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Le récit de l'Orloeuvre  

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Le théatre défend et déchire la voix                     Le théatre défend et déchire la voix
Source :              
Antonin Artaud - "Oeuvres Complètes, tome 4", Ed : Gallimard, 1964, tome 4 pages 62 et suivantes (Le théatre et son double)

Il faut que le théatre purifie la voix comme l'alchimie purifie l'or : dans le drame d'un retour à l'unité primordiale

   
   
   
                 
                       

Dans le texte intitulé "Le théatre alchimique" (tome 4 des OC pp58-63), Artaud compare le principe du théatre à celui de l'alchimie. Dans les deux cas, il s'agit de faire réellement de l'or (idée bizarre pour un homme qui se lavait peu et ne répugnait pas à la scatologie). Qu'est-ce que l'or pour Artaud? De nombreux commentateurs se sont posé la question, et il n'est pas certain que la réponse ait été trouvée. A la fin de ce texte, il compare ce produit surchargé (selon lui) de spiritualité à une sorte de note unique, de note limite, d'une pureté absolue et abstraite : la partie organique d'une vibration indescriptible - quelque chose qu'on peut comparer à une Voix originelle.

L'alchimie, qui fonctionne par symboles, et le théatre, qui fonctionne par formes, sons, musiques et volumes, sont des mirages où se joue un drame essentiel. Ce sont des arts virtuels en ce sens que leur opération n'affecte ni la réalité ni eux-mêmes, mais autre chose, un réel, ce Double inhumain qu'il s'agit de purifier. Ils produisent des états d'une acuité si intense, d'un tranchant si absolu, qu'ils sont ressentis comme dangers, menaces de chaos. Si le temps premier de la création est celui d'une volonté une (sans conflit), le drame dont il s'agit ici est le temps second, celui des luttes et des conflits. Pour revenir au sublime, Il faut déchaîner des forces immenses, jeter les soubassements de la matière les uns contre les autres. C'est ainsi qu'on obtient la voix purifiée à laquelle rêve Artaud.

Qu'est-ce que cette vibration décrite par Artaud? Une voix organique et aussi pure que l'or, d'une beauté absolue, matérielle et en même temps spirituelle, le lieu d'un drame et aussi d'une unité originelle. On peut la comparer à la voix vivante dont Merleau-Ponty dit qu'on l'entend du dedans, par vibration de la gorge. Cette voix, la seule authentique pour Artaud, vibre dans son propre corps; elle diffère de la chair de Merleau-Ponty en ce qu'elle n'est ni réversible, ni intracorporelle, ni médiatrice. C'est comme si la voix d'Artaud était dépouillée d'une de ses dimensions essentielles : son rapport à l'ouïe. La voix pure issue de l'alchimie d'Artaud remplit l'oreille sans se laisser influencer par cette audibilité.

Quant aux deux temps de la création, ils évoquent ceux de la Cabale lourianique (Artaud s'est intéressé à la Cabale, mais c'était sa Cabale à lui) : d'abord le rayon de lumière, ensuite la brisure des vases.

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