Derrida
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Derrida fait signe au hors - livre                     Derrida fait signe au hors - livre
Sources (*) : Derrida, la tour de Babel               Derrida, la tour de Babel
Jacques Derrida - "Psyché, Inventions de l'autre (tome 1)", Ed : Galilée, 1987, Pages 203 à 235

 

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Des tours de Babel (texte de Jacques Derrida, première publication en 1985)

   
   
   
               
                       

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1. Contexte.

Ce texte dont la première version a été publiée deux fois la même année, en 1985, une fois en édition bilingue (dans Difference in translation, éd. Joseph Graham, Cornell University Press) et une autre fois dans des Mélanges offerts à Maurice de Gandillac (dans L'art des confins, PUF), est le résultat d'une maturation dont on peut penser qu'elle a commencé environ dix ans plus tôt. En 1976-77, à l'ENS, Derrida a consacré trois séances de séminaire à Walter Benjamin. En 1979, lors de la table ronde sur la traduction recueillie dans L'oreille de l'autre, les principales articulations qui apparaîtront en 1985 sont déjà mentionnées, et elles sont ensuite reprises en 1980, dans la première version d'Un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie publiée dans Les fins de l'homme, Galilée, 1981. Certes, la question de la traduction est aussi évoquée dans les textes de la fin des années 1960, dès Freud et la scène de l'écriture (1966) et La pharmacie de Platon (1968), et ensuite notamment dans Positions (1972), Glas (1974), Fors (1976), Survivre et Journal de bord (1979), Moi, la psychanalyse (introduction à L'écorce et le noyau de Nicolas Abraham, 1979). Mais dans ces différents textes, la problématique qui combine étroitement La tâche du traducteur (Walter Benjamin, 1923) et le récit biblique de la Tour de Babel n'est pas articulée explicitement. Ce sera le cas dans Les tours de Babel et aussi dans Les yeux de la langue, ce commentaire détaillé d'une lettre de Gershom Scholem à Franz Rosenzweig (1926) paru en 1987. Dans cette lettre exhumée par Stéphane Moses en mars 1985 dans les papiers de Gershom Scholem et publiée en français dès le mois de septembre (Archives de sciences sociales des religions, N°60-61, 1985), c'est la question de la langue sacrée qui vient au centre de la réflexion. Alors que dans les années 1984-88, Derrida consacrait son séminaire pluri-annuel à la thématique Nationalité et nationalismes philosophiques, la troisième année de ce cycle (1986-87) est sous-titrée : Le théologico-politique (langue sacrée, langue séculaire : l'élection, l'alliance, la promesse), et Les yeux de la langue paraissent dans la foulée. Tout se passe comme si la publication de la lettre de Gershom Scholem avait relancé l'interrogation derridienne autour de Babel, qu'il avait qualifiée de colonne tournante ou colonne de langues dès 1969 (dans la La dissémination). Sur cette colonne de souffles, dont des vents nouveaux relancent périodiquement la rotation, d'autres problématiques viendront ultérieurement se greffer.

 

2. Plan du texte.

Apparemment, il n'y a pas de subdivision dans les 32 pages des Tours de Babel, mais cela n'interdit pas au lecteur de tenter d'en restituer un certain degré d'organisation, avec différents recoupements :

- (pp203-204). deux paragraphes introductifs, où le texte biblique est présenté comme une figure pas comme les autres, "la traduction d'un système de déconstruction".

- (pp204-2011). Babel, nom propre et nom commun. La proclamation du nom divisé déconstruit la langue unique.

- (pp210-212). Babel comme scène d'endettement.

- (pp211-235). Analyse du texte de Walter Benjamin, La tâche du traducteur.

- (pp212-214). La traduction comme survie, vie en plus.

- (pp213-214 et 222-225). La traduction comme métaphore, ammétaphore.

- (pp215, 224, 233-235). Le texte sacré, événement, acte de langage et modèle d'écriture.

- (pp216-219). L'endettement du traducteur. Les pleurs de l'œuvre et la dette insolvable.

- (pp220-227). Le contrat de traduction et la loi de l'hymen.

- (pp228-232). Original et droit d'auteur.

- (pp233-235). Le texte sacré comme événement babélien.

 

 

3. Supplémentarité.

Une traduction, fait observer Derrida, vient toujours en plus. C'est une croissance, une excroissance, un accroissement, un ajout (p222). Sur ce chemin on peut signaler - de manière peut-être anecdotique mais pas sans signification - que, lors de la première publication de ce texte dans un recueil édité par Joseph F. Graham, Difference in Translation (1985), la traduction en anglais occupait la septième place du recueil. A cette traduction s'ajoutait, sous la rubrique Appendix, la version originale en français, qui se trouvait donc en position de supplément du sept. La troisième publication, intervenue en 1987 dans Psyché, Inventions de l'autre, occupe aussi la position 7 + 1 du livre, juste après un texte sur Levinas (en position septième), En ce moment même dans cet ouvrage me voici. On ne peut pas dissocier ces deux derniers articles, qui tournent autour de la question du nom de Dieu, d'un certain privilège du moment septième dans l'œuvre derridienne.

 


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