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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Auto - thanato - graphie                     Auto - thanato - graphie
Sources (*) : "La vie la mort" : graphies d'alliance               "La vie la mort" : graphies d'alliance
Pierre Delain - "Après...", Ed : Guilgal, 2017, Page créée le 21 sept 2019

 

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[Auto-thanato-graphie]

   
   
   
                 
                       

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A. Par comparaison avec la formule de l'autobiographe, [Je raconte ce que j'ai accompli quand j'étais vivant], la déclaration correspondante pourrait être : [Je sais que je suis mort, mais comme je ne peux pas le proférer, un autre "je" le profère et l'écrit].

Le néologisme auto-thanatographie est introduit dans le séminaire "la vie la mort" à l'intérieur d'un ensemble complexe où interviennent le thanato-logique ou thanato-graphique (pp48-49), l'allo-biographique ou le thanato-biographique (p61). Si j'ai choisi de regrouper ces termes sous le vocable de l'auto-thanatographie (p82). c'est parce que Derrida s'appuie sur un autre texte de Nietzsche, le fragment 87 du Livre du philosophe, intitulé Oedipe, où il se présente comme le dernier philosophe, le tout dernier homme, celui dont la voix est celle d'un mourant. Une autre voix qui est encore la sienne tout en ne l'étant plus, une voix aimée qui vit encore, en-dehors de lui, peut se faire entendre. Privé de l'assistance d'un père, hésitant entre deux chemins, l'Œdipe de Nietzsche avance en aveugle. Il s'entend parler, mais cette voix solitaire n'est plus la sienne. Pour Derrida, ce moment est celui de l'écriture de la mort du moi-même. Raconter sa propre mort est impossible, mais un autre "je" peut entendre sa voix et l'écrire. Ce qui s'écrit alors est le texte d'un mort par lui-même, mais ce mort est déjà à la place d'un père, un père mort, un père dont on puisse hériter.

Cette structure complexe, présentée par Derrida au début du séminaire La vie la mort, ajoute à la construction grammatologique qu'il avait conçue dans les années 1960 une dimension supplémentaire, celle de l'alliance. Il la démontre, si l'on peut employer ce mot, en privilégiant un passage de la déclaration de Nietzsche faite au début de Ecce homo. Je cite Nietzsche : "Pour l'exprimer sous forme d'énigme, en tant que mon propre père, je suis déjà mort, c'est en tant que je suis ma mère que je vis encore, et vieillis" (cité par Derrida, LVLM p58, Otobiographies p62). Nietzsche affirme être à la fois mort et vivant. Cette double identité est aussi une double déclaration : "Je suis mort" et "Je vis". Ma chance, ma fatalité, c'est de pouvoir persévérer entre les deux. Derrida interprète ce passage en distinguant deux logiques : celle du texte (la décadence du père) et celle de "la vivante" (l'ascendance de la mère). Les deux logiques ne se nient pas, elles n'entrent pas en opposition ni en dialectique, elles se mettent en mouvement, en marche, elles invitent à une transgression. La vivante, c'est le retour d'une vie, une autre vie, au-delà de l'opposition entre la vie et la mort. C'est la possibilité d'une sur-vie obséquente, toujours supplémentaire, de celle qui fait proliférer les marges en assistant, chaque fois, aux obsèques. Le paradoxe de cette position, c'est que dans le sein de la mère qui survit à ce qu'elle a engendré, le texte ne peut continuer à exister que comme texte mort.

C'est la logique de l'obséquence développée par Derrida l'année précédente dans Glas. Le lieu de la signature, là où ça signe, est celui d'un "je" qui s'écrit, qui continue à s'écrire malgré ses obsèques. Quelque chose ou plutôt quelqu'un lui survit. A la suite de Nietzsche, Derrida nomme ce quelqu'un la Vivante, une mère déjà là avant même la vie, qui protège le texte, qui fait proliférer ses marges en assistant, impassible, à la mort de celui qu'elle aura engendré. Le retour éternel de Nietzsche prend acte de cette logique. En tant que je suis mon père, il déclare Je suis mort, mais en tant qu'il est un "je", il déclare Je suis vivant. Il ne se situe pas dans une généalogie où se succèdent la vie et la mort, mais entre les deux, entre l'ascension et la chute, dans une démarche en anneau où la mort n'est abordée que d'un seul pied, un pied au-delà de la vie qui altère la limite en la franchissant.

Dans L'Avenir de nos établissements d'enseignement, Nietzsche illustre ce rapport auto-thanato-graphique par la figure du professeur qui fait parler les morts. Le professeur est vivant, sa bouche profère une vérité, mais cette vérité n'est pas la sienne, c'est celle d'un autre déjà mort. Sa propre voix ne lui revient pas à lui, mais seulement à son nom. L'étudiant entend directement cette parole de la bouche du professeur. Vivante, son oreille ne fait que prendre acte, contresigner la parole d'un mort qui lui arrive par une autre bouche dans l'illusion de la vie. Mais cette alliance, qui est mortifère pour l'étudiant, ne supprime pas les tensions. Quoique grammaticalement correcte, la relation thanato-graphique ou thanato-logique est porteuse de tous les paradoxes du "Je suis mort". Elle a "du mal" à se stabiliser car on ne peut pas suturer la différance qui, en elle, insiste entre sa structure testamentaire et le mouvement (vivant) de l'audition, c'est-à-dire de l'oreille. Nietzsche définit le génie comme une métaphore vivante, une mère ou un artiste qu'il faut sauver de la domination de la culture moyenne. Pour s'extraire de l'autothanatographie, il faut une autre force : métaphorique, démonique, etc..

 

B. Œuvres.

 

 

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Propositions

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En Oedipe se meurt la voix qui s'entend parler, "ma voix", dont le dernier mot désigne l'écriture de la mort du moi-même

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En Oedipe aveugle, solitaire, se met en marche le pas au-delà inouï du tout dernier homme qui ne s'adresse plus à personne et ne peut même plus se garder comme dernier

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"Rien ne revient jamais à du vivant", au porteur du nom : tout nom est un nom de mort, et tout ce qui revient revient seulement au nom

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La compulsion de répétition freudienne, cette force démonique, appartient à la structure du testament

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Avant "la vie / la mort", il y a "la vie / le mort", où la Vivante qui précède le mort s'allie avec lui et vient en plus, en retard, au-delà

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Logique de l'obséquence : "Je suis la mère qui survit toujours à ce qu'elle aura engendré"

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Le "retour éternel" de Nietzsche, c'est qu'il appelle à transgresser d'un pas l'alliance du "Je suis mort" (déjà mort - le père) et du "Je vis" (la Vivante, la survivante - la mère)

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Sauver le génie, métaphore vivante de la mère, de la vie ou de la vie plus que la vie, contre la domination de la culture moyenne, telle est la métaphore en général

 


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