Maïmonide, qui cherche à distinguer très nettement le corps et l'esprit. Généralement le tselem désigne la "forme humaine". Les cabalistes (contrairement à Rachi et Maïmonide) le considèrent comme le corps humain lui-même, à partir du verset "A partir de ma chair je verrai la divinité" (Job 12.29).

On peut reformuler l'interrogation ainsi : A partir de quel moment s'adresse-t-on à l'enfant en posant la question "Qui?". Dans cette formulation, le Qui? s'oppose au Quoi? : deux modes de questionnement que la Cabale distingue dès le début du Zohar. cf : La bio-éthique de l'embryon se ramène à la question posée au début du Zohar : Qui ou Quoi?.

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