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Sources (*) : Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique               Et il faut préférer l'incalculable, l'anéconomique
Jacques Derrida - "Donner La Mort", Ed : Galilée, 1999, p129

 

Crucifixion avec St Nicolas et St Gregoire (Duccio di Buoninsegna, 1311) -

Derrida, responsabilité(s)

En tant qu'économie du sacrifice, la responsabilité chrétienne renvoie à une dissymétrie entre les regards : "Ton père qui te voit dans le secret, te le rendra"

Derrida, responsabilité(s)
   
   
   
Derrida, Dieu Derrida, Dieu
L'héritage d'Abraham, irrévocable               L'héritage d'Abraham, irrévocable  
Derrida, le secret                     Derrida, le secret    

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Le chapitre VI de l'Evangile de Matthieu est celui où la prière chrétienne, "Notre Père" est énoncée : "Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, etc..." (versets 9 à 13). Or, dans ce même chapitre, le texte insiste, trois fois (versets 4, 6, 18), sur la question du secret. C'est chaque fois la même formule qui est répétée : "ton Père qui te voit dans le secret, te le rendra". Kierkegaard rapproche cette formule du sacrifice d'Isaac : "Mais celui qui aime Dieu [Abraham] n'a point besoin de larmes [il s'agit des larmes de ses proches, dont le héros tragique a besoin], nul besoin d'admiration, dans son amour il oublie sa douleur, et si complètement qu'il ne resterait pas la moindre trace de sa souffrance s'il n'y avait Dieu pour se la rappeler, car Dieu voit dans le secret, il connaît la détresse, il compte les larmes [celles d'Abraham lui-même] et n'oublie rien" (Crainte et Tremblement p203, cité par Derrida p131).

"Voir dans le secret. Qu'est-ce que ça peut vouloir dire?" demande Derrida (p122). En général, un secret est de l'ordre de la parole; on peut l'entendre, pas le voir. La formulation en latin du texte évangélique (videre in abscondito) diffère légèrement de la formulation en grec (en tô kryptô blepein). La première insiste sur le visible en tant que caché (abscondito), ce qui suppose que le secret en question soit de l'ordre du visible [A rapprocher du verset de l'Ancien Testament (Ex 20:15) : Et tout le peuple voi(en)t les voix...]. Au contraire le terme grec (krypto) renvoie à l'invisible. Le secret dont il est question ne serait pas de l'ordre du visible, mais au-delà du visible, voire au-delà du secret au sens courant du terme (ce qui est séparé). Mais alors, l'au-delà du secret, qu'est-ce que ça peut vouloir dire?

Le père (Dieu, le tout autre) voit en moi dans le secret, mais moi je ne le vois pas. Dans ce rapport de regard, la dissymétrie est absolue. La loi me regarde, mais je ne peux pas croiser son regard (ce que Derrida nomme dans d'autres textes l'effet de visière). Elle ne vient pas directement, mais passe toujours par la voix d'un autre, d'un intermédiaire qui me parle, sans face-à-face. Dans l'Evangile de Matthieu, ce regard qui me voit connaît mon propre secret, que je ne connais pas moi-même. Le secret du secret, dit Derrida, c'est que mon secret ne m'appartient pas, il n'est pas chez moi, il est tout autre pour moi et j'en tremble. Avec cette dissymétrie, c'est la subjectivité chrétienne qui émerge dans la crainte et le tremblement mentionnés par Kierkegaard (le mysterium tremendum de Rudolf Otto, que Patocki associe au devenir-responsable de la personne individuelle). Intériorisée par la personne, la demande du tout autre qui le regarde se transmue en bonté, exigence, devoir. La responsabilité est indissociable du sacrifice de soi, de la culpabilité, du péché originel et de la recherche du salut. Elle se situe dans le prolongement de l'économie chrétienne.

Alors que Platon situe dans le soleil la source invisible mais intelligible du Bien, la foi chrétienne le situe, au-delà de la philosophie, dans un regard. Le salut de l'âme ne passe plus par la mort (qui lui permet d'accéder au monde des idées), mais par le repentir. Jacques Derrida nomme économie du sacrifice cette logique chrétienne où la prière, le don de soi, sont récompensés. "Ton Père qui voit dans le secret, te le rendra".

