Derrida
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook Le cinéma en déconstruction, suivre sur Facebook

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la Shoah                     Derrida, la Shoah
Sources (*) : Derrida, le mal radical               Derrida, le mal radical
Jacques Derrida - "Une éthique de la mémoire, entretien entre Jacques Derrida et Michal Ben-Naftali", Ed : Mimesis International, 2018, pp285, 287

 

- -

Derrida, une fois, une seule

Dire "La Shoah est un événement unique" ouvre la question de la signification du mot "unique" en général et dans ce cas singulier

Derrida, une fois, une seule
   
   
   
               
                       

Pour l'acquérir, cliquez

sur le livre

 

Dire "La Shoah est un événement unique", c'est déjà accepter ce nom, Shoah, ce qui n'est pas sans problème. "Je dois reconnaître, comme d'autres, mais de façon particulièrement aiguë pour moi, que j'ai toujours éprouvé une certaine difficulté à nommer cette chose", dit Derrida (p285). Si cette chose est unique, absolument singulière, alors elle doit avoir un nom, mais lequel ? Aucun nom (Shoah, Holocauste, Auschwitz, avec des majuscules) ne peut être accepté sans réserve. À la difficulté de nommer s'ajoute la question de l'unicité. Derrida ne conteste pas le caractère unique de cet événement : "Je sais qu'il est unique, bien sûr" (p286), mais il y a d'autres crimes de masse, d'autres génocides (nom commun, avec une minuscule). D'un côté il ne veut pas mettre en doute ce caractère absolument unique, mais d'un autre côté c'est une unicité difficile à définir, difficile à nommer. Auschwitz est le nom d'un lieu monstrueux, mais c'est un lieu parmi d'autres. Il est trop souvent galvaudé, utilisé comme une étiquette pour se donner bonne conscience. Il est préférable de conserver la singularité de ce nom, sans le privilégier par métonymie (p303). Dans le mot Holocauste (tout brûler en grec) - qui est un nom commun, pas un nom propre - il y a l'idée de brûler, et aussi celle de sacrifice (p304). Ce mot a un sens plus large que ce qui concerne seulement les chambres à gaz et les fours crématoires. Il reste le mot Shoah [qui signifie en hébreu catastrophe, anéantissement] qu'à défaut d'un autre nom Derrida utilise le plus souvent, en tous cas dans la présente interview.

Pour décrire cette chose, donc, dont le nom se dérobe, il choisit de prendre appui sur ce qu'en dit le cardinal Lustiger. Il pourrait faire d'autres choix, il pourrait choisir d'autres références, mais c'est celle-là qui lui vient à l'esprit car il se trouve qu'au moment où il consent cette interview (janvier 1998), l'Eglise de France vient de rendre publique une déclaration sur son attitude envers la communauté juive pendant la guerre [il s'agit de la Déclaration de repentance des évêques de France faite à Drancy le 30 septembre 1997]. Ces évêques n'ont pas demandé pardon aux Juifs, mais seulement à Dieu : "Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d'entendre cette parole de repentance", écrivent-ils. Peu après cette déclaration, le cardinal Lustiger, né Juif et dont la mère a péri à Auschwitz (le 13 février 1943) publie un article qui va beaucoup plus loin que la déclaration de repentance, et c'est de cette prise de position que Derrida entend partir.

 

 

Jacques Derrida croit, lui aussi, que cet événement est unique. Il le redit plusieurs fois. Mais "que signifie ici le mot "unique" ? Tout événement est unique, tout crime est unique, toute mort est unique" (p285). Reconnaître, en principe, cette unicité, ne fait que déplacer la question. Les autres génocides sont, eux aussi, uniques. La question de l'unicité demeure, pour lui, problématique, jusqu'au point où il commence à analyser, sur plus d'une page, dans le détail, la position du cardinal Lustiger. Si la Shoah est unique, ce n'est pas seulement pour des raisons historiques, circonstancielles, c'est aussi à cause de la position du peuple juif dans la culture occidentale, européenne. La singularité de ce peuple qui a reçu la Loi, les dix commandements, au Sinaï, ne tient pas à une élection, un privilège, mais au fait que, dans la tradition européenne, c'est ce peuple-là qui est dépositaire de la Loi, et qu'en conséquence ceux qui transgressent la Loi doivent s'en débarrasser, l'exterminer.

D'un côté, Derrida résiste à l'idée qu'il puisse y avoir exemplarité de la Shoah, mais d'un autre côté, c'est une ressource de pensée inépuisable (p292). Les nazis ont voulu détruire l'archive, effacer jusqu'au nom des victimes, jusqu'à l'existence de l'événement. A Yad Vashem, l'archive est restituée mais aussi classée, consignée. Il y a toujours le risque que ce classement devienne une sorte de monumentalisation, d'oubli, qu'elle dissipe la dimension ineffaçable, irremplaçable - c'est-à-dire unique - de l'événement. Peut-être l'œuvre derridienne, toute son œuvre, est-elle aussi destinée à conjurer ce risque.

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
 
 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Guilgal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
DerridaShoah

DE.LED

DerridaMalRadical

OJ.DLK

DerridaUneFois

WU.LKD

VShoahUnique

Rang = VSShoahUnique
Genre = MK - NP