Derrida
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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Auto - bio - graphie                     Auto - bio - graphie
Sources (*) : "La vie la mort" : graphies d'alliance               "La vie la mort" : graphies d'alliance
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 21 sept 2019

 

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Derrida, la vie, la survie

[Entre vie et mort, l'alliance peut s'écrire : "Auto-bio-graphie"]

Derrida, la vie, la survie
   
   
   
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1. Expression.

Auto-bio-graphie. Dédoublement du "je" : [Je raconte ma vie, je me raconte] / [Je raconte ce que j'ai accompli quand j'étais vivant].

 

2. Analyse.

Traditionnellement, autobiographie est le mot qui désigne le récit, par un narrateur, un "je", de sa vie et de ses œuvres. Ce terme, qui contient la vie, est paradoxal :

- d'un côté, tout se passe comme si, au moment où j'écris, je m'entendais parler, dans l'évidence de ma présence à moi ;

- mais d'un autre côté, comme cela est annoncé dans le célèbre aphorisme derridien, il n'est rien en-dehors du texte, l'autobiographie ne peut renvoyer qu'à des éléments textuels. C'est une fable, et aussi la traduction de cette fable en une trace, un écrit. Tout ce qui lui revient ou en revient fait retour à la signature, au nom, et non pas au porteur vivant du nom.

Il y a dans l'autobiographie deux "je" dissymétriques, dissociés, étrangers l'une à l'autre : l'un aura été vivant et l'autre déjà mort, et ces deux "je" ne s'excluent pas, au contraire, ils se nouent dans une relation d'alliance. Chaque fois qu'un vivant déclare "moi", ou "je", il signe avec lui-même un contrat secret, inouï. En tant que porteur du nom, il s'accorde un crédit. Son identité, il ne la tient pas d'un contrat avec ses contemporains, mais d'un contrat avec lui-même qui l'autorise à dire "Je suis". A ce titre il parle, il écrit, il attend de l'autre, du lecteur ou de l'auditeur, une contresignature qui confirmera ce contrat.

Cette contrainte circulaire se traduit dans les autobiographies usuelles, courantes, par le recours à des modèles, des stéréotypes qui se ferment sur eux-mêmes. Cependant même les discours les plus repliés, les plus scellés, ont des bordures : le contexte, le cadre, les parerga, la situation du moment. Le genre autobiographique ne cesse de travailler une fermeture nécessairement inachevée, incertaine, voire impossible.

 

3. Amarcord (Federico Fellini, 1974).

On trouve dans ce film :

- une pluralité de voix qui renvoie toujours au même "je", celui du réalisateur. Adolescent dans les années 30, mémorialiste dans les années 70, joué par un acteur dans le corps du film ou sous la forme d'une voix off, il s'agit toujours du même Federico Fellini.

- de très nombreux stéréotypes qui répètent des modèles bien établis : le père éruptif, la mère qui cache sa tendresse derrière les accès de colère, la Gradisca au fessier plantureux, la Volpina érotomane, la buraliste opulente, les gamins farceurs, les professeurs que personne n'écoute, le comte en calèche, l'historien aussi érudit qu'anachronique, le confesseur complice, etc. Chaque image est originale et pourtant tout est prévisible. Cette répétition se traduit par une ritournelle insistante, une musique de Nino Rota qui reste dans les mémoires, jusqu'à aujourd'hui, comme typique de l'autobiographie.

- l'alliance entre vie et mort est assez solide pour que le film ne débouche sur aucune autre promesse que cette alliance. La scène finale, où l'on voit la Gradisca se marier avec un étranger insipide, n'est pas une ouverture, mais une clôture.

 

4. Douleur et gloire (Pedro Almodovar, 2019).

 

 

"Sa propre identité, celle qu'il déclare, veut déclarer, et qui n'a rien à voir, qui est hors de proportion avec ce que les contemporains connaissent sous ce nom, sous son nom, Friedrich Nietzsche, sa propre identité, il ne la tient pas d'un contrat avec ses contemporains, mais du contrat inouï qu'il a signé avec lui-même, par lequel il s'est endetté lui-même auprès de lui-même, crédit infini et qui est sans rapport avec celui que les contemporains lui ont ouvert ou refusé sous ce nom de Friedrich Nietzsche" (La vie la mort, pp51-52).

"Si la vie qu'il vit et qu'il se raconte comme son auto-biographie n'est d'abord sa vie que comme effet d'un contrat secret, d'un crédit ouvert, d'un endettement ou d'une alliance ou d'un anneau, alors il peut dire, tant que le contrat n'aura pas été honoré - mais il ne peut l'être que par l'autre - que sa vie n'est peut-être qu'un préjugé" (La vie la mort, p52).

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Propositions

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Chaque fois qu'un vivant déclare "moi", "je", "je vis", il signe avec lui-même un contrat secret, inouï, il s'ouvre un crédit, une alliance cryptée qui ne peut être honorée que par l'autre

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Qu'un "je" se cite soi-même, qu'il en fasse le récit, c'est ce qui, dans la vie comme dans la Genèse, donne lieu à l'alliance de l'affirmation avec elle-même : "oui, oui"

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Le vivant, ce texte qui ne renvoie qu'à des éléments du texte, ne peut être traduit que par les produits de sa propre traduction - c'est la structure de la fable

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Tout appel à un modèle, sur le mode économique de la comparaison, tend à prendre une forme circulaire où le modèle a pour finalité de devenir le modèle de son modèle

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Le récit autobiographique de "ma vie" ne tient en place que par le retour de l'alliance, le "oui, oui" donné au don de la vie en un lieu qui n'a pas lieu, sur une bordure disparaissante

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[La signature derridienne n'est rendue effective qu'au bord de son oeuvre, là où le corpus se noue à la vie]

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Amarcord (Federico Fellini, 1974) - Où une fiction circulaire scelle l'alliance autobiographique du cinéma avec un "je"

 


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