| Le retour de D. Q. | Le récit de l'Orloeuvre | |||||||||||||||
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TABLE des MATIERES : |
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Le retour de Danel Qilen | Le retour de Danel Qilen |
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| Source (livre) : | |||||||||||||||||
| Danel Qilen - "Le retour de Danel Qilen", Ed : Galgal, 1988-2007, 2007, Page créée le 23 avril 1997 | L'Agence MultiLingues |
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Danel Qilen Cliquer pour accéder à son texte |
Danel se força à se mettre debout. Alors quil traversait le loft, ne sachant où aller, il rencontra Frédéric Chétiac, le jeune homme qui lavait accueilli le premier jour avec Bendito. Il savéra que Frédéric était propriétaire et seul dirigeant dune entreprise quil avait créée sous le nom dAgence MultiLingues et qui fournissait, disait son slogan, des traducteurs et interprètes pour tous les croisements linguistiques. Il sagissait dune niche très spécifique dans laquelle, selon Frédéric, il y avait peu de concurrents : la traduction directe entre des langues dont la probabilité de rencontre était faible, voire quasi-nulle. Cétait son mouton à cinq pattes à lui. Il était fier de ne jamais faire usage daucune grande langue du monde actuel (et surtout pas de la langue anglaise) pour passer dune langue quelconque à une autre langue quelconque, vive ou morte, même la plus petite ou la plus rare. Comment traduire, par exemple, de linuit en mésopotamien? Ou du hittite en zoulou? Tout le monde vous dira quil faut transiter par une langue plus fréquente ou mieux connue. Mais Frédéric se faisait un honneur de démentir cette loi, et de trouver un locuteur, un seul, capable de fournir une traduction directe, et de mettre cette personne à disposition dans les délais les plus brefs. En pratique, son fonds de commerce était constitué par un carnet dadresses, un site Internet soigneusement crypté (qu'il avait fabriqué lui-même), un vaste culot et un répondeur téléphonique. Si par exemple, le soir de Noël, lambassade de Lituanie avait soudainement besoin dun interprète prêt à venir à lappui dune conversation entre un Lituanien et un Javanais, il consultait ses listes, se renseignait auprès de quelques amis et dégottait la personne adéquate, par exemple un Russe ayant anciennement vécu à Riga, travaillé quelques années à Djakarta et résidant actuellement à Londres. Il appelait Londres, réservait la place davion, prenait sa commission et mettait en contact le traducteur et ses clients. Une autre fois, on pouvait lui demander de fournir la traduction en finnois dun texte akkadien écrit en cunéiforme archaïque de 2500 avant notre ère, et il était capable de trouver en moins dune heure la combinaison qui fournirait la bonne solution. Certes, il fallait mettre du beurre dans les épinards, et dans cette perspective Frédéric n'hésitait pas à se transformer en homme d'affaires : il ne dédaignait ni les colloques, ni les conférences, ni les réunions publiques où les négociants, les politiciens, les universitaires, les chercheurs et les experts échangent les dernières nouvelles ou les potins de leur profession respective - ni même les interrogatoires policiers, ceux de la Préfecture de Paris ou du Centre de tri de Roissy, où de pathétiques incompréhensions se dissimulaient derrière les difficultés de traduction. Il ne les dédaignait pas mais tentait de n'en user que comme source de financement (voire lieu de recrutement, quand les personnes en transit parlaient des langues rares) en se cantonnant, même en ces occasions, dans sa spécialité à lui : s'écarter de la banale traduction dune langue courante en une autre. Bref, cétait un travail extrêmement pointu. Malgré sa jeunesse et grâce à la diversité surprenante de ses amitiés, qui nétait pas totalement sans rapport avec sa participation au Cercle, Frédéric remplissait cette tâche à merveille et passait rarement à côté d'une bonne occasion. Il nétait pas surprenant quil sintéresse de plus près au cas de Danel. - FRÉDÉRIC : Mais toi Danel, quelle est ta langue maternelle? (Danel) Il fallait que ça vienne. Il fallait quil la pose, cette question, la seule pour laquelle le mensonge est exclu car mon accent me trahit et la vérité impossible car inconnue à perpétuité. Pour quel autre humain toute langue est-elle pour toujours étrangère? Quel autre humain n'a-t-il plus aucun souvenir ni du visage de sa mère ni de la langue qu'elle parlait? - DANEL : A vrai dire, jen ai eu plusieurs. - FRÉDÉRIC : Plusieurs langues maternelles? (Danel) Il me fatigue, il me fatigue. Comment lenvoyer sur les roses? Frédéric nétait pas du genre à prendre des gants, il