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de Jacques Derrida

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Derrida, la tour de Babel                     Derrida, la tour de Babel
Sources (*) : Derrida, la traduction               Derrida, la traduction
Pierre Delain - "J.D. : un héritage à venir", Ed : Guilgal, 2018, Page créée le 5 juillet 2018

 

La tour de Babel d'ap. Brueghel (V. M.) -

Derrida, la déconstruction

Pour le mettre en oeuvre, Jacques Derrida traduit le "Babel" de Dieu en "Je me déconstruis"

Derrida, la déconstruction
   
   
   
L'oeuvre derridienne : traduire le retrait L'oeuvre derridienne : traduire le retrait
               
                       

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Refusant la construction de la tour, le Dieu-Babel clame : "Je me déconstruis". "Aussi    on a appelé son nom   Babel       parce que là   Adonaï a embabelé     la langue de toute la terre         Et de là     Adonaï les a éparpilllés sur la face     de toute la terre" (Gen 11:9, traduction de Henri Meschonnic). Après cela, ils cessent de bâtir la tour, mais la descendance de Shem, dans sa diversité, est énumérée jusqu'à Abraham, ce contemporain de Nemrod à qui l'ordre est donné de quitter son père, sa mère, sa famille, sa patrie et même les dieux de ses ancêtres.

Mais comment traduire "Je me déconstruis"? Peut-être toute l'oeuvre derridienne est-elle motivée par cette interrogation. Quel est l'"à-traduire" de cet acte de langage unique, proféré comme un nom qui oblige à la déliaison, à l'éparpillement, à la dissémination des langues? Babel force à traduire dans une autre langue, la langue philosophique, à condition que celle-ci soit aussi, dans le même mouvement, déconstruite et traduite, à condition qu'à l'impossible système, on puisse suppléer par des tropes. Si elle ne l'était pas, il y aurait un risque qu'à nouveau la tour se construise, voire s'achève : mal radical, totalitarisme, langue unique.

 

 

Ce qui caractérise un texte sacré, c'est que, d'une part, s'il n'était pas traduit, il ne serait rien. Il attend tout des traductions. Cela ne veut pas dire qu'il soit vide, car ce qu'on appelle un "original" aura déjà fait signe vers lui. Mais dès que cet original est traduit, il perd son statut, il n'est qu'un texte parmi d'autres. D'autre part, le texte sacré est intraduisible. Quoiqu'on en dise, il faut toujours faire signe, aussi, vers cette faille, ce secret, cet anéantissement. En clamant son nom (par exemple Derrid-El), le déconstructeur met en oeuvre ce retrait. Rien ne l'y conduit : aucune tâche, devoir, obligation, rien d'autre que cette proclamation qui ne s'énonce jamais comme telle, mais seulement à travers l'oeuvre.

Tout doit être fait pour conjurer l'effacement du nom. Le pire, ce serait de l'expliquer, de lui donner un sens, d'en altérer ce qui en lui passe l'entendement : la graphie, la lettre, la motivation.

 


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