Derrida
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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, plaisir, jouissance                     Derrida, plaisir, jouissance
Sources (*) : Plaisir présent, nostalgie d'une date               Plaisir présent, nostalgie d'une date
Jacques Derrida - "Séminaire "La bête et le souverain" Volume II (2002-2003)", Ed : Galilée, 2010, p90

 

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Derrida, la marche, le pas

Il n'est de plaisir ou de jouissance que dans la trace, la revenance de ce pas que jamais je ne suis sûr de reconnaître, de me réapproprier

Derrida, la marche, le pas
   
   
   
Derrida, exappropriation Derrida, exappropriation
               
                       

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En 1975-76, Jacques Derrida a consacré quatre séances du séminaire La vie la mort au texte de Freud, Au-delà du principe de plaisir. Il choisit alors de nouer ce qu'il nomme PP, PR et PM, le principe de plaisir, le principe de réalité et la pulsion de mort, en une forme à la fois lâche et insistante qu'il nomme stricture. En 2002, il revient sur le sujet en quelques pages très denses (p86-90 du volume II) où il associe le plaisir au retard pris dans la course à la mort. Il n'est plus question de spéculation pure, mais de mal d'archive, pour reprendre le titre d'un texte sur Freud daté de 1994. L'élément commun à ces deux tentatives de définition du plaisir, c'est que celui-ci n'a ni substance, ni contenu, mais provient de l'insistance, dans le présent, d'une nostalgie ou de la revenance d'une trace. Impossible à définir comme tel, le plaisir participe, comme supplément, au deuil de soi-même.

D'un séminaire à l'autre, entre 1975 et 2003, on passe du combat de Freud pour la survie de sa famille et la pérennité du mouvement psychanalytique au combat de Robinson Crusoé pour sa survie et son retour au pays. Se croyant déjà morts, l'un et l'autre associe le plaisir à une volonté de maîtrise. En introduisant le vers de Celan, Ich muss dich tragen, Derrida vient perturber cette logique. C'est la notion de bénédiction, qu'il avait déjà introduite en 1986 dans son commentaire de Schibboleth, qui fait retour. Pour que le plaisir revienne, il faut une bénédiction, mais celle-ci n'est jamais garantie, elle reste indécidable. Comme la bénédiction des dates, des noms et des cendres dans Schibboleth, elle demeure improbable, retenue. Si on pouvait compter sur elle, alors ce ne serait plus une bénédiction mais un calcul. Il en va ainsi du plaisir : on ne peut pas compter sur lui, il reste toujours indécidable. Certes il vient du passé, de la trace, d'hier (p90), mais sa composante nostalgique est aussi une course de vitesse. La trace pourrait s'effacer, mourir, et le plaisir avec lui. Il faut, pour qu'il advienne, porter la trace comme celle d'un autre, la laisser se disséminer sans souci de maîtrise. L'œuvre du poète est une chambre d'échos, écrit Derrida dans Béliers, où il bénit et dissémine les semences dont il hérite.

Dans le film Robinson Crusoé (Rod Hardy et George T. Miller, 1997), Robinson met sa main sur la trace pour s'assurer qu'elle existe vraiment.

 

 

Dans La bête et le souverain, à propos de l'effroi de Robinson Crusoé devant ce qu'il prend pour sa propre trace, Jacques Derrida déploie une sorte de théorie du plaisir dans laquelle le plaisir n'est jamais présent, mais arrive comme déjà passé et dépassé, comme un mal d'archive. Il s'appuie sur une citation du premier des Holy Sonnets de John Donne (publié en 1633) : "I run to Death and Death meets me as fast / And all my Pleasures are like Yesterday". Il écrit : "Et tous mes plaisirs sont comme hier, like Yesterday, comme l'hier, comme venus d'hier, mes plaisirs sont déjà d'hier, mes plaisirs sont l'hier même, d'avance ils sont datés - et d'hier. D'avance ils ont passé, ils sont passés, déjà passés dépassés, déjà des mémoires de jouissance révolue ou des revenances de plaisir" (p87). Entre la mort et le plaisir, il y a une course de vitesse. Cette notion de vitesse, qui se trouve dans le texte de John Donne (as fast) est au cœur de son interprétation. La mort vient très vite à ma rencontre, comme dans le conte arabe Le vizir et la mort (voir ci-contre) qu'il cite également à propos de Samarkhand (p87), je voudrais fuir mais involontairement je cours après elle et elle va plus vite que moi, elle est toujours en avance, ce qui teinte ma vie de mélancolie ou de nostalgie.

Cette course à la mort "ne fait pas seulement que mes plaisirs présents me sont présentement et d'avance dérobés, passés, déjà révolus dans leur présent même, déjà datés d'hier dans le présent et leur ici-maintenant", écrit Derrida (p88), mais que "ce que nous connaissons et éprouvons sous ce nom de plaisir ou de jouissance et comme plaisir présent se trouve ensuite, par-dessus le marché et sitôt que ce soit, déterminé comme passé, affecté de passé, et d'hiereté" (p89). Le plaisir est toujours affecté d'un pas de plaisir, ce qui renvoie à l'Au-delà du principe de plaisir freudien, où plaisir et déplaisir sont toujours liés.

"Mes plaisirs sont mort-nés. Autre façon de dire et de penser la pas de plaisir, le pas d'une jouissance qui est d'avance le passé d'elle-même, qui est un pas comme passé, comme ce qui se passe de plaisir présent dans le plaisir et dont je ne jouis que dans la trace du pas de plaisir. En revenant sur tous les pas. Le plaisir est la revenance du pas - de tous les pas, de tous les passages passés du pas" (p90).

Jouant sur l'homophonie de la langue française entre le nom (un "pas") et l'adverbe de négation (ce qu'il n'est "pas"), Derrida pense le pas de plaisir en même temps que le pas du plaisir. Le plaisir revient sur ses pas, dans la crainte que le frayage ne soit pas le bon (pas le sien mais celui d'un autre, comme Robinson qui se demande à qui appartient cette empreinte qu'il trouve sur le sable). Venant du passé (hier), il est déjà altéré par l'autre, mais il n'y a pas d'alternative, pas d'autre lieu de la joie.

 


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