insista. - FRÉDÉRIC : Tu as été élevé dans plusieurs langues? (Danel) Lemmerdeur. Il faudra que je lui explique un jour en quoi ça consiste, le tact. - DANEL : Eh bien voilà : je suis né en Roumanie mais jai passé la plus grande partie de mon enfance dans le Caucase où jai appris quelques langues locales, dont le russe. Mais il faut pas me prendre pour un linguiste. Avec le temps, jai fini par tout confondre et ne plus parler une seule langue comme il faut. - FRÉDÉRIC : Peu importe. Pour les meilleurs traducteurs, toutes les langues sont étrangères! (Danel) Ça, je te le fais pas dire. - DANEL : Jen connais quelquesuns qui me sont familières et étrangères à la fois. - FRÉDÉRIC : Lesquelles? - DANEL : Oh! le géorgien, le tchétchène, mais aussi louzbek. Mon père était fonctionnaire, il voyageait sans arrêt. Danel improvisait sans se soucier de la cohérence de sa nouvelle biographie avec celle quil avait racontée le tout premier jour. Il avait compris que Frédéric sintéressait surtout à son Agence Multilingues, quil se fichait de ses explications, et quil se demandait surtout sil parlait vraiment toutes ces langues. (Danel) Enfin le courage mest revenu, je lui ai menti, jai pu reconstruire une fiction, il fallait bien vivre. - FRÉDÉRIC : Et tu parles dautres langues encore? (Danel) Si jen parle? Jy vis, jy habite et j'y suis en exil. - DANEL : Jai étudié les langues mortes, comme le latin ou le grec ou aussi le slavon, mais cest de lhistoire ancienne. (Danel) Jai pensé en latin pendant tant de siècles que la langue de Rome est pour moi aussi vivante que langlais et plus récente que louzbek ou larménien dont je nai fait quun usage transitoire, mais comment lui expliquer ça? Frédéric avait senti que Danel pouvait être une recrue intéressante, voire une perle rare. En bon professionnel, il se demandait comment il allait sy prendre pour le mettre à lépreuve. Il avait laissé entendre quil pourrait un jour faire appel à ses compétences, si Danel voulait bien lui laisser une liste des langues quil maîtrisait. Danel navait pas résisté. Il ne pouvait pas rester rivé éternellement quai de l'Idve contrairement à ses principes les plus éprouvés et au détriment de son insurmontable pulsion au vagabondage. Il avoua quil connaissait le turc et quelques langues voisines, un peu larménien et pas trop mal le tadjik, sans parler de quelques langues de lapons, voire un petit bout de coréen ou même du japonais... Laveu, pour être crédible, ne devait pas dépasser certaines bornes. Frédéric comprit que les limites étaient plutôt lointaines et en fit son profit. Le seul obstacle à une véritable embauche était la quasi totale absence de papiers didentité. Danel pouvait toujours prétendre quil était originaire dune petite zone roumaine de langue hongroise peuplée danciens allemands et que, en raison notamment des connexions linguistiques entre le hongrois et louzbek, il avait voyagé en Asie Centrale puis en Extrême-Orient, quil sétait passionné pour lartisanat local ce qui lavait obligé à apprendre les langues de la plupart des peuplades, quil navait plus aucune trace de tout ça à cause des vols et des incendies, etc etc..., personne ne lécoutait jusquau bout et presque personne ne le croyait. Mais ma foi, on sy faisait, et la traduction nexige aucun diplôme. Danel était un excellent traducteur, et son physique rassurant, grand blond cheveux frisés, arrangeait bien des choses. Cest ainsi (janticipe sur la suite de lhistoire) que Danel Qilen échappa dans une certaine mesure à lenfermement du loft et commença, à sa propre stupéfaction, à se sentir bien sur la place de Paris, où il devint un traducteur apprécié. Il découvrit peu à peu les dessous de la vie politico-mondaine, il apprit le vocabulaire secret des négociations daffaires et les phrases fétiches des échanges culturels, il se familiarisa avec les formules ambiguës des entrepreneurs et des mafiosos, il fréquenta les salles de réunion et les lieux de plaisir, les restaurants de luxe où se tenaient les négociations clandestines et se concluaient quelques affaires foireuses, les chambres dhotel où il fallait sintroduire par la porte de service, bref il ne refusa aucune des missions qui lui furent confiées par lAgence MultiLingues, que ces missions concernent les amateurs de culture, les thésards érudits, les immigrés paumés ou les parasites de la grande et de la petite finance. Mais jusqu'où pourrait-il s'engager dans cette voie? |
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Création
: Qylal |
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Idixa
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RDQ RDQParcours BM.PDE YE_BM.PDE Rang = R |
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