Cette économie (chrétienne) du sacrifice, c'est la loi du père en tant qu'elle arrête l'acte d'Abraham. Avant cet arrêt (la substitution du bélier à son fils Isaac), Abraham acceptait de donner la mort à son fils sans échange, calcul ni récompense. Mais le chrétien ne doit pas imiter Abraham. Il multiplie les actes qui augmenteront son capital dans l'économie du ciel, il apprend par coeur la prière qui promet la récompense, et la récite. Ce que tu as accompli sur terre, Dieu de le rendra en un lieu où plus aucun voleur ne pourra te le dérober, dit le texte évangélique. "Où est ton trésor, là aussi sera ton coeur" (verset 21). Le lieu du coeur, son juste emplacement, c'est le lieu des vraies richesses, du vrai trésor. Pour le Christ de Matthieu, donner, c'est espérer la garantie d'un bon salaire dans les cieux. Là où l'économie n'est pas corrompue, là où l'échange est invulnérable, là où le sacrifice reçoit sa récompense, la justice est fondée sur la rétribution.

 

 

Evangile de Matthieu, chapitre 6 :

1 Gardez-vous de pratiquer votre justice aux regards des hommes pour être vus d'eux; autrement, vous n'avez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

2 Quand donc tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes; en vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.

3 Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite,

4 afin que ton aumône soit dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

5 Et lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des rues, afin d'être vus des hommes; en vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.

6 Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre et, ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est présent dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

7 Dans vos prières, ne multipliez pas les paroles, comme font les païens, qui s'imaginent devoir être exaucés à force de paroles.

8 Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous ne le lui demandiez. Vous prierez donc ainsi:

9 Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié;

10 que votre règne arrive; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

11 Donnez-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre subsistance;

12 et remettez-nous nos dettes, comme nous-mêmes remettons à ceux qui nous doivent;

13 et ne nous induisez point en tentation, mais délivrez-nous du Malin.

14 Car si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra aussi (les vôtres).

15 Mais si vous ne remettez pas (les leurs) aux hommes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos offenses.

16 Et lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme les hypocrites, qui exténuent leur visage, pour faire paraître aux hommes qu'ils jeûnent; en vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.

17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,

18 afin qu'il ne paraisse pas aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est présent dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

19 Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les voleurs percent les murs et dérobent.

20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni les vers ne consument, et où les voleurs ne percent pas les murs ni ne dérobent.

21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

22 La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, tout ton corps sera éclairé; mais si ton œil est gâté, tout ton corps sera dans les ténèbres.

23 Mais si la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres!

24 Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la Richesse.

25 C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre âme de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. L'âme n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?

26 Regardez les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent et n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?

27 Qui de vous, à force de soucis, pourrait ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie?

28 Et pourquoi vous inquiétez-vous pour le vêtement? Observez les lis des champs, comment ils croissent: il ne peinent ni ne filent.

29 Or je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un d'eux.

30 Si donc Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne (le fera-t-il) pas bien plus pour vous, gens de peu de foi?

31 Ne vous mettez donc point en peine, disant: Que mangerons-nous ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous?

32 - c'est de tout cela en effet que les païens sont en quête, - car votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela.

33 Cherchez premièrement le royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus.

34 N'ayez donc point de souci du lendemain, car le lendemain aura souci de lui-même: à chaque jour suffit sa peine.

- Guideon : En qualifiant le christianisme d'économie du sacrifice, Jacques Derrida prend le contre-pied des critiques traditionnelles de l'Eglise à l'égard des Juifs. Alors que ceux-ci sont accusés d'hypocrisie, de ne prier dans les synagogues que dans l'attente d'une récompense, Derrida fait observer qu'Abraham, dans l'Ancien Testament, accepte le sacrifice de son fils sans aucune rétribution ni compensation. Au contraire , dans le chapitre VI de l'Evangile de Matthieu, un salaire est promis aux chrétiens. Que le salaire soit différé dans le temps, qu'il ne soit pas versé sur terre, mais dans les cieux, ne change rien à l'économie.

 